Relations ambiguës avec Médecins sans frontières au Cameroun

Médecins sans Frontières

L’Organisation non-gouvernementale a déjà été contrainte de quitter le Nord-ouest.

Après un malentendu long de huit mois, Médecins Sans Frontières (Msf) a annoncé, le mardi 3 août 2021, qu’elle a retiré ses équipes médicales de la région du Nord-Ouest. « Nous ne pouvons rester plus longtemps dans une zone où nous ne sommes pas autorisés à offrir des soins à la population », regrettait alors Emmanuel Lampaert, coordinateur des opérations de Msf pour l’Afrique centrale. « Nous ne pouvons malheureusement maintenir notre personnel en stand-by plus longtemps … Nous n’avons donc d’autre choix que de retirer nos équipes. Nous garderons toutefois un petit bureau de liaison à Bamenda, la capitale régionale, afin de poursuivre le dialogue avec les autorités », précisait-il. L’année 2020 avait été marquée par des accusations, dénonciations et dénégations d’appui aux séparatistes par les volontaires engagés par la seule structure qui assurait encore des soins d’urgence aux populations dans les régions anglophones, après le délitement du dispositif institutionnel. Le porte-parole de l’armée, Cyrille Atonfack Guemo, a parlé de l’émergence d’« un sentiment de méfiance vis-à-vis de certaines organisations humanitaires, dont des actes contribuent à installer le doute quant à leur intégrité ». En face, Msf exigeait le « respect absolu des installations médicales, des ambulances, du personnel médical et des patients » dont parlent les conventions ratifiées par le Cameroun, en raison de graves violations. Notamment, ses agents « ont fait l’objet de menaces régulières, notamment d’intimidation armée, de la part des différentes parties », souligne Msf. Elle « réfute de la façon la plus catégorique qui soit ce type d’accusations, graves et dangereuses pour nos patients et nos équipes … ‘’Nos’’ ambulances ne servent qu’à transporter des patients non armés, ayant besoin de soins immédiats, sans discrimination ».

« Cadre de collaboration »

Fâchées d’entendre que des séparatistes blessés sont aussi accueillis et soignés par des médecins, les autorités administratives sortent le bâton. Le 8 décembre 2020, le gouverneur du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique suspend « le partenariat entre Médecins Sans Frontières et St Maria Soledad ainsi que les partenariats connexes avec d’autres formations sanitaires de la Région du Nord-Ouest en attendant la définition d’un cadre d’activités pour Médecins Sans Frontières par le Ministre de la Santé Publique ». Plusieurs mois d’échanges avec les autorités n’ont pas permis de trouver ce nouveau cadre et la reprise des activités de ces médecins bénévoles. En mai 2021, le directeur général de Msf, Stephen Cornish, est venu à Yaoundé. « Si notre visite a été l’occasion d’examiner des questions importantes, aucun accord n’a pu malheureusement être atteint sur une reprise immédiate de notre assistance médicale dans la région du Nord-Ouest. Cela est décevant, mais nous gardons espoir que la levée de cette interdiction peut intervenir dans les prochains jours », avait-il déclaré à la fin de sa mission.

Présente au Cameroun depuis 1984, Msf est également engagée sur le terrain de la lutte contre Boko Haram. Selon leur site, pour l’année 2019, elle s’est notamment investie dans la région de l’Extrême-Nord où elle a effectué 133.300 consultations externes et pris en charge 11.700 patients dans des centres nutritionnels à Minawao, Maroua, Mora, Mokolo ou Kousseri. Jusqu’à la suspension de ses activités le 8 décembre 2020, les équipes de Msf dans le Nord-Ouest avaient soigné 180 survivantes de violences sexuelles, assuré 1 725 consultations de santé mentale, effectué 3 272 interventions chirurgicales et transporté 4 407 patients en ambulance, dont plus de 1 000 étaient des femmes sur le point d’accoucher.

F. K. / 237online.com

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