Un édifice sacré qui entremêle spiritualité et jeux d’influence politique majeurs. La basilique mineure Marie-Reine-des-Apôtres de Mvolyé, imposant monument religieux situé au sud de Yaoundé, s’est progressivement imposée comme un lieu névralgique dans l’équilibre des pouvoirs au Cameroun. Proclamée basilique en présence du président Paul Biya en 2006, cette cathédrale aux dimensions impressionnantes (32 mètres de haut, 75 mètres de large, 4 000 places assises) abrite le siège de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenca), dont l’influence sur les affaires nationales ne cesse de croître.
Patrimoine religieux : entre foi, politique et mémoire nationale
L’histoire de ce lieu emblématique révèle les liens complexes entre l’Église catholique et le pouvoir camerounais. Le site lui-même témoigne d’une relation séculaire avec la gouvernance du pays.
« Mgr Zoa voulait bâtir un édifice universel avec des matériaux et des formes issus du terroir. Le bois vient à 95 % du Centre, du Sud et de l’Est, et la structure évoque les cases mousgoum du Nord », explique un dignitaire de l’Église souhaitant conserver l’anonymat.
Cette basilique, dont la construction fut initiée par feu Monseigneur Jean Zoa en 1991, a bénéficié d’un appui personnel du président Paul Biya, lui-même ancien séminariste. Le lien entre le chef de l’État et ce lieu sacré s’est manifesté à plusieurs reprises, notamment lors de la visite du pape Benoît XVI en mars 2009.
La dimension politique de Mvolyé s’est révélée particulièrement en juillet 2020, lorsque des séparatistes ambazoniens ont choisi ce site comme lieu de négociation avec des émissaires du gouvernement, le considérant comme un « terrain neutre » malgré ses connections évidentes avec le pouvoir central.
L’architecture même de l’édifice reflète une volonté d’incarner l’identité nationale : douze colonnes symbolisant les apôtres, une Vierge noire sculptée dans le bois sacré de Nkong Ondoa, un autel en granit inspiré du jeu d’abbia et un toit évoquant une femme en prière représentant la Vierge Marie.
Cette basilique est aussi le théâtre de prises de position politiques par l’intermédiaire de la Cenca. En janvier 2025, plusieurs évêques réunis à Buea se sont prononcés contre une nouvelle candidature de Paul Biya à la présidentielle, alors même que le 17 septembre 2022, une messe de soutien au président y était célébrée par Christophe Zoa.
Le site a également vu défiler des personnalités politiques en quête de protection divine. En 2008, l’ancien ministre de la Santé Urbain Olanguena Awono s’y rendait en pèlerinage peu avant son arrestation pour détournement de fonds publics, espérant une intervention présidentielle qui ne viendra jamais.
Le cimetière de la basilique est lui-même devenu un enjeu de pouvoir, certaines personnalités convoitant une place dans cette terre où reposent déjà messeigneurs Vieter, Henneman, Vogt, Graffin et Zoa. Une place au paradis qui se négocie entre 1 500 et 3 000 euros, dans un espace que les chefs traditionnels ewondo considèrent toujours comme le leur.
La basilique de Mvolyé illustre parfaitement comment un lieu de culte peut transcender sa fonction spirituelle pour devenir un espace où se jouent des dynamiques de pouvoir essentielles à la compréhension de la vie politique camerounaise.
Selon vous, les lieux de culte comme la basilique de Mvolyé devraient-ils conserver cette double dimension spirituelle et politique, ou devraient-ils se concentrer uniquement sur leur mission religieuse?
Par Alain-Claude Ndom pour 237online.com
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Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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