Société

Cameroun : Fuyant les hostilités, pêcheurs et commerçants évitent Njitapon

Les pouvoirs publics, à travers la voix du gouvernement de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, indique avoir pris des mesures pour assurer la protection des personnes et des biens dans la localité. Ce qui n’empêche pas les pêcheurs et les commerçants de suspendre leurs activités dans la région.

Sur le marché de Njitapon de ce lundi 20 juin 2022 , au moins 700 acheteurs et vendeurs se pressent. Un nombrede personnes qui est loin de répondre aux attentes des organisateurs. Njitapon Pkmoumi Issa, chef du village, précise que « le marché s’est amoindri ». « Avant les attaques, il y avait plus de trois fois plus de monde que ce que vous constatez aujourd’hui. Les gens venaient des localités voisines pour se ravitailler ici », explique-t-il. Des achats portés vers le haricot, le maïs, diverses variétés de légumes et des produits maraîchers (tomates, carottes, concombres etc…) cultivés par les paysans du coin.

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Non sans oublier les acheteurs de poissons pêchés au niveau du barrage de Bamenjing sur le Noun et vendus frais ou fumés par certains habitants de Njitapon. « De nombreux pêcheurs ont fui le village suite aux attaques du groupe séparatiste armé contre le poste de contrôle avancé de la gendarmerie nationale. Les assaillants sont arrivés ici en pirogue en passant par le fleuve Noun, où ils exercent leurs activités, notamment au niveau du barrage de Bamenjing. Nous sommes inquiets. La situation économique se détériore et pourra céder la place à une précarité ambiante », déplore une source sur place.

Le prix du poisson frais multiplié par deux

Ces hommes et des femmes sont allés poursuivre leur labeur vers Magba où se trouve le barrage de la Mappé. Conséquence : le prix du poisson frais, pêché par ces populations riveraines du barrage de Bamendjing, a grimpé. Ce qui fait que les commerçants de Njitapon vendent près de 9 poissons moyens (l’équivalent d’un kilogramme) à 2000 Fcfa au lieu de 1000 Fcfa auparavant.

« J’ai convaincu certains, ils sont rentrés. Je le crois, les autres vont rentrer progressivement », explique Njitapon Kpmoumié Issa, chef du village Njitapon. Cette autorité traditionnelle fait savoir que le premier lundi, juste après les attaques du 07 et 08, le marché était vide. Des commerçants qui viennent de Foumban, Bafoussam, Foumbot et autres n’ont pas jugé bon de se déplacer pour Njitapon, craignant pour leur vie. « Je ne veux pas exposer ma vie en vous conduisant à Njitapon. Je ne veux pas avoir à faire aux groupes séparatistes », déclare Daniel Tchikou, conducteur de taxi à Bafoussam.

Des mesures de protection aussi…Pour Bangourain, Galim, Bamenyan, Bamenjing…

Ceux des commerçants qui parviennent à se rendre à Njitapon se plaignent de la rareté des clients. L’un d’eux explique qu’avant les attaques, il pouvait réaliser une recette de 25 milles francs Cfa par jour ; mais depuis deux semaines, ses ventes journalières au marché de cette localité oscillent entre 4000 et 8000 Fcfa (quatre et huit mille francs Fcfa).

Pour remédier à cette situation de précarité, les pouvoirs publics, à travers la voix du gouvernement de la région de l’Ouest, Awa Fonka Augustine, indique avoir pris des mesures pour assurer la protection des personnes et des biens dans la localité. Ce qui, selon Me Fabien Che, avocat au barreau du Cameroun, rentre dans les prérogatives constitutionnelles et régaliennes des fonctionnaires chargés de l’administration territoriale au Cameroun. Cet avocat fait référence à l’article 9 du pacte international relatif aux droits civils et politiques énonce : « Tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. »A cet effet, le sous-préfet de l’arrondissement Kouoptamo a signé un communiqué en fin de semaine dernière pour restreindre les mouvements de populations à certaines heures de la nuit, notamment à partir de 20 heures. Des mesures sécuritaires similaires sont envisagées pour renforcer les villages proches des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Quelques jours avant l’attaquant de Njitapon lui ayant couté la vie, le lieutenant en poste dans ce village, avait transféré cinq de ses neufs éléments à Bamenyan dans le département des Bamboutos. Les localités de Bangourain(dans le Noun), Bafou et Fongo-Tongo (dans la Ménoua), Galim (dans les Bamboutos) méritent d’être hautement sécurisées. Au nom de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF), Jacqueline Sylvie Ndongmo, souhaite que cela se passe, sans entorse pour les libertés individuelles et collectives. Cette organisation brandit le protocole additif à la convention de Genève sur la protection des personnes civiles en temps de guerre.

L’article 23 de ce texte international dispose : « Chaque Haute Partie contractante accordera le libre passage de tout envoi de médicaments et de matériel sanitaire ainsi que des objets nécessaires au culte, destinés uniquement à la population civile d’une autre Partie contractante, même ennemie. Elle autorisera également le libre passage de tout envoi de vivres indispensables, de vêtements et de fortifiants réservés aux enfants de moins de quinze ans, aux femmes enceintes ou en couches. » L’Etat du Cameroun est d’ailleurs inscrit dans cette logique à travers la loi n°2001/021 du 18 décembre 2001 autorisant le Président de la République à ratifier la Convention Cadre d’Assistance en matière de Protection Civile, adoptée à Genève le 22 mai 2000 et le DECRET N° 2002/016 DU 18 Janvier 2002 portant ratification de la Convention Cadre d’Assistance en matière de Protection Civile, adoptée à Genève le 22 Mai 2000.

Guy Modeste DZUDIE(JADE) / 237online.com

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