Politique

Cameroun – Joseph Dion Ngute : le poulain secret de Paul Biya pour la succession ?

Analystes politiques de tous crins, spécialistes acharnés des spéculations politico-politiciennes, et même lecteurs professionnels de la lecture du marc de café donnent fortement l’impression, ces derniers temps, de s’accorder sur ce qui a tout l’air d’un scénario probable – et même très probable – de l’après-Biya qui se rapproche bien évidemment de plus en plus.

En effet, tout ce beau monde pense avoir percé le fond de la pensée du chef de l’Etat camerounais : mettre Joseph Dion Ngute en selle ….. pour lui succéder !

Chief Joseph Dion Nguté serait-il l’oiseau rare programmé pour prendre le relais après Paul Biya à la tête du Cameroun ? la question se pose de plus
en plus sourdement dans les milieux spécialisés – ou réputés tels – depuis l’indéniable succès enregistré dans la conception, la tenue, la gestion et la conduite jusqu’au bout du Grand Dialogue national mené avec succès à Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre dernier au Palais des congrès.

Nommé Premier ministre Chef du Gouvernement le 03 janvier 2019 – en remplacement du trop timoré Yang Philémon – le Dr Joseph Dion Nguté est entré dans le landernau politico administratif camerounais comme un météore. Personne ne l’attendait. Personne ne l’avait vu venir. En effet, la nomination de cette personnalité discrète est intervenue à un moment où la crise anglophone ainsi que l’activisme politicien avaient atteint et même pulvérisé tous les pics de la violence, de l’angoisse des populations et de l’expectative collective.

Les assassinats de plus en plus barbares perpétrés par des groupes armés – tant dans les régions du sud-ouest que du Nord-ouest, l’effroyable exode massif des populations civiles terrorisées, la pression indécente et les dénonciations plus farfelues les unes que les autres des Ong des droits
humains, et les vociférations stridentes d’un gros bataillon d’activistes et autre leaders de partis politiques avaient rendu l‘air indéniablement irrespirable au Cameroun. Il Fallait une nouvelle donne pour imprimer une dynamique ainsi qu’une direction nouvelle dans l’approche de la recherche d’un apaisement généralisé au Cameroun.

Climat électrique

C’est ce moment que choisit Paul Biya pour procéder à un léger lifting gouvernemental. Opération hautement politique qui lui a offert la latitude d’introduire la plus naturellement du monde Une personnalité qui a, tout de suite, été perçue comme un Joker. Une carte spéciale qui n’a pas trainé les pieds pour entrer dans le vif – et surtout dans les vices – du sujet.

Il faut, en tout cas, reconnaitre que beaucoup de camerounais se sont demandé d’où sortait ce premier ministre semblant avoir surgi de nulle part. Car contrairement à tous ses prédécesseurs qui, pour la plupart avaient connu une vie antérieure de ministre ou d’ex directeurs généraux d’une entreprise para publique, Joseph Dion Nguté avait toujours été là, loin des tumultes, et bien lové au sein de névralgiques centres de décision.

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Il présentait, en fait l’actif d’un parcours solide, cohérent et discret. Né le 12 mars 1954 à Bongong- Barombi – dans la région du Sud-ouest, ce vrai prince de sang héritier d’une longue et- prestigieuse lignée de chefs traditionnels, Joseph Dion Nguté a fait de bonnes études couronnées par un cursus académique des plus rutilants à l’Université de Yaoundé d’abord, puis dans celles de Londres et de Warwick en Angleterre ?

De retour au Cameroun, et après une bonne imprégnation, il est nommé ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures. Poste qu’il occupera du 07 décembre2007 au 1er mars 2018. En tout onze années discrètes mais fort efficientes au plus haut de la diplomatie camerounaise, sans tambour ni trompettes, affermissant ainsi une compétence qui lui ouvrira toutes grandes les portes de la Présidence de la République. Conséquence : le 02 mars 2018, Joseph Dion Nguté – qui entre temps a été intronisé chef traditionnel de son village – est nommé ministre chargé de mission à la Présidence de la République.

Fonction de grande proximité avec Paul Biya qu’il n’occupera en tout et pour tout que pendant Dix mois. Car le 03 janvier 2019, c’est l’apothéose ! Joseph Dion Nguté est nommé Premier ministre chef du Gouvernement ?

