Economie

Projets numériques: Comment les discours ont accouché des éléphants blancs

Le discours androïde de Paul Biya a du mal à être mis en pratique. La plupart des actions entreprises par les ministres sont bloqués à la Primature, qui devient un vrai goulot d’étranglement du décollage de l’économie numérique.

Le débit numérique du gouvernement est en chute libre. En tout cas, le téléchargement de l’ensemble des mesures et actions attendues est très lent et donne l’impression d’un immobilisme. Même la fougue de la ministre des Postes et télécommunications dès son arrivée au gouvernement le 2 octobre 2015, semble avoir disparu avec le temps. Ces derniers temps, c’est sur le terrain de la téléphonie mobile qu’on retrouve Minette Libom Li Likeng. Son dernier acte dans ce domaine est un acte à projets, en septembre 2017, pour incubateur d’entreprises de l’Ecole supérieur des postes, doté d’une subvention de 150 millions de Fcfa pour soutenir les startups. Une offre maigre et antithétique avec les annonces fortes du gouvernement et les sommes exorbitantes engagées par d’autres pays. Au point de susciter des interrogations sur la volonté gouvernementale de devenir maître et possesseur des technologies de l’information et de la communication, devenues incontournables pour adresser les enjeux présents et futurs.

Développer des projets

La réalité est bien cruelle, au regard des projets découverts dans les placards du gouvernement et dont certains auraient déjà changé le visage numérique du Cameroun, au moins auraient-ils ouvert des opportunités aux milliers de jeunes Start-uppers qui misent sur les Technologies de l’information et de la communication (Tic) pour construire une réponse pour l’emploi et l’innovation. Le plus allégorique de ces projets bien rangés
est le projet de mise en place d’un cyber parc technologique national ayant pour mission d’incuber et développer des projets dans le domaine du numérique avec pour but de faire émerger une industrie Tic locale de développement des applications « Made in Cameroon ». Un partenariat public et privé d’un coût total de 10,5 milliards de Fcfa supporté à plus de 60% par un partenaire tunisien et dont il était prévu qu’il soutienne 1000 startups et génère 100 000 emplois sur trois ans à partir de l’année 2017. Ce projet est actuellement dans un tiroir à la Primature.

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A bien y regarder, l’immeuble étoile se révèle la nécropole de l’élan numérique donné au gouvernement par Paul Biya, le 31 décembre 2015. Le développement des Tic est prisonnier des tares de la bureaucratie de la Primature qui allie regard et blocages. En effet, grâce à l’encadrement
de l’ancien Premier ministre Philémon Yang, la Minpostel a élaboré la stratégie nationale de développement de l’économie numérique dénommée « Cameroun numérique 2020 ».

Fruit d’un comité interministériel, adoubé en conseil de cabinet, ce document devrait être mis en œuvre sans attendre. Rien ou presque ne bouge : les actions d’implémentation qui nécessitent l’aval des services du chef du gouvernement sont bloquées. Mais, surprise, le 04 avril 2016, un « comité de pilotage et de suivi du développement de l’économie numérique au Cameroun » est créé par le même Premier ministre.

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Phase pratique

Pour bien montrer qu’il est urgent d’attendre, ce comité est constaté un an plus tard, en mai 2017. Seulement l’immeuble Etoile ne brille pas par sa célérité. Une attitude en rupture avec le numérique où tout change vite. A preuve, déjà des réunions de groupe du comité créé à cet effet ont du mal à se tenir. Pour le groupe de travail chargé d’accompagner la conception du projet de mise en œuvre d’une plateforme pour le développement des projets dans le domaine du numérique, l’adoption des conclusions et la validation du rapport final étaient fixés pour mars 2018. Ce qui a renvoyé son financement dans le budget 2019. Et jusqu’à ce jour, rien n’est fait. C’est dire qu’entre la déclaration de volonté politique de Paul Biya du 31 décembre 2015 et la date probable de mise en œuvre effective de la numérique version Primature, il va s’écouler plusieurs années encore. A quand la phase pratique ?

Axel ABANDA (Stg)

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