Société

Cameroun – Divertissement : La double face des dessins animés

Loisir par excellence des enfants, ils peuvent contribuer à leur éducation des enfants ou être cause de dérive.

Samedi matin, Débora, 10 ans et Priscille, 8 ans s’activent à faire leurs tâches. « Dépêche-toi, le dessin « Olly et les cafards » va commencer. Je ne peux pas allumer la télé avant qu’on ne finisse nos travaux et qu’on prenne le bain », crie Débora. La journée de samedi est très attendue des fillettes. C’est l’occasion pour elles de regarder les dessins animés à profusion. « En semaine, nous ne pouvons pas regarder les dessins animés. Les parents nous ont interdit. Le samedi, on veut rattraper tout ce qu’on a manqué », explique la petite fille. Le programme est bien établi. « Les dessins animés que nous regardons sont sur J one, Game one, Teletoon et disney. On va faire le tour de toutes ces chaînes », confie la plus jeune. Tout comme Débora et Priscille, les enfants passent des heures devant le petit écran, les téléphones, les ordinateurs à regarder les aventures de leurs personnages préférés.

« J’aime regarder les aventures de ladybug. Il s’agit d’une jeune lycéenne nommée Marinette qui était très maladroite. Elle a reçu un bijou qu’on appelle miraculous qui lui permet de se transformer et de sauver la ville des méchants. Elle devient courageuse et intelligente. Elle doit cacher son identité. En plus le dessin est aussi très drôle. C’est mon personnage préféré. Je veux être aussi forte et intelligente que Ladybug », raconte Inès. « J’aime les ‘’tintins’’ parce que certains me font penser à la vie réelle comme la belle aux bois dormant, Shaki et ses amis. J’aime regarder Power rangers, Sangoku parce qu’ils possèdent des super pouvoirs. Quand je suis fâché, le fait de regarder les dessins me détend », relate le petit Steve. Dylan quant à lui y trouve une détermination à vivre de grandes aventures comme ses héros. « Les personnages qui me plaisent sont Mister Beans, Blaze. Ça m’apprend à imaginer ce que je veux et à croire que je peux faire de grandes choses ».

Violence, brutalité…

Les dessins animés constituent une partie importante des activités de loisirs des enfants. « Je peux passer la journée devant la télévision sans me fatiguer », exprime la petite Débora. « Mon petit frère oublie qu’il doit manger lorsqu’il est devant ses programmes de dessins animés », informe Nadine. Les enfants passent le clerc de leur journée à suivre des dessins animés qui sont diffusés sur les diverses chaînes de télévision réservées à cet effet. C’est une stratégie pour certains parents de les garder à la maison ou de les occuper pendant qu’ils vaquent à leurs activités. « Je leur donne à manger et je mets Tiji. Je peux aller au marché, faire toutes les tâches ménagères sans être dérangée », se réjouit Mireille. Mais à la question de savoir si cela est sans danger pour ses enfants, la mère de famille ne trouve pas de réponse. « Je suis incapable de vous dire ce qu’ils suivent, je ne me suis jamais intéressée. C’est une chaîne de dessins, je n’ai pas d’inquiétude à avoir ».

Tècle B. est par contre très avisée sur les contenus des dessins animés que regardent ses enfants. Pour elle, les parents doivent s’enquérir des messages qui y sont véhiculés. « La violence est très présente dans les programmes des dessins animés de nos jours et ça peut influencer le comportement de l’enfant. On a aussi des scènes d’immoralité et de plus en plus des histoires sur la magie, des personnages qui possèdent des super pouvoirs. Avant d’autoriser mes enfants à regarder un dessin, je m’assure qu’il est certes divertissant mais aussi éducatif ? Il m’est arrivé d’interdire certains programmes en leur expliquant pourquoi, un en particulier dans lequel on prônait l’homosexualité », explique-t-elle.

Outre les messages véhiculés, les enfants se calquent sur le comportement de leurs personnages préférés pour agir dans la vie réelle. Frédéric Mvogo se souvient que son fils qui affectionnait superman. Il voulait à chaque fois jouer au justicier. « Il attachait ses vêtements sur les épaules comme une cape et pensait pouvoir voler. A la longue c’est devenu dangereux parce qu’il montait sur la table et sautait avec le risque de se faire mal ».
L’absence de socialisation est également mise à l’actif de ces enfants qui passent beaucoup de temps devant les écrans. « C’est une pratique qui s’est tellement répandue au point où la télévision s’est substituée aux parents et autres pairs dans l’entreprise de la socialisation », souligne Thaddée Owona. Le sociologue parle de l’abandon des parents de leur rôle. « Si cette pratique a forcément des externalités négatives dans la structuration de la personnalité future de ces enfants, elle met surtout en exergue la démission des parents dans leurs fonctions régaliennes dont celle de socialisation, de contrôle et de surveillance des us et pratiques que doivent acquérir les enfants pour s’intégrer parfaitement dans la société ».

Enrichit le langage

En dépit des aspects négatifs relevés, plusieurs s’accordent sur l’apport éducatif des dessins animés. Ils permettent aux enfants d’enrichir leur vocabulaire, à apprendre à parler. « Je dois à chaque fois donner la signification des mots à mon fils. Lorsqu’il regarde un dessin, il retient des mots et cherche à les comprendre », indique Olivier. C’est un moyen de s’instruire selon Mireille. « Je suis très souvent surprise par les mots que mes enfants emploient même le plus jeune qui n’a que trois ans. C’est à mettre à l’actif des programmes qu’ils suivent ».

Cécile Ambatinda / 237online.com

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