Politique

Déstabilisation du Cameroun: Comprendre la méthode Donald Trump

En critiquant sur les antennes de Radio France internationale (Rfi) les résolutions du Grand dialogue national, monsieur Afrique de Donald Trump met ainsi le pays de Paul Biya en garde. Retour sur le plan des américains.

De toute évidence, les Américains semblent avoir bien huilé leur mécanique, pour pousser Paul Biya à la faute et faire en sorte de le guider vers la sortie. 5 éléments majeurs apparaissent comme des signes. D’abord, lors de l’assemblée générale des nations unies en 2018, à la tribune de l’Onu, Donald Trump dira toute son aversion contre les régimes autoritaires, éternitaires, ennemis des droits de l’homme. Dans le même sillage, dévoilant les vraies ambitions des américains, à la veille de la présidentielle, Peter Henry Barlerin, l’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, au sortir d’une audience à lui accordée par Paul Biya, déclarera qu’il avait conseillé à celui-ci, de penser à son héritage, comme Nelson Mandela et Georges Washington. Les Américains ont prouvé par là qu’ils étaient contre une énième candidature de Paul Biya, tout en sachant que ce dernier ne se défilerait pas. Ainsi, défiant la mise en garde, l’homme du 06 novembre ne va pas se gêner pour se porter candidat et transformer l’essai, malgré la contestation de Maurice Kamto. Le troisième élément est issu de la sortie médiatique de Tibor Nagy, sous-secrétaire d’Etat américain chargé des affaires africaines, sur le plateau de France 24, avant sa visite officielle au Cameroun les 17 et 18 mars derniers. Il soutiendra alors que tous les malheurs du Cameroun sont dus au règne sans fin de Paul Biya. Quatrième éléments : Les Etats-Unis ont pondu un communiqué de presse dans lequel il demande au régime de Yaoundé d’organiser un vrai dialogue inclusif qui verra la participation des leaders séparatistes. Cinquième éléments : C’est monsieur Afrique de Donald Trump qui ira sur le plateau de Rfi il y a quelques jours indiqué que les anglophones veulent d’une vraie décentralisation avec transfert des ressources et non d’une décentralisation sur le papier. Il clôtura ses propos en arguant que plus le temps passe, plus les anglophones veulent la séparation. Dès lors, les pièces du puzzle se sont emboitées l’une à l’autre et de manière prévisible : Paul Biya demeure président dans un contexte de dégradation de l’état sécuritaire du pays, la crise anglophone s’envenime davantage, l’Etat opte pour un attentat contre les droits de l’homme et les libertés publiques, pour s’imposer, créant ainsi un climat sociopolitique de plus en plus délétère.

Stratégie

Avec 5 régions sur 10 en troubles sécuritaires, avec des pics dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, Paul Biya est devenu un danger même pour les intérêts des Américains. Jusqu’à un passé assez récent, le Cameroun donnait des gages d’une stabilité et d’une paix à nul autre pareil. En Afrique centrale, le pays de Paul Biya était le hub en la matière, donnant l’assurance d’être l’un des rares remparts dans le golfe de Guinée, notamment en Afrique centrale. Ce n’est plus le cas de nos jours. Or, pour les Américains, le Cameroun est une plate-forme hyper-importante. C’est la raison pour laquelle, Tibor Nagy, lors de sa visite, dira que les investisseurs de son pays sont intéressés par la destination Cameroun et qu’il s’engageait personnellement à les amener à se rendre chez nous. Sauf que personne n’est en effet prêt à venir investir dans un pays en guerre. C’est un pari trop risqué. Mais, le Cameroun étant un pays extrêmement riche, les Américains ne sont pas prêts à laisser passer ce bifteck.

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Ils sont en train de pousser Paul Biya à la faute. La crise anglophone leur a ouvert les portes pour mettre en œuvre leur stratégie. D’abord, ils savent que jamais Paul Biya n’acceptera le dialogue inclusif tel qu’ils le demandent, car ce serait le début de sa fin. C’est la raison pour laquelle, ils sont en train de tabler sur des sanctions ciblées, visant surtout la sécurocratie de Paul Biya. S’il gèle les fonds de ces gens comme cela semble se dessiner, cela signifie qu’il y a des risques que ces proches du président le transforment en cible. C’est-à-dire qu’ils se retournent contre le chef. Le danger est d’autant plus prégnant que de plus en plus, même au sein du sérail, tous ont peur d’être appelés à rendre des comptes un jour ou l’autre dans cette affaire. Jusqu’à nos jours, les acteurs du génocide rwandais sont toujours sur la sellette. Il est de même pour les atrocités commises par les nazis. De plus en plus de gens se posent des questions. Même si le contexte n’est pas le même, on observe bien comment l’armée a fini par tourner le dos à Bouteflika en Algérie.

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Les États-Unis, en tant que superpuissance, ont toujours utilisé les sanctions comme un outil essentiel de leur politique étrangère. En Rdc, en Iran, au Venezuela… Comme les États-Unis sont une superpuissance, leurs sanctions sont le plus souvent suivies de sanctions d’autres pays occidentaux et de l’ONU. Confère la Rdc.

Il convient de noter que le plus souvent, les régimes dictatoriaux qui ne se soucient guère des besoins de leurs citoyens deviennent souvent radicaux et ne cèdent pas à ce type de sanctions comme ce fut le cas avec Robert Mugabe, Pierre Nkurunziza et d’autres dirigeants africains. Mais ceci pourrait simplement être un signe que le régime de Biya est progressivement isolé par la communauté internationale, ce qui pourrait être préjudiciable au développement socio-économique du Cameroun. Rappelons juste la résolution 21/16 de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies en 2012 et la résolution 25/20 de la Commission des droits de l’homme des Nations Unies en 2014. En tant qu’État souverain, le Cameroun est tenu de respecter ces conventions non par pour plaire à la communauté internationale, mais avant tout pour ses citoyens. Cela signifie que l’État a la responsabilité de protéger ses populations contre quatre crimes d’atrocité massive : génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, nettoyage ethnique. Donc, quand l’Etat est incapable à s’acquitter de ces responsabilités, la communauté internationale peut intervenir pour encourager et aider l’État à s’acquitter de ses responsabilités. De plus, il n’est pas impossible que sous la pression américaine, la communauté internationale appuie sur le bouton Cpi. Là, tous ces collaborateurs du chef de l’Etat vont se transformer en loups pour lui-même, car l’heure de la reddition des comptes aura sonné. Malheureusement, cela risque aussi d’être l’heure de la délation et du reniement. Les langues vont se délier.

Zéphirin Koloko

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