Société

Mortalité néonatale au Cameroun: Ces chiffres qui donnent le tournis

Près de 150 000 enfants par an naissent prématurés au Cameroun. Selon une étude menée au Centre hospitalier universitaire et à l’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé, 26 % de ceux qui naissent prématurés décèdent.

Vanessa Ambassa, âgée de 37 ans, a donné naissance à un enfant prématuré de sexe masculin à l’Hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy), en février 2017. Ce mardi 17 novembre 2020, à l’occasion de la célébration de la 12ème journée mondiale de la prématurité, elle est venue partager son expérience et effectuer une visite de routine. « Mon enfant est né à 32 semaines de grossesse avec un poids d’un kilogramme. Il avait passé deux semaines en couveuse et en était sorti avec 1,800 kg. Aujourd’hui, il est en bonne santé. Ce sont des moments de stress inoubliables et de dépenses importantes », a-t-elle confié.

Actuellement, il souffre de varices au niveau de son œsophage. « Il a déjà vomi du sang deux fois et le spécialiste a indiqué que cette situation vient du fait qu’il a de grosses veines qu’il faut réduire soit par une ligature soit par un traitement d’un an pour diminuer la pression du sang », explique-t-elle. Tout à côté d’elle, c’est une autre maman dont la prématurité a aussi laissé des séquelles. « Mon bébé souffre des problèmes d’audition bien qu’étant bien portant. Les médecins ont expliqué que cela a été provoqué par la naissance prématurée. C’est une situation qui engendre au moins 50 000 Fcfa de dépenses par mois », déplore-t-elle. Des cas préoccupants de prise en charge surtout pour des familles démunies qui nécessitent l’implication de tous. « Il faut des moyens pour prendre ces enfants en charge », a déclaré le Pr. Evelyn Mah, pédiatre, chef de service adjoint du service de pédiatrie à L’hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé (Hgopy).

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Le Dr. Angèle Ebaya définit la prématurité comme le fait d’avoir un bébé qui soit venu à vie sans avoir effectué le cycle complet de gestation dans le sein de sa maman, à savoir 42 semaines. Le bébé prématuré se caractérise en général par le faible poids de naissance et par la vulnérabilité. Tout comme elle, la Pr. Danielle Christiane Kedy Koum, dit qu’un nouveau-né prématuré est un enfant qui est né trop tôt. On considère qu’un enfant est né prématuré si sa naissance a lieu avant 37 semaines d’aménorrhée (Sa). On distingue 3 niveaux de prématurité : la prématurité moyenne (entre 33 et 37 Sa), la grande prématurité (entre 28 et 32 Sa) et l’extrême prématurité (avant 28 Sa). La prématurité représente 6,2% des naissances. L’incidence de la prématurité sur la mortalité infantile est palpable. Etienne Ndjicki, Major de la Néonatalogie de l’Hgopy, énumère entre autres le paludisme, les infections, l’utérus fibrome comme les causes des naissances prématurées. Il conseille par ailleurs aux femmes enceintes de se rendre dès le premier mois de leur grossesse dans les bons cadres hospitaliers pour un meilleur suivi. « Dès le premier mois de la grossesse, la femme doit voir un gynécologue obstétricien pour suivre de façon régulière sa grossesse afin de limiter les risques qui pourraient survenir, notamment la prématurité », déclare-t-il.

Absence d’énergie électrique ou d’oxygène

A titre de bilan, en Afrique subsaharienne, 90% d’enfants prématurés meurent les premiers jours de leur naissance. Une étude menée au Centre hospitalier universitaire et à l’Hôpital gynéco obstétrique et pédiatrique de Yaoundé révèle que sur près des 150 000 enfants qui naissent
chaque année, 26 % de ceux qui naissent prématurés décèdent. D’après d’autres statistiques disponibles, près de la moitié des décès des enfants de moins d’un an sont imputables à la mortalité des nouveaux nés de 0 et 28 jours. Au Cameroun, près de 90. 000 nouveau-nés naissent tous les ans avec un poids inférieur à 2 500 g et avant le terme théorique de 37 semaines.

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Parmi eux, près de 10 000 décèdent pour des causes évitables et cette prématurité est la seconde cause des décès avant cinq ans. D’où le signal d’alerte ce 17 novembre 2020 sur l’étendue du territoire à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la lutte contre la Prématurité sous le thème : «Nous voulons sensibiliser les praticiens et les futures mères». Pourtant, le nombre de consultations prénatales a été revu à huit par l’Oms. Malheureusement l’absence de plateau technique et le coût de prise en charge des prématurés ne favorisent pas la leur prise en charge. Les soins nécessaires pour la survie d’un prématuré oscillent entre 600 000 Fcfa et 1 000 000 Fcfa d’après le ministère de la Santé publique. Une somme qui n’est pas à la portée du camerounais moyen. Le coût de prise en charge des prématurés reste donc élevé au Cameroun. En plus de l’insuffisance des structures de prise en charge, Il existe un manque criard de couveuses et lorsqu’elles sont présentes dans certaines formations hospitalières, il y a absence d’énergie électrique ou d’oxygène. Les pédiatres soulignent que le fait que les enfants naissent de façon prématurée n’est pas sans conséquence pour ces derniers. Ils sont exposés par exemple à l’hypothermie, à l’hypoglycémie, aux infections, aux hémorragies cérébrales, à l’ictère, aux difficultés d’apprentissage etc.

Elvis Serge NSAA

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