Economie

Manaouda Malachie: Plus de 600 millions de Fcfa de carburant en 3 mois

Attendu sur le terrain de la construction, de la réhabilitation et de l’équipement des infrastructures hospitalières pour améliorer l’offre en soins sur l’étendue du territoire national, ce département ministériel a dépensé de septembre à novembre, une somme faramineuse pour l’achat du carburant.

C’est un doux euphémisme de dire que le Minsante est malade de sa gestion. Le thermomètre indique une poussée de fièvre consécutive à l’utilisation outrageuse des fonds consacrés à l’achat du carburant. En attendant d’être admis aux urgences pour overdose de consommation et exubérance dans les dépenses liées au fonctionnement de ce département ministériel que dirige le Dr Manaouda Malachie depuis deux ans, les chiffres que le Messager a obtenu après enquête minutieuse, donnent des céphalées. D’après des documents de la paierie spécialisée du Minsante et précisément du service de la comptabilité, l’on apprend que du 28 septembre au 04 novembre 2020, plus de 600 millions de Fcfa ont été débloqués pour l’achat du carburant dans les stations Total et Tradex. Autrement dit, en l’espace de trois mois, plus d’un demi-milliard de nos francs ont servis à faire carburer les luxueuses et rutilantes voitures et autres bolides de ce ministère au moment même où la priorité reste la situation sanitaire du pays, pris en otage depuis mars dernier, par la crise à Covid-19.

Fractionnement des marchés

Là où le bât blesse, c’est que ce faramineux montant est le fruit d’un fractionnement de marchés publics au mépris des règles des commissions de passation de marchés qui exigent que lorsqu’un marché est au-dessus de 5 millions, Fcfa l’entreprise ou l’institution concernée doit automatiquement passer par un appel d’offres. Toute chose qui n’a visiblement pas effleuré l’esprit du principal ordonnateur qu’est le ministre, plus occupé à siphonner les caisses. Lui qui n’a pas boudé le plaisir d’embrasser le phénomène de fractionnement des marchés publics devenu un vieil exercice dans l’administration camerounaise. «C’est la grande tentation des gestionnaires. C’est une faute récurrente (…) C’est une faute qui peut être punie au pénal si on établit que le gestionnaire qui a fractionné le marché a des intérêts auprès de l’adjudicataire du marché», explique un ancien cadre de suivi à l’Agence de régulation des marchés publics (Armp).

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Ce qui est plus intrigant c’est qu’il reste difficile de comprendre comment un montant aussi impressionnant peut être affecté uniquement à la rubrique carburant en si peu de temps. On aurait compris s’il s’agissait par exemple du ministère délégué à la présidence de la République chargé de la Défense où les priorités sont plus nombreuses et le champ d’intervention plus vaste avec notamment le déploiement des forces de défense et de sécurité dans le Nord-Ouest et le Sud-ouest ou encore dans l’Extrême Nord du pays où sévit la secte islamiste Boko Haram. Plus grave, cette nouvelle affaire éclate quelques mois seulement après que le même ministre a fait les choux gras de la presse, relativement à lagestion qui est faite du Fonds spécial de solidarité nationale.

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Pillage de la fortune publique

Dans un dossier publié dans les colonnes de votre journal, nous rappelions fort à propos qu’il y a comme une constellation d’actes de pagaille, de pillage, de dérapage, de carambolages et de gaspillage de la fortune publique. L’argent de la Covid-19 fait place à une sorte de concurrence ministérielle et déloyale sur le dos de la générosité de Paul Biya. Le gouvernement a géré ces fonds dans le plus grand secret, rendant impossible la traçabilité des ressources publiques. De fait, on ignore si et comment l’exécutif a dépensé cet argent, ainsi que les 226 millions de dollars (190 millions d’euros) qu’il a reçus du Fonds monétaire international (Fmi) en appui à sa réponse au Covid-19.

C’est seulement sous la pression de la presse et des leaders d’opinion que le Minsante, invoquant « l’urgente nécessité de la transparence », a publié le 29 juillet, dans un communiqué de deux pages, des informations sommaires sur la manière dont il avait dépensé 22 milliards de Fcfa, affirmant qu’il s’agissait du total de ses dépenses en réponse au Covid-19 au cours des cinq mois précédents. Une sortie que l’honorable Jean Michel Nintcheu du Social democratic front (Sdf) a taxé de « parodie de transparence ». Contactés, les collaborateurs du ministre n’ont pas voulu réagir sur la question, renvoyant le reporter à la ligne budgétaire de fonctionnement du Minsante.

Franck ESSOMBA

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