Homme discret et efficace

Il Importe par ailleurs de relever – comme une sorte de prémonition pour la grande responsabilité qu’il aura dans la gestion de la crise anglophone – son domicile au village, la Chefferie, sera incendiée par des individus armés quelques heures avant la lecture du décret à la radio ?

En tout cas, dans la foulée de sa nomination, Joseph Dion Nguté prend à bras le corps ses nouvelles et délicates responsabilités.

Il entreprend ainsi tambour battant – et avec succès- un formidable périple au plus profond des deux régions du Sud-Ouest et du Nord-ouest.

Une longue tournée au cours de laquelle le nouveau Premier ministre, en plein état de grâce, rencontrera, écoutera, et échangera avec des tranches variées des populations : autorités traditionnelles, élites, hommes politiques, leaders d’opinion, autorités administratives, et même des associations villageoises des deux régions.

Partout où il s’arrête, il est accueilli, et apprécié. Il constituait pour toutes ces tranches populaires la perspective d’un espoir nouveau. Il Inspirait confiance. Spontanément. Sa boucle bouclée, Dion Nguté, déjà perçu comme l’émissaire du chef de l’Etat, rendra fidèlement compte à qui de droit du fruit de ses concertations ?

Il est- certain que, tirant toutes les conséquences des édifiantes informations collationnées par son PM, Paul Biya décidera souverainement et sans en faire la moindre publicité, de l’organisation du Grand Dialogue National.

Le grand dialogue préparé en secret

On peut comprendre aujourd’hui que cette gigantesque palabre nationale avait été pensée et planifiée en secret pendant plusieurs mois par le chef de l’Etat, son Premier ministre et un cercle très restreint des plus proches collaborateurs de Paul Biya. C’est pour cela qu’il n’y a pas eu de fuite.

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Il faudrait être naïf ou spécialement bête pour oser penser ou croire que le Grand Dialogue eût pu être organisé pendant le petit laps de temps de deux semaines compris entre l’adresse de Paul Biya à la Nation et l’ouverture des travaux.

En réalité, c’est pendant au moins quatre mois que cette grande rencontre nationale a été pensée, brodée et calée. Ce qui explique qu’en quatre jours seulement tout se soit passé sans le moindre pli, et sans une quelconque anicroche.

Au terme de cette rencontre historique tous les observateurs – même les plus grincheux – reconnaissent que cette affaire inédite a été un énorme succès, sur tous les plans.

Mais pour confier la mise en musique de cette gigantesque symphonie, Paul Biya n’a pas choisi le chef d’orchestre au hasard.

C’est ainsi qu’à la manœuvre, les camerounais, toute l’Afrique et le monde entier ont découvert Joseph Dion Nguté et vu en cet homme à l’apparence affable, un grand commis de ‘Etat.

Un commis de l’Etat qui n’était guère spécialement connu du grand public il y a dix mois, mais qui, en un petit laps de temps, a suscité et imposé un incroyable courant de sympathie et de respect, tout en se taillant une énorme place dans l’affect des camerounais.

Un dauphin caché

De là à deviner ou à voir en lui un probable dauphin de Paul Biya, le pas a allègrement été franchi, et les comparaisons n’ont guère tardé à prendre forme. Beaucoup ont ainsi pensé au destin de Paul Biya lui-même qui a connu une ascension discrète mais cohérente et indétournable, tant dans les services du Premier ministère qu’à la Présidence de la République.

Strapontins desquels, à a grande surprise de tous les analystes, Paul Biya s’est retrouvé au Palais d’Etoudi sans jouer des coudes ni combattre qui que ce soit. Et quand l’on scrute l’univers bien encombré des membres de haute administration camerounaise prêts ou ambitionnant de succéder à Paul Biya, on aura bien du mal à identifier un éventuel successeur de l’homme » Lion. Surtout que tous ceux qui ont ambitionné de succéder trop vite à
l’homme du 06 novembre ont connu des destins tumultueux.

C’est donc dans ce sens que nombreux sont les camerounais qui commencent à soupçonner Paul Biya de préparer un homme aussi discret que lui-même quand il était Premier ministre. Un homme que personne n’attendait comme ce fut son propre cas. Mais un homme jeune, compétent et inspirant confiance. Soupçon à suivre de près.

Le Jeune Enquêteur N° 340 du 15 octobre 2019

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