Depuis 2014 le Cameroun interdit la vente des whiskies ensachés et frelatés

whiskies ensachés

Depuis 2014, le gouvernement a déjà rapporté trois fois de suite la décision d’interdire la vente des whiskies ensachés et frelatés sur l’étendue du territoire camerounais. Preuve de son incapacité à proposer des solutions alternatives et efficaces. ​

Dès le 1er janvier prochain, la commercialisation du whisky frelaté et ensaché devrait être interdite sur l’étendue du triangle national. Cette mesure gouvernementale visant à retirer définitivement les stocks de cette boisson nocive ayant la mauvaise réputation de nuire gravement à la santé de ses consommateurs, n’est pas en soi une chose nouvelle sous le ciel camerounais. Trois fois de suite elle a été prise en grandes pompes par nos dirigeants, et trois fois de suite elle a été rapportée par ces mêmes décideurs, pour des raisons parfois saugrenues ou incongrues. Le 12 septembre 2014, pour la première fois, les autorités de la République avaient montré de l’intérêt pour ce sujet préoccupant, d’intérêt social avéré. Les ministres de la Santé publique, du Commerce, et leur homologue​ des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique avaient signé un arrêté conjoint portant l’arrêt de la vente de ces boissons non contrôlées sur l’étendue du territoire. Le même arrêté rendait d’application obligatoire la norme sur la production de whiskies et autres spiritueux. Le délai imparti était de 24 mois, soit l’année 2016.

A la suite de cette décision, le directeur de l’Agence des Normes (Anor), Charles Booto à Non indiquait qu’aucune vente ne sera autorisée ni tolérée dans le territoire au-delà de la date butoir du 17 septembre 2026. Les producteurs avaient jusqu’à cette date pour écouler leurs stocks et éviter des pertes économiques énormes. Ce d’autant plus que, non seulement ce secteur productif brasse une forte activité économique, avec notamment la présence de plusiurs entreprises industrielles, mais en plus, il génère beaucoup de ressources financières pour les Impôts. Tenez par exemple : le directeur général de Fermencam, Maurice Djeutchoua, indiquait qu’en plus des emplois générés, leur unité de production, connue pour ses marques King Arthur, Lion d’Or, etc. affichait en 2013 un chiffre d’affaires de 12 milliards de francs CFA. Soit une nette progression, comparé à 2012 où il était de 9 milliards. C’est d’ailleurs cet argument économique qui a toujours été invoqué par les acteurs de cette filière, qui ont fait plier l’Etat trois fois d’affilée. Au grand dam de ceux-là, tout aussi nombreux, qui font prévaloir l’argument sanitaire : les décès survenus chaque année à cause de ces boissons sont aussi importants que les suicides liés aux caprices invaincus de la vie quotidienne.

Tolérance administrative

D’ailleurs, une bonne frange de la population abonnée à ce liquide ignifuge se recrute parmi les couches sociales déçues et désespérées, comme l’ont montré bien des enquêtes. Consommer à moindre coût (le prix du sachet varie de 50 à 150F) une boisson dont le taux d’alcool fait planer dans le petit nuage et fait oublier, l’instant d’un breuvage, les problèmes de chômage et de vie chère… Tel semble le credo de ces disciples de Bacchus. C’est aussi, sans aucun doute, l’une des raisons qui justifient la relative tolérance administrative dont ont fait montre les pouvoirs publics, jusqu’ici, face à ce fléau social qu’est la consommation de « Tirs », de « Bullets », de « Fighters », qui sont autant de marques présentes sur le marché. La nature ayant horreur du vide, il faut bien se garder de supprimer une solution conjoncturelle, sans en proposer une autre qui soit palliative ou alternative. C’est dire si les arguments économique et social semblent l’emporter jusqu’ici.

En 2016 donc, un nouveau moratoire avait été accordé aux producteurs de whisky ensaché. Le nouveau délai était fixé à 2018. Rendu à cette date butoir, les producteurs ont bénéficié d’un troisième moratoire allant jusqu’au 31 décembre 2022. C’est-à-dire dans 24 heures plus exactement. Demain sera-t-il la bonne occasion ? Rien n’est sûr, et des indicateurs semblent le corroborer. En effet, lors de la dernière session parlementaire de novembre et décembre 2022, le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Gabriel Dodo Ndoke, face aux députés pour défendre l’enveloppe allouée à son département ministériel, n’a pas soufflé mot sur cette question. Même pas pour faire le point sur les mesures d’accompagnement dont il avait lui-même annoncé la mise en place.

Ce programme d’accompagnement comprenait entre autres l’identification et la localisation de tous les acteurs de la filière, la réception au Minmidt des plans de migration de chacun desdits acteurs, l’implication des autorités administratives dans la lutte contre la contrebande et la contrefaçon dans ce secteur, l’introduction d’une nouvelle disposition visant à soumettre l’importation de l’alcool éthylique à une procédure de déclaration annuelle. En 2021, le Minmidt avait pourtant rassuré l’opinion en déclarant aux députés que les derniers stocks auront disparu du marché d’ici demain, et qu’« à partir du 1er janvier 2023, la norme devrait être appliquée et respectée par tous dans ce domaine ». Sauf que le whisky frelaté au Cameroun, au vu de l’effectif croissant de ses consommateurs, en corrélation avec la courbe vertigineuse de ia vie chère, est comme les autres boissons classiques. Le supprimer serait comme interdire l’alcool aux Camerounais ou les priver de la fréquentation de débits de boisson. Ce serait comme jouer avec la sensibilité

Théodore Tchopa / 237online.com

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