Société

Cameroun : Pius Njawe, désormais Immortel !

Sur les 42 années de vie et d’existence du journal (Le Messager a 42 ans en novembre prochain), l’icône de la défense des libertés publiques et de la démocratie au Cameroun survie dans les mémoires collectives, malgré sa disparition tragique aux États-Unis. Onze ans après.

Il y a onze ans, le 12 juillet 2010 précisément, mourrait Pius Njawe des suites d’un accident de circulation aux États-Unis. Mêmes si ses « disciples Njawistes », les journalistes du Messager, quelques confrères, sympathisants et amis, sont obligés d’accepter de faire avec cette thèse d’une mort accidentelle, le soupçon demeure. Il y a des doutes, des questions sans réponses qui persistent et tendent à faire montre de ce que toute la vérité n’a pas été dite sur les causes réelles de la disparition du fondateur, propriétaire, principal dirigeant et directeur de la publication du quotidien Le Messager. On attend toujours que la mort de ce grand artisan des libertés de la démocratie au Cameroun qui a choisi d’aller participer à une grande conférence sur le Cameroun, plutôt que d’aller regarder la finale de la coupe du monde en Afrique du Sud ( prise en charge princière, tous frais grassement payés) soit clairement étayée.

Onze ans après alors que la profession va mal, alors qu’on frôle pratiquement la banqueroute médiatique, tandis que les marchands, les marabouts, les oiseaux de mauvaise augure, les plaisantins, tueurs à gages et spécialistes du « journalisme à la commande » ont envahi le temple, l’on se demande si Pius Njawe ne peut pas sortir de l’outre-tombe, que son fantôme vienne hanter les esprits, demander aux uns et autres, ce qui a été fait de son lourd héritage, son œuvre babylonienne pour l’éclosion et l’épanouissement total des libertés de la presse. Pendant trois décennies remplies de batailles, de survie, de longévité dans la jungle médiatique du Cameroun, Pius Njawe a servi de phare, de flambeau pour la liberté d’expression et de l’engagement du journaliste. Il a réussi à faire garder allumées les flammes de la presse à capitaux privés au Cameroun.

Malgré les braises incandescentes de la méprise, l’absence des subventions, l’indifférence des pouvoirs publics et de l’Etat, Pius Njawe a tenu le pavé assez bien haut pour faire que Le Messager reste premier et leader de la presse à capitaux privés au Cameroun. Onze années sont passées; nonobstant que le lourd héritage ne soit pas une sinécure, ses collaborateurs, la grande famille des administrateurs continuent de tenir, d’exister après la disparition de l’homme exceptionnel qui a réussi à écrire l’histoire de la presse camerounaise. Un caprice de jeune à moins d’avoir lu, appris dans les archives et les bibliothèques, les moins de quarante ans ne sauront jamais que le quotidien Le Messager qu’ils reçoivent dans les mains tous les jours (de lundi à vendredi), est l’expression d’une folie, un caprice, une indignation ; le ras-le-bol manifesté par un jeune homme, la vingtaine à peine dépassée.

Précédemment aide bibliothécaire de l’écrivain René Philombe, rédacteur pendant quelques mois au journal « La Gazette », Pius Njawe décida d’amorcer la fabuleuse aventure par la création de « Le Messager de Bafoussam ». Avec Édouard Kingué, Pius Njawe publie le 17 novembre 1979, la 1ere édition de Le Messager de Bafoussam. Quelques mois seulement après le 1er numéro, une constellation de travers, obstacles, entraves, mécontentements, chasse à l’homme, barrières diverses s’érigent devant le projet. Pius Njawe est obligé d’immigrer dans la ville de Douala où, il pose ses valises. Le Messager de Bafoussam, devenu Le Messager tout court, fait partie des organes de presse qui accueillent et accompagnent le premier ministre Paul Biya, nommé président de la République du Cameroun en novembre 1982. Mais lorsque « le messie de 1982 », se laisse prendre « otage » de quelques hiérarques, caciques, fossiles et dinosaures; lorsque Paul Biya dévie la trajectoire managériale du Renouveau, se détourne et se désosse des attentes, aspirations populaires; lorsque le Renouveau perd le contrôle, l’empreinte de la rigueur et de la moralisation, Pius Njawe et Le Messager s’isolent, retirent leur « caution » au Renouveau.

Le choix de la révolte et la dénonciation Jugé: critique acerbe, violent, impertinent, désinvolte, pourfendeur du régime du Renouveau, Pius Njawe qui est resté affranchi, éclectique, iconoclaste à travers ses idées, son franc-parler, le refus de l’intolérable franchise, la défense radicale des libertés de la presse a régulièrement été pris pour « cible ». Mais jamais il n’a cédé quand bien même il s’est retrouvé dans la nasse de certains thuriféraires du Renouveau qui l’ont traité de précurseur de la « presse de l’opposition tapageuse et irresponsable». Pris en chasse tous les jours, Pius Njawe était devenu avant sa mort, le bagnard du siècle.

Aucune maison d’arrêt, aucune prison ne lui a fermé les portes. Plusieurs fois embastillé, il n’y a pas de coin, ni de recoin des maisons d’arrêt de Kondengui à Yaoundé ou de New-bell à Douala qui a échappé à son « tourisme carcéral ». Onze années après sa mort, qui osera danser sur la tombe de Pius Njawe, décédé les armes à la main, sur le champ de bataille après avoir passé 31 ans à diriger, manager Le Messager, sans relâche, malgré les pièges, les déconvenues, les désagréments. Depuis sa mort, onze ans après, Le Messager qui poursuit l’œuvre de Pius Njawe afin que celle-ci survive à son géniteur fondateur est bien conscient que les nombreux coups de griffes, les gifles, les arrestations spectaculaires et sans ménagement ne doivent pas se fondre dans la nature. Pius Njawe est devenu immortel. Il est difficile, impossible d’effacer Le Messager qu’il a laissé en héritage à la postérité. Son œuvre de grand bâtisseur mérite d’être entretenue, perpétuée pour longtemps durant, résister au temps. Pius Njawe est une légende qui a su inscrire son nom sur le panthéon de l’humanité. Repos éternel brave camarade.

Souley ONOHIOLO

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