Un signal politique majeur vient d’être envoyé aux différents clans du pouvoir camerounais. À cinq mois de l’élection présidentielle camerounaise, Paul Biya, 92 ans, a orchestré depuis sa retraite à Mvomeka’a une reprise en main stratégique du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Cette réorganisation du parti au pouvoir, marquée par une série de nominations aux postes clés du comité central les 24 et 25 mars dernier, laisse peu de doute sur ses intentions : le chef de l’État se prépare vraisemblablement à briguer un neuvième mandat.
Élection présidentielle : Biya maîtrise l’art du recadrage politique
Depuis sa résidence du Sud-Cameroun où il séjourne depuis les obsèques de sa belle-sœur fin février, le président s’est livré à un savant jeu d’échecs politique caractéristique de sa gouvernance.
« C’est une reprise en main par le chef de l’État, qui réaffirme qu’il est le seul maître à bord », confie un proche de la présidence qui a requis l’anonymat.
La réorganisation du comité central du RDPC constitue un message clair adressé aux différentes factions qui, depuis des mois, se positionnaient en prévision d’une éventuelle succession. Le chef de l’État a notamment surpris les observateurs en « oubliant » Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, considéré par beaucoup comme un vice-président de facto.
Cette mise à l’écart relative de celui que certains surnomment le « vice-Dieu » illustre la méthode Biya : utiliser les nominations comme outil de régulation des ambitions. « Il faut relativiser ce que certains présentent comme une disgrâce. Ngoh Ngoh n’a pas perdu de pouvoir. C’est simplement Biya qui a réaffirmé le sien », nuance notre source.
En parallèle, une véritable machine de campagne se met discrètement en place. Depuis début avril, les réseaux sociaux officiels du président ont repris vie, diffusant des citations sous les hashtags #PaulBiya et #OneAndIndivisible. Une task force dirigée par Ferdinand Ngoh Ngoh, qui inclut notamment la consultante française Patricia Balme, travaille déjà sur la stratégie électorale.
Cette préparation s’inscrit dans un schéma récurrent. « Autour de chaque scrutin présidentiel, il y a un moment de recadrage, que ce soit un remaniement gouvernemental ou des arrestations de personnalités politiques », rappelle un observateur averti des arcanes du pouvoir camerounais.
En 2018, Paul Biya avait ainsi limogé deux poids lourds du gouvernement, Edgar Alain Mebe Ngo’o et Basile Atangana Kouna, quelques mois avant le scrutin. Le premier purge toujours une peine de 30 ans de prison pour corruption.
Des sources bien informées évoquent désormais l’éventualité d’un remaniement ministériel autour du 20 mai, date de la fête de l’Unité, pour « enfoncer le clou » et dissuader toute velléité de contestation interne.
Par cette réorganisation, le chef de l’État a également écarté l’hypothèse d’un congrès du parti, réclamé par certains militants mais qui n’a plus eu lieu depuis 2011. « Il ne veut pas donner l’image d’un pouvoir divisé », analyse un cadre du RDPC.
Sauf surprise majeure, Paul Biya devrait donc déposer sa candidature au plus tard le 28 juillet, s’engageant à 92 ans dans une nouvelle campagne présidentielle avec l’assurance d’un joueur d’échecs qui a déjà anticipé tous les coups de ses adversaires.
Pensez-vous qu’à 92 ans, Paul Biya dispose encore des ressources nécessaires pour gouverner efficacement le Cameroun pendant un neuvième mandat?





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