Un coup de filet majeur vient d’être opéré contre les financiers du terrorisme qui ensanglante les régions anglophones du Cameroun. Eric Tataw, figure centrale du financement terroriste, a été inculpé le 24 avril par un jury fédéral américain à Baltimore pour cinq chefs d’accusation particulièrement graves, dont le soutien matériel au terrorisme et le blanchiment d’argent. Cette arrestation marque un tournant décisif dans la traque internationale des commanditaires de violences qui ont fait des milliers de victimes depuis 2017.
Réseau de financement séparatiste : les méthodes barbares du « Garri Master » dévoilées
Les accusations portées contre ce ressortissant camerounais sont accablantes.
« Tataw et ses co-conspirateurs auraient ordonné la mutilation de civils camerounais en leur coupant des membres, une pratique que Tataw appelait « Garriing » », révèle l’acte d’accusation du ministère américain de la Justice, un document détaillé de 18 pages.
L’homme de 38 ans, qui se faisait appeler « Garri Master« , utilisait une terminologie codée particulièrement macabre : « Small Garri » pour désigner l’ablation de doigts ou d’autres petits appendices, et « Large Garri » pour l’amputation de membres entiers ou l’exécution de personnes.
Selon les enquêteurs fédéraux, Eric Tataw aurait, depuis 2018, collecté d’importantes sommes d’argent aux États-Unis et dans d’autres pays pour financer l’achat d’armes, notamment des AK-47, destinées aux groupes séparatistes opérant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
L’accusé aurait également utilisé massivement les réseaux sociaux pour diffuser des messages incitant à la violence, ordonnant directement des attaques et faisant l’apologie des meurtres, incendies criminels et enlèvements par le biais de vidéos et messages audio.
Plus grave encore, la justice américaine lui reproche d’avoir activement recruté des combattants depuis le sol américain pour perpétrer des attaques sur le territoire camerounais, tout en se livrant à des activités de blanchiment d’argent sous couvert d’actions humanitaires.
Cette arrestation s’inscrit dans une série d’opérations internationales visant les commanditaires de la crise anglophone, comme l’interpellation récente de Lucas Ayaba Cho en Norvège, confirmant la détermination des autorités occidentales à ne plus tolérer que leur territoire serve de base arrière aux activités terroristes.
« Le territoire des États-Unis ne peut servir de base à la planification de ces atrocités », ont affirmé les responsables judiciaires américains, précisant que les enquêtes, appuyées par le cabinet d’avocats Nsahlai, vont se poursuivre.
Eric Tataw risque désormais jusqu’à 15 ans de prison pour soutien matériel au terrorisme, et cinq ans supplémentaires pour chacun des autres chefs d’accusation, soit potentiellement 35 ans d’incarcération.
Cette inculpation pourrait-elle marquer le début de la fin pour les réseaux de financement des groupes armés dans la crise anglophone ?