Société

Covid-19: Comprendre la timidité des cotisations lancées par Paul BIYA

Depuis la mise sur pied de cette collecte de fonds par le président de la République, les dotations se font en compte-goutte si ce n’est, le fait unique de quelques promoteurs d’entreprises.

Une participation timide par rapport aux mobilisations antérieures. Est-ce parce qu’il y a une crise de confiance entre le peuple et le gouvernement ? Analyse. Le Cameroun, au même titre que plusieurs autres pays du monde, fait face aux affres de la pandémie du coronavirus. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (Oms) recommande le confinement aux populations pour éviter de contracter le virus puisqu’il n’y a encore aucun traitement approprié, les gouvernements des autres pays d’Afrique, d’Europe, d’Asie et de l’Amérique, ont décidé de mettre à la disposition des populations des sommes d’argent pouvant les permettre de supporter les effets du confinement, le président de la République du Cameroun, a quant à lui, créé un fonds spécial de solidarité nationale pour lutter contre la propagation du Covid-19 sur le territoire national. C’est par un communiqué signé et rendu public par le secrétaire général de la primature, Séraphin Magloire Fouda, le 31 mars dernier que le public en a été informé. Le même communiqué précisait que le chef de l’Etat avait lui-même doté ledit fonds, d’un montant de 1 milliard de Fcfa. Il fallait donc à partir de ce moment, que ses concitoyens lui emboitent le pas afin de grossir les fonds de cette caisse.

Mais du 31 mars jusqu’à ce jour, la mobilisation citoyenne ne draine pas des foules. Peu sont ceux qui y participent. Seulement, ces derniers ne sont que des promoteurs d’entreprise. C’est le cas du producteur d’huiles raffinées (Maya) qui a remis 150 millions de Fcfa au ministre de la Santé publique ; du président directeur général de Congelcam qui a donné 250 millions de Fcfa ; du promoteur de la Banque Uba qui a offert 150 millions de Fcfa ; du milliardaire Baba Danpullo qui a donné 100 millions ; de l’entreprise Orca qui a remis 4.000 sacs de riz et Alliances construction qui a remis un chèque de 150 millions de Fcfa au Minsanté pour ne citer que ceux-là. En clair, pendant plus de deux semaines, les contributions n’ont même pas encore atteint la barre de 1 milliard et jusqu’ici, les donateurs n’ont pas encore eu de façon détaillée ce qui a déjà été fait de ces différentes contributions. Est-ce cette attitude connue du régime qui empêche les populations en générale d’apporter leur soutien financier au fonds de solidarité nationale du président de la République ? Puisque s’il faut revenir quelques années en arrière, le gouvernement camerounais pour ne pas dire le régime en place n’a jamais rendu des comptes au public après une collecte de fonds national. En 1994 par exemple, lors de la coupe du monde qui se jouait aux Etats-Unis d’Amérique, le gouvernement avait lancé une opération « coup de cœur » pour venir en soutien aux lions indomptables de l’équipe nationale fanion, qualifiés pour la phase finale de cette compétition. Au lieu de faire un suivi-évaluation des sommes cotisées par le peuple camerounais, l’ancien ministre de la Communication Kontchou Kouomeni avait organisé une conférence de presse juste pour dire aux citoyens que « la mallette d’argent se trouvait entre Yaoundé et Washington » sans une autre forme de précision.

Crise sociopolitique

Quelques années plus tard, notamment en 2014, le président a appelé les camerounais à une mobilisation nationale pour soutenir financière le personnel militaire et les victimes de guerre de la nébuleuse secte BokoHaram dans le septentrion. Les populations se sont mobilisées comme un seul homme et de façon solidaire pour soutenir leurs concitoyens en détresse. La cagnotte s’était chiffrée à plus de 1 milliards 800 millions de Fcfa. Mais jusqu’à ce jour, aucun compte rendu n’a encore été fait au peuple par le gouvernement sur la gestion desdits fonds. Quatre ans plus tard, en 2018, le chef de l’Etat lance un plan d’urgence d’assistance humanitaire pour soulager les victimes de la crise sociopolitique dans le Nord-ouest et le Sud-ouest. Comme toujours, les camerounais ont répondu massivement à l’appel de leur président. Jusqu’à ce jour, les 12 milliards de Fcfa qui avaient été collectés dans le cadre de cette opération sont gérés par le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, et qui n’a pas encore fait un compte rendu détaillé de la gestion de cet argent et n’a même jamais fait l’objet d’un audit. Ces modes opératoires qui créent assez de confusion et de flou dans la gestion des fonds cotisés par les populations peuvent-ils avoir fragilisé la confiance que le peuple avait vis-à-vis du gouvernement ? Est-ce que le climat de confiance a subi une chute de température ? De toutes les façons, tout porte à croire que c’est le cas.

Survie-cameroon-survival-fund

Parce que les populations se manifestent à peine ou alors presque pas, pour gonfler le fonds de solidarité nationale mis sur pied par le chef de l’Etat. Pourtant on les voit bien cotiser et à des montants faramineux dans les caisses de Survie-Cameroon-survival-fund qui est un élan de solidarité nationale mis sur pied par le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), le Pr Maurice Kamto, le 06 avril dernier. Même si cette initiative est dépréciée par le gouvernement camerounais, avec notamment Paul Atanga Nji qui fait feu de tout bois pour la paralyser, elle connait un succès phénoménal sur le plan national et international vu que la tirelire est même déjà à plus de 600.000 euros soit, environ 390 millions de Fcfa en moins de deux semaines, tel que prévu par le professeur agrégé en droit public au moment du lancement.

Toute chose qui montre bien que la confiance du peuple semble avoir changé de camp. Mais la situation aurait-elle été différente si le président de la République s’adressait lui-même à la nation comme l’a fait son principal opposant ? D’ailleurs pourquoi ne même pas s’interroger sur son absence notoire depuis le 11 mars dernier et le silence assourdissant qu’il garde alors que le peuple attend qu’il s’exprime pour donner les directives de lutte contre le coronavirus comme le font ses homologues ailleurs ? Attend-il que la « situation pourrisse pour venir jouer les sapeurs-pompiers après » comme l’a dit Charles Armel Mbatchou, notre confrère d’Equinoxe télévision ?

Afficher plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer