Société

Massacre de Kumba: Les sécessionnistes raflent les dividendes médiatiques

On aurait parié à tous les prix que les séparatistes, désignés à tort ou à raison comme les auteurs du grand mal du 24 octobre, allaient sombrer corps et âme dans leur volonté de combattre la République.

Curieusement, trois jours après, les établissements scolaires se vident en mondovision, paniqués par des rumeurs entretenus au grand dam de la paix. Condamnation unanime, tant en interne qu’à l’international, de la folle tuerie, sauvage et barbare des enfants innocents dans les salles de classe du complexe scolaire privé « Mother Francisca international bilingual academy », du quartier Fiango à Kumba. Alors que l’indignation est encore à son comble, une rumeur distillée attise la psychose dans les établissements scolaires et vide les salles de classe à Mutenguene, Tiko, Limbe et Buea. Sur les réseaux sociaux, les vidéos des enfants désertant les salles de classes sont virales et suscitent les vagues d’indignation au moment où l’opinion croyait qu’une nouvelle page dans la guerre du Noso s’ouvrait. Premièrement, par l’ampleur de la condamnation, planétaire, il semblait raisonnable de penser que l’école serait désormais épargnée de la cible des combats. Erreur !

Les vidéos, même si elles trahissent les difficultés d’une reprise des classes dans les deux régions, exposent tout de même ce fait irréfutable que le pouvoir de Yaoundé avait réussi sans bruit à faire rentrer quantitativement les enfants à l’école, désertée depuis 2016. On commence à croire, au vue des images que le nombre du million d’élèves en classe à la rentrée du 5 octobre, avancé à la sortie de la réunion de crise à la Primature n’était pas forcément exagéré. En deuxième lieu, parce que des signes de division étaient perceptibles au sommet du leadership sécessionniste, il y avait comme un air de coup chao que le massacre de Kumba venait assener à cette politique sécessionniste. Il n’en est là aussi rien du tout.

Dialogue inclusif

Hier matin, ils ont tout simplement surfé sur les vagues de la psychose ambiantes dans la région du Sud-Ouest pour envoyer les stratégies gouvernementales dans les cordes. La mission du ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, dans la région à dessein de panser les plaies des populations et de les conforter dans la détermination de croire à l’Etat qui veille sur leur sécurité face aux bandes armées, devient désormais une tâche herculéenne alors qu’on s’attendait à ce qu’il y aille pour dire allègrement la messe des faiseurs de troubles au sein de la République. Il faudra donc un Atanga Nji inventif, proactif, pour combler le déficit de confiance créé par l’impensable psychose de ce matin, qui pourrait bien évidemment se propager. La guerre du Noso, se gagnera ou se perdra ; qu’on le veuille ou pas à l’école. Or, le pouvoir peut-il encore entretenir la dynamique de victoire et partant du contrôle de l’école qui était à son avantage ? Les stratèges gouvernementaux ont du pain sur la planche. A défaut de la convocation d’un dialogue inclusif et immédiat qui entraine le cessez-le-feu jalonnant le chemin de la paix, le pouvoir devra se surpasser pour préserver ses acquis ou contenir l’effet domino du mal.

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Le gouvernement largué sur le théâtre médiatique

Dans sa sortie du 24 octobre dernier, René Emmanuel Sadi l’a implicitement reconnu. « Le Gouvernement réfute catégoriquement, les allégations mensongères ainsi que les subterfuges et autres manœuvres desdites bandes armées, tendant à imputer sans scrupules à nos Forces de Défense et de Sécurité, au travers d’interminables campagnes de propagande dans les réseaux sociaux, les atrocités de toutes sortes qu’elles commettent contre les populations des Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, à l’instar de l’attentat horrible de ce jour », avait-il rapporté ce jour-là. La chose se fait tant et si bien qu’aujourd’hui, il y a des Camerounais bien équilibrés dans la partie francophone du pays qui se demandent à travers des publications sur les réseaux sociaux, qui sont les véritables commanditaires des atrocités de Kumba.

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Or, les condamnations diffusées en boucle sur les médias publics, ne disent plus grand-chose aux consommateurs ciblés. Le rôle des pouvoirs publics dans leur communication est d’apporter la lumière sur les points d’ombre. Comment par exemple, à Fiango, à 11 heures, des hommes sont venus abattre des enfants et s’en sont retirés à bon compte ? C’est le reportage d’une enquête de terrain qui pourrait apporter la lumière. Il en va ainsi de tous les aspects de cette guerre. La communication fait partie intégrante de la guerre.

De ce fait, les images brutes, sauvages, inacceptables et intolérables, ne jouent pas toujours forcément en faveur du pouvoir, et les sécessionnistes le savent. La campagne médiatique qui a suivi le carnage de Kumba, le témoigne. Cette campagne intense est allée tant et si bien contre le pouvoir que le ministre de la communication a cru devoir faire une mise au point suite à sa sortie du 24 dernier, dans la nuit du 26 octobre. « Kumba : sous le choc et profondément indigné, le gouvernement n’a commis aucun mensonge », est le titre de ce rappel à la réalité des faits tel qu’annoncé par le pouvoir.

« Au moment où le Cameroun tout entier pleure ses enfants, rien ne justifie qu’on veuille distraire l’opinion par des discussions qui nous écartent de l’essentiel », ainsi en appelle le Mincom excédé visiblement par les contre-vérités qui fleurissent sur la toile ou dans certains médias, nés de la sortie gouvernementale du 24 dernier. Par ailleurs, au début de cette guerre, les intelligences séparatistes avaient misé sur les réseaux sociaux pour propager sur la place virtuelle quelques dérives du terrain, surtout à l’université de Buea. Hier encore, des images semblables sont revenues, comme si le gouvernement oubliait que la guerre se gagne ou se perd sur le terrain médiatique.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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