Société

Interdiction des manifestations: L’indignation des Organisations de la société civile

Surpris de la décision du ministre de l’Administration territoriale et du gouverneur de la région du Centre d’interdire les manifestations publiques, Nouveaux droits de l’homme, Wilf-Cameroon et le Redhac, s’insurgent.

Le 07 septembre dernier, quelques heures après la convocation des collèges électoraux en vue de la tenue des élections régionales le 06 décembre prochain, le ministre de l’Administration territoriale a adressé un message clair à tous ceux qui engageront des manifestations pour contester la tenue desdites élections. « Aucun écart de comportement ne sera toléré de quelque parti politique que ce soit et de qui que ce soit », a-t-il averti. Dans la correspondance adressée aux gouverneurs des régions du Centre, du Littoral et de l’Ouest hier, 14 septembre 2020, Paul Atanga Nji a rappelé que « les manifestations non autorisées demeurent interdites » bien qu’elles obéissent au régime de déclaration. Quelques jours avant, notamment le 11 septembre dernier, le gouverneur de la région du Centre, Naséri Paul Béa est monté au créneau en rendant public un arrêté qui en substance, interdit jusqu’à nouvel ordre, « toute réunion et toute manifestation publique non déclarée dans la région du Centre ».

Ces décisions qui visent à restreindre l’exercice des libertés publiques sont inconcevables par ceux qui militent pour la promotion et la protection des droits de l’Homme. C’est le cas de la présidente du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Rédhac) qui, par un post sur sa page Facebook, a rappelé aux gouverneurs que le droit à la manifestation pacifique est une liberté fondamentale. A ce sujet, Maximilienne Ngo Mbe souligne que l’Union africaine et l’Onu sont intraitables lorsque ces dernières sont bafouées. La présidente de l’Association des femmes pour la paix et la liberté du Cameroun (Wilpf-Cameroon) pense pour sa part, que de pareille décision démontre à suffire l’état d’esprit dans lequel se trouvent les administrateurs camerounais. « Cette décision nous fait penser que l’administration est dans un état de fébrilité qui la pousse à être à la fois sur ses gardes et sur la défensive », indique Sylvie Dogmo. Et d’ajouter « il s’agit à notre avis d’un acte administratif qui risque raviver les tensions sociales déjà exacerbées. Par expérience, cette décision va davantage cristalliser et frustrer d’autres partenaires sociaux ».

Valeur « tautologique » et « démagogique »

Pour cet acte qu’elle estime avoir été prise en violation de la loi no90/055 du 19 décembre 1990 fixant le régime des réunions et des manifestations publiques, Sylvie Dogmo souligne qu’on a l’impression d’être dans un Etat d’exception déguisé où le droit commun est suspendu. S’agissant de la mention « réunion publique non déclarée » faite par le gouverneur de la région du Centre dans son arrêté, la présidente de Wilpf-Cameroon déclare que cette précision n’a qu’une valeur « tautologique » et « démagogique » puisque les réunions publiques non déclarées n’étaient pas autorisées auparavant. Face à cette situation, la directrice exécutive de Nouveaux droits de l’homme conclue que le Cameroun est un Etat qui a vraiment mal à la protection des libertés fondamentales et estime que « les autorités administratives ont perverti la loi en transformant un régime de déclaration consacré en un régime d’autorisation pratiqué ».

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