Un témoignage rare vient raviver la mémoire d’une période cruciale de la lutte pour l’indépendance. Bakang ba Tonjé, cadre historique de l’Union des populations du Cameroun (UPC) depuis 1969 et auteur des « Derniers jours de Ruben Um Nyobè« , dévoile ses souvenirs du 13 septembre 1958, jour où l’emblématique leader indépendantiste a été tué à l’âge de 45 ans. Ce récit à la première personne, empreint d’émotion et de détails inédits, lève le voile sur les circonstances troubles de la disparition d’une figure majeure de l’histoire camerounaise.
Histoire politique : les dernières heures d’un héros national
Ce témoignage nous plonge dans l’atmosphère oppressante de l’époque coloniale, où la résistance s’organisait malgré la répression.
« Nous vivions dans des camps d’internement, derrière des clôtures surveillées de près par l’armée coloniale », se souvient Bakang ba Tonjé, qui n’avait que 15 ans et demi lors des événements.
La nuit précédant l’annonce de la mort d’Um Nyobè, le témoin rapporte une agitation inhabituelle dans son village de Makak. La voiture de Simon-Pierre Njock Bot, chef supérieur du canton et maire de la localité, effectuait d’incessants allers-retours entre son domicile et la mairie.
« Ce manège nocturne laissait présager qu’un événement grave était en train de se jouer », poursuit-il, suggérant que Ruben Um Nyobè se trouvait déjà aux mains des forces militaires françaises et camerounaises avant l’annonce officielle de sa mort.
Le récit révèle des détails troublants sur les derniers moments du leader de l’UPC. Après son arrestation dans la forêt où il se cachait, Um Nyobè aurait été conduit au camp militaire d’Eseka, puis chez le futur président Ahmadou Ahidjo à Nachtigal, dans une tentative de le faire fléchir.
« Il a refusé de se renier », souligne Bakang ba Tonjé. « Il leur a déclaré que toute négociation ne devait se faire non pas avec lui seul, mais avec l’ensemble des cadres de l’UPC, au premier rang desquels Félix-Roland Moumié. »
Cette fermeté lui aurait coûté la vie. Selon le témoignage, c’est durant son transfert de retour vers le camp militaire qu’Um Nyobè aurait été exécuté sommairement. « Les militaires lui ont tiré en plein visage, juste au-dessus du sourcil gauche », précise l’ancien cadre de l’UPC.
Pour les habitants de Makak, contraints de vivre sous haute surveillance militaire et autorisés à se rendre aux champs seulement une à deux fois par semaine, cette nouvelle a résonné comme un coup de tonnerre. Les enfants comme Bakang ba Tonjé, qui servaient souvent de messagers entre les maquisards et les familles restées au village, ont été particulièrement marqués par cet événement.
Ce témoignage apporte un éclairage précieux sur un moment charnière de l’histoire camerounaise, raconté par l’un des derniers témoins directs de cette époque de lutte pour l’indépendance nationale.
Pensez-vous que l’histoire de figures comme Ruben Um Nyobè est suffisamment enseignée dans le système éducatif camerounais actuel?






Nous avons besoin de nous réapproprier notre histoire.