Société

Coronavirus: A qui profite la dissimulation des victimes ?

Alors que le nombre de contaminations et de décès liés au Coronavirus se multiplient, le gouvernement fait le choix du déni.

Entre confinement absolu et nécessité pour les décideurs d’assurer la sécurité des citoyens, les mandants semblent faire le choix d’une condamnation à mort collective. C’est une stratégie de gestion et de communication de crise pour le moins curieuse. Alors qu’à travers la planète, les gouvernements et spécialistes de la santé s’accordent à interpeller la communauté internationale sur la nécessité de s’inspirer des victimes contaminées et décédées du fait du coronavirus, au Cameroun, la posture du gouvernement paraît à la dissimulation du nombre réel de personnes contaminées et des décès. Cela a été le cas avec le décès d’Achille Moukoury Essome. Annoncé mort de suite de contagion au coronavirus, le gouvernement s’est empressé de contredire l’information pourtant confirmée par le corps médical et sa famille. Cela a aussi été le cas l’arrivée massive des passagers en provenance de l’Europe. Pendant des semaines, malgré les alertes lancées par la presse et une partie de l’opinion, tous ces voyageurs ont continué à se fondre dans les masses, jusqu’à ce que les premiers contaminés, découvert à tout hasard dans les hôpitaux ne soient identifiés comme des personnes ayant voyagées dans ces avions contaminés.

Il en est du président de l’Assemblée nationale, arrivé au pas de course, qui s’est rué à l’hémicycle, ignorant les mesures de confinement pourtant édictées par le gouvernement. Dans un biais publié par l’hebdomadaire Jeune Afrique, l’on apprend aussi que des membres de la famille présidentielle ont été exemptés de la procédure de détection et de confinement d’usage. Des curiosités bien camerounaise quand sous d’autres cieux, les plus hautes autorités de l’Etat prêchent par l’exemple, se mettant souvent en confinement. Du coup, les mesures énoncées par le gouvernement font juste l’objet d’un effet d’annonce. L’option prise par le gouvernement qui consiste à fouler au pied ses propres prescriptions tout en dissimulant la réalité du virus semble faire l’effet contraire.

Avis des spécialistes ignorés

Dans cette gesticulation gouvernementale, les voix des spécialistes de la santé se meurent. Etouffées dans le folklore des administratifs et des politiciens. Reste donc la voie de l’informel où s’expriment désormais ceux qui détiennent les solutions du mal qui sévit. Craignant les représailles formulées à mots à peine voilés par les autorités administrativo-politique, médecins, personnels des structures sanitaires choisissent la voie des couloirs électroniques pour dire leurs vérités au sujet de l’ampleur réelle du mal. Pendant que le gouvernement s’applique à dire que seulement quelques dizaines de personnes sont contaminées dans les villes de Yaoundé, Douala et Bafoussam, des voix pourtant autorisées s’élèvent sous anonymat pour estimer à des centaines, voire le millier de personnes réellement contaminées par le Corona virus. De même que les mêmes voix estiment à des dizaines de milliers le nombre de personnes potentiellement contaminées, faute de matériels de détection et de stratégie de proximité structurée à cet effet. Ajouté à cela l’incivisme des leaders sociaux et politiques qui foulent au pied les règles pourtant établies par eux-mêmes. Il n y a qu’à voir la multiplication des réunions supposées communiquées sur les effets dévastateurs du Corona virus ainsi que l’organisation des cérémonies d’obsèques à leur initiative. Tout se passe comme si les hauts responsables administratifs et politiques jouissaient d’une immunité à cette maladie qui tue pourtant sans distinction de classe sociale.

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Missions régaliennes

En fond, l’incapacité du gouvernement à s’aligner sur les méthodes de prévention ayant donné des résultats ailleurs questionne sur sa capacité à assurer la sécurité des citoyens. Sous cape, des voix au sein même de la machine gouvernementale indiquent à voix basse l’incapacité du gouvernement à appliquer le confinement totale par peur de prendre à son compte la mise à disposition aux citoyens du minimum vital durant la période nécessaire à l’éradication de l’épidémie, comme cela est le cas ailleurs. Du coup, la contamination se démultiplie et les risques d’une hécatombe paraissent sous une courbe de probabilité irréversible.

Les atermoiements du gouvernement conduisent à des catastrophes sanitaires et sociales susceptibles d’alourdir l’ampleur du drame qui se vit déjà au Cameroun. A la réalité, le cas camerounais est caractérisé par l’absence de logistique garantissant une prise en charge effective de la survenue des milliers de cas, comme annoncé par le ministre de la santé, lui-même, qui prévoit à 3 800 le nombre de cas d’ici à quatre semaines si rien n’est fait. Dans un pays où il manque de tout, jusqu’à l’eau de consommation courante, le risque de résurgence amplifiée d’autres pandémies et épidémies n’est pas à proscrire. A l’observation, l’attitude gouvernementale face à la menace du Corona virus dessine un avenir mortifère pour l’ensemble de la communauté nationale.

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La non maîtrise de la crise sanitaire qui se vit au Cameroun met en lumière les faiblesses du système sanitaire et social camerounais. Elle illustre aussi l’impréparation du gouvernement à faire face à la moindre crise ayant un impact sur les masses populaires précaires. Dès lors, tout laisse croire que le gouvernement fait le choix de favoriser la contamination et la condamnation à la mort des millions de citoyens. Les mesurettes prises ici et là au nom de la prévention ont depuis longtemps convaincu les plus enthousiastes que la mort certaines de tous est l’aboutissement attendu. C’est que la psychose et le dénuement observé jusque dans les structures sanitaires n’est pas fait pour rassurer. Sans armes adaptées, les praticiens souvent contaminés en premier sont astreints au silence et à la résilience par les décideurs politiques.

Joseph OLINGA

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