Politique

Cameroun: Les raisons du rétropédalage du SDF

Deux jours après avoir pris la décision de boycotter le double scrutin annoncé pour le 09 février 2020, le Social Democratic Front, esseulé dans sa décision s’est vite ravisé.

Le 11 novembre dernier, suite à la convocation du corps électoral pour le 09 février par le Président de la République en vue d’élire les députés et les maires de la République, les membres du Comité Exécutif National (NEC) du SDF élargis aux élus se sont réunis illico presto pour prendre une résolution selon laquelle le SDF n’y prendra pas part. 72 heures plus tard, et contre toute attente, une note du Chairman Ni John Fru Ndi mettant en place les modalités d’investiture des candidats de son parti à ce double scrutin, venait infirmer la décision du NEC. Interrogé sur ce rétropédalage pour le moins sensationnel, l’un des leaders du parti de la balance, en l’occurrence l’honorable Tsoumelou dira à la presse que « la décision de ne pas prendre part aux élections du 09 février était trop risqué pour le SDF ». Une réponse qui n’a pas suffi à étancher la soif des uns et des autres sur ce retournement de veste. Le SDF comme tout le monde savait d’emblée que le boycott constituait un risque énorme, néanmoins il a opté pour ce choix, avant de revenir plus tard à de meilleurs sentiments. Même si un adage dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas, il faut aller chercher les causes de ce fiasco ailleurs que dans les risques encourus.

Le Social Democratic Front (SDF) est aujourd’hui rattrapé par ses frasques d’hier. Son charisme et sa popularité d’antan semblent s’amoindrir au fur et à mesure que le temps passe. La dernière élection présidentielle où il est arrivé en quatrième position avec un score pour le moins lamentable, illustre à suffisance sa perte de vitesse. Et comme un malheur ne vient jamais seule, la décision du Chef de l’Etat de convoquer le corps électoral en vue d’élire les maires et les députés, le 09 février 2020, alors que la situation socio sécuritaire dans le NOSO (Nord-Ouest et Sud-Ouest) n’a guère changé, apparait comme un coup de grâce assené au SDF. Dès lors, on peut aisément comprendre la « danse bafia » de Jonh Fru Ndi et de ses camarades qui comme des navigateurs sans boussole au milieu de la mer, ne savent plus quelle direction prendre. Car dans les deux cas de figure, à savoir aller ou ne pas aller au double scrutin législatif et municipal, le SDF aura du mal à tirer son épingle du jeu.

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La première décision de ne pas prendre part à cette échéance, prise à l’issue d’une réunion du NEC aurait pu être salvatrice à bien des égards si elle avait été suivie par d’autres formations politiques, qui nourrissaient contre cette élection quelques griefs. Si par extraordinaire, le Mouvement pour Renaissance du Cameroun (MRC) qui pour l’heure à le vent en poupe, ainsi que plusieurs autres partis avaient emboité le pas au SDF, il est presque certain qu’il ne serait pas revenu sur sa décision. Seul dans cette perspective, ce désistement avait peu de chance de faire reculer le pouvoir de Yaoundé. Aussi, le SDF a compris que sa non-participation à ces échéances non seulement n’aurait aucun impact sur les enjeux mais permettrait au MRC de rafler la mise et de se positionner définitivement comme le chef de file de l’opposition. Toute chose que le SDF qui a longtemps tenu le haut du pavé supporterait difficilement, surtout de la part du MRC qu’il déteste cordialement. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a préféré se ranger du côté du pouvoir que de faire bloc avec le MRC, lors de crise post-électorale de la présidentielle de l’an dernier.

Comme un venin, la décision machiavélique du Social Democratic Front de reconnaitre la victoire du Président Biya lors de la crise post-présidentielle semble se retourner aujourd’hui contre lui. Au lieu de prêter main forte au Mrc dans sa lutte pour un code électoral équitable, le Sdf a préféré jouer un rôle trouble qui a été bénéfique au pouvoir de Yaoundé. Mais ce faisant, il perdait de vu qu’il nourrissait un venin pour son propre malheur. Si le Sdf s’était rallié au combat du Mrc comme le souhaitait d’ailleurs une bonne frange de ses militants au rang desquels le non moins charismatique et sulfureux Jean-Michel Nitcheu, nul doute que Paul Biya aurait pu céder à la pression et octroyer quelques concessions, à défaut d’un code électoral consensuel.

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Mais il a délibérément choisi de reconnaitre la victoire de Paul Biya, non pas par conviction, mais pour fragiliser Maurice Kamto arrivé en seconde position, lors des présidentiels de 2018. Aujourd’hui le MRC qui aurait pu lui aussi boycotter le double scrutin programmer à venir, d’autant plus qu’il y a de cela quelque temps, son leader déclarait à l’antenne de RFI que « l’impératif serait la reforme consensuelle du Code Electoral », ils ont fait « le choix par défaut » d’y aller. Mais il se dit en coulisse qu’il la fait pour damer le pion au Social Democratic Front. Le retour de l’ascenseur. Visiblement le MRC semble avoir réussi son coup, car la « danse bafia » à laquelle se livre le SDF, traduit une fébrilité perceptible par tous. Une fébrilité qui contribue à coup sûr à saper sa crédibilité et son audience qui s’amenuise au fil des jours comme une peau de chagrin.

Pourtant, si ses deux partis avaient su faire bloc, il va s’en dire que bien de chose aurait pu changer dans le paysage politique camerounais, mais mu par les égaux surdimensionnés, ils ont optés pour des coups bas et des crocs-en-jambe, ce, au grand plaisir du parti au pouvoir qui cette fois-ci encore risque s’en sortir avec une majorité obèse.

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