Cameroun : L’industrie du whisky en sachet toujours en marche

whisky en sachet

A quelques jours de la dernière échéance du moratoire délivré par le gouvernement sur le retrait définitif de ce produit sur le marché, les consommateurs se ruent vers les points de vente.

9 heures passées de quelques minutes, le marché de Mokolo ouvre encore ses portes le mercredi 28 décembre 2022. C’est le jour de nettoyage. Des boutiques sont encore fermées, mais un secteur bien reconnu de ce marché est déjà ouvert. Celui de la vente des liqueurs. Dans les rayons, les différents whiskies en sachet sont exposés. Ils sont accompagnés de leurs prix. Ceux-ci varient entre 750 fcfa et 1850 fcfa le paquet de 20 sachets. Les différentes marques sont disponibles. « Je veux trois paquets de King Arthur et un de Goal », indique un client à la serveuse dans une boutique. Dans un plastique de couleur noir, ses produits lui sont remis. A quelques jours de la dernière échéance du moratoire délivré par le gouvernement sur le retrait définitif du whisky en sachet sur le marché le 31 décembre 2022, les consommateurs se ruent vers les points de vente pour s’approvisionner. Le whisky en sachet est toujours présent sur les étals du marché. Certains commerçants vendent à la criée dans les rues de Yaoundé, d’autres les mettent dans leurs caisses de vente en bordure de route. « Nous ne sommes même pas au courant de cette décision. Les ventes se passent comme d’habitude.

En cette période de fête, ces liqueurs sont même très sollicitées par les clients. Nous avons vendu plusieurs cartons depuis trois jours », révèle une commerçante au marché de Mokolo. Consommateurs et vendeurs ignorent encore cette décision du gouvernement. « Je n’ai pas eu cette information. Comment allons-nous faire avec les stocks que nous avons en boutique ? Nous attendons de voir d’ici le 31 décembre ce qui sera fait pas les autorités », se lamente une commerçante. « Nous continuons de vendre nos produits. Nous allons faire l’effort d’épuiser les stocks que nous avons avant la date limite. Si nous ne réussissons pas à les écouler, nous allons tout simplement les retirer des rayons. Nous ne pouvons pas aller à l’encontre des décisions du gouvernement », confie Olive, tenancière d’un dépôt de boisson. Sévérin Olinga, lui se fout complètement de cette décision. « Nous allons acheter et faire des réserves dans nos maisons. Il faut aussi faire des fouilles dans les domiciles pour vérifier que le whisky en sachet n’y est pas. Est-ce que nous avons les mêmes moyens ? Que le gouvernement mette du whisky en bouteille au prix de 100 fcfa. Nous sommes fatigués de toutes vos interdictions », crie-t-il à qui veut l’entendre.

50, 100 et 150 Fcfa le sachet

Un prix accessible pour les consommateurs. « Le sachet c’est le whisky des pauvres. Avec 100 Fcfa j’ai le whisky. Nous n’avons pas tous les moyens de s’offrir du whisky coûteux. Nous voulons juste ressentir le goût de l’alcool », argumente Martin Tandeng. Et d’ajouter : « Nous allons continuer de consommer tant que ça circule sur le marché. C’est là que se trouve notre niveau ». Comme lui, d’autres jeunes préfèrent le whisky en sachet parce qu’il est moins cher et facile à consommer. « Nous n’avons pas besoin de diluer celui-ci pour le boire. Pas besoin d’un verre aussi. Il se transporte facilement et on peut se le procurer partout où l’on se trouve même dans les villages les plus profonds de la ville », confie Simplice l’air joyeux.
Le degré d’alcool de ces spiritueux ne semble pas poser problèmes aux consommateurs.

Comme l’indiquent certains, ils sont à la recherche des sensations fortes. « Avec le sachet, on ressent le vrai goût de l’alcool. Il est difficile pour nous de vous expliquer le goût et ce que nous ressentons. C’est fort et nous aimons ça », révèle Serges Ngue. « On aime ce qui saoule. C’est le sachet qui gagne pour cela. Même si le gouvernement interdit, nous allons continuer de boire. Nous sommes Camerounais », lance un autre consommateur. « Je préfère acheter trois ou quatre sachets, je bois que d’acheter une bière. Elle n’égalera jamais la saveur du sachet », poursuit-il. Pour Xavier Mbey, le whisky en sachet lui permet de trouver le sommeil. C’est un somnifère. « Lorsque j’ai du mal à trouver du sommeil, il me suffit de prendre un ou deux sachets pour m’endormir. Je peux acheter des sachets de 50 ou 100 Fcfa. Tout dépend de la disponibilité chez le commerçant », explique-t-il.

En 2014, les ministres de la Santé publique, du Commerce et celui des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique ont signé conjointement un arrêté interdisant la vente du whisky en sachet sur l’étendue du territoire national en raison de leur caractère nocif. Pour des raisons de production évoquées par les industries productrices, la date a été prorogée au 31 décembre 2022.

Marie Laure Mbena / 237online.com

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