Société

Cameroun: Les confessions d’une déplacée de la crise anglophone

Pauline Mafor, âgée de 44 ans, mère de six enfants est une déplacée de la crise anglophone qui s’est installée à Yaoundé et qui vend chaque matin les beignets haricots et bouillies.

La saveur des beignets, haricots, bouillies stimule les papilles gustatives de nombreux jeunes du quartier Ebom à Yaoundé. Maman Pauline, est une déplacée de la crise anglophone qui s’est installée à Yaoundé et qui vend chaque matin les beignets haricots et bouillies. Cet article rend un
vibrant hommage pour le courage et l’abnégation dont elle ne s’est jamais départie depuis déjà trois ans. Elle est une quadragénaire, corpulence moyenne, sur une charpente corporelle de 171cm de hauteur, pour 85 kg. La démarche sûre et lente, elle est à chaque fois couverte d’éloges par ses clients. Madame Pauline Mafor de son nom à l’état civil, est originaire de Kumbo dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. Depuis bientôt trois ans, elle a prêté serment auprès de sa propre conscience de donner le meilleur d’elle-même pour que chaque matin, les beignets, haricots et bouillie soient prêts pour le plaisir des habitants de l’arrondissement de Yaoundé III. « Je suis Pauline Mafor, j’ai 44 ans et j’ai six enfants, trois filles et trois garçons. Je suis une déplacée de la crise anglophone. Je me suis installée ici avec ma famille au début de la crise en 2016. J’ai eu beaucoup de chance parce que j’ai ma fille ainée ici à Yaoundé. Elle m’a aidé à m’installer ici.

Quand je me suis installée avec ma famille, le plus dur commence. Il me fallait trouver quelque chose à faire, c’est pourquoi j’ai embrassé ce métier que je faisais déjà à Kumbo. Grâce à la vente des beignets, haricots et bouillies, je prends en charge ma famille et moi », confie-elle, derrière une cuvette d’huile de beignets au feu. Et de poursuivre, « je nourris les parents, les enfants et tous les jeunes du quartier des beignets, haricots et bouillie. D’abord, je dirais que comme ma maman, j’ai été toujours une femme serviable, respectueuse et travailleuse. Je passais mon adolescence toujours auprès d’elle. Elle me disait toujours qu’une vraie femme ne devrait pas avoir le sommeil si sa famille n’a pas mangé. Quel que soit la situation, elle a l’obligation de se battre. C’est à ce moment que j’ai compris que la femme africaine a pour mission de nourrir son entourage et sa communauté. Les beignets, haricots et bouillie ont été dans ma jeunesse mon plat favori. Depuis que je suis ici, j’active quotidiennement le feu de bois pour cela », avoue-t-elle.

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A la merci des risques

Comme tout métier, Mâ Pô, comme l’appelle affectueusement ses clients, regrette que les prix des beignets ; haricots ; bouillies ont doublé. Toujours est-il que, avant, un beignet coûtait 10 Fcfa. Aujourd’hui, c’est passé à 25 Fcfa. La cuillère de haricot est passée de 10 Fcfa à 25 Fcfa et la tasse de bouillie de 25 Fcfa à 50 Fcfa. Malgré l’amour pour ce métier, la quadragénaire est nostalgique des prix d’antan. Quand elle jette un coup d’œil dans le rétroviseur, elle remarque que les prix de la farine ont septuplé. « En ce qui me concerne, par exemple, le sac de farine aujourd’hui coûte 25 000 Fcfa. Quand j’étais petite, il coûtait 5 000 francs. Je suis nostalgique de cette période radieuse. C’est tellement difficile aujourd’hui que je suis obligée de pétrir seulement les 1/10ème de la pâte de farine que je pétrissais avant. C’est compliqué. Le litre d’huile rouge est sur le marché maintenant à 800 Fcfa le litre. Le sceau de haricot est passé de 6000 francs à 10 000 Fcfa. Je suis donc obligée d’élargir mon commerce en préparant aussi du riz, des spaghettis, des frites de plantains et de poissons ».

Pour exercer ce métier, il faut avoir tout le tempérament et la lucidité nécessaires pour gérer les humeurs des clients. Trouver les astuces pour que les clients malhonnêtes ne disparaissent pas avec votre argent. Les rentrées tardives à la maison, puisque parfois, j’arrête à 15 heures à la maison avant de chercher à cuisiner pour ma famille. Enfin, le plus difficile est la santé. En fait, il ne se passe pas un an sans que je ne sois interné dans un hôpital. Le contact permanent avec le feu est à l’origine de ces malaises. Les risques sont énormes. Mais comme je l’ai dit, j’ai l’amour de mon métier : nourrir la population me procure un plaisir immense.

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