Le sociologue décrypte le phénomène du vol des bébés et préconise quelques remèdes pour son éradication.Qu??est-ce qui peut justifier, selon vous, la disparition des bébés qu??on vit ces derniers temps dans les familles et les hôpitaux ?Il faut dire que c??est un phénomène qui est lié à la modernité insécurisée que nous vivons aujourd??hui. On peut mobiliser un certain nombre de facteurs et de motivations, qui rendent compte de la survenue de ces vols de bébé. D??un côté, on a ceux qui le font pour alimenter un certain nombre de ménages qui éprouvent des difficultés d??adoption parce que, comme vous le savez, la question de l??adoption n??est pas un élément fort dans la culture de chez nous. Du coup, certaines personnes, voyant ces difficultés à adopter, préfèrent informaliser
leur démarche en s??accaparant illicitement des enfants.Il faut lier aussi ce problème à un certain nombre de pratiques qui existent dans les cercles ésotériques. Par exemple, on parle du repas du Graal dans certaines structures sectaires où des éléments de l??anatomie des bébés sont très prisés, pour des rites initiatiques. Il faut également y voir le fait que c??est une situation qui rejoint deux autres phénomènes : celui du trafic des êtres humains et celui de la vente des ossements et des organes humains, qui sont très connus dans notre pays.On a donc affaire à un ensemble d??entrepreneurs qui ont trouvé pour fonds de commerce le trafic des bébés ; ce qui nous met en face du défaut de respect et de considération de l??humaine condition. Ce qui fait qu??aujourd??hui, tout est relatif, permis, possible. On pourrait dire ici qu??on est même dans logique d??interdire d??interdire d??attaquer l??humaine condition.
Cette situation ne crée-t-elle pas un déficit de crédibilité des hôpitaux ?Il est clair qu??il y a un déficit de confiance en nos hôpitaux. Il y a fort à parier que les matrones vont avoir du travail, de nos jours. C??est-à-dire qu??on va se retrouver avec les bonnes vieilles méthodes parce que ça devient dangereux aujourd??hui d??accoucher dans un hôpital. Il en est du cas Vanessa Tchatchou comme de celui de l??hôpital de la Cnps. Du coup, il est fort à parier que les hôpitaux, puisqu??il s??agit d??un ensemble de circuits, de réseaux dans lesquels ils contribuent et participent, que les couples évitent de se retrouver dans les formations hospitalières. Ce qui est dommage parce que, en réalité, dans les hôpitaux, le plateau technique permet qu??on puisse réaliser un accouchement sans un certain nombre de risques. Il y a lieu de penser, à partir de ce moment-là, que l??hôpital étant devenu un lieu dangereux, marqué négativement au niveau de la société comme étant un espace où prospèrent des trafics de bébés, le déficit de confiance produise une peur de l??hôpital.Aujourd??hui, un doigt accusateur est pointé du côté des orphelinats qu??on présente, aussi, comme des lieux d??approvisionnement des voleurs de bébés, tant la traçabilité des orphelins est difficile à remonter??Je ne voudrais pas, d??entrée de jeu, dire que les orphelinats soient un maillon de la chaîne de ce trafic qui se joue autour des bébés et des enfants. Mais il faut relever, aujourd??hui, qu??il y a un certain nombre d??acteurs qui instrumentalisent les structures d??encadrement des orphelins et qui les utilisent comme des paravents derrière lesquels prospère un autre type d??activités. Cela interpelle les pouvoirs publics parce que, aujourd??hui, il faut constituer un certain nombre de brigades d??inspection qui surveillent et contrôlent l??activité des orphelinats. Lorsque les enfants sont placés dans les orphelinats, très souvent, on ne s??y intéresse plus. On les a laissés à ces endroits et, plus tard, on ne revient pas faire une évaluation pour savoir ce qu??ils ont devenus, où ils sont partis et ce qu??ils font. Ce laisser-aller dans la gestion des orphelinats, et derrière l??articulation de l??idée de solidarité et de charité, fait qu??on voit prospérer des réseaux qui alimentent le trafic des enfants.
Y a-t-il un moyen de circonscrire ce phénomène, au regard de son évolution et de la puissance des réseaux de trafic ?De nombreux moyens existent pour le circonscrire. Il me semble que le ministère des Affaires sociales et celui de la Promotion de la famille, sont suffisamment outillés en termes de personnels pour protéger la famille et les nourrissons. Mais la manière dont les choses se déroulent, dans ces ministères, ne permet pas qu??ils produisent un travail qui protège la famille. Il faut constituer des brigades d??inspection mobiles qui travailleraient à l??intérieur des orphelinats et des hôpitaux parce que, aujourd??hui, on se rend compte qu??il y a un besoin de resocialiser nos hôpitaux qui sont devenus des structures asociales, participant à la destruction de vies humaines.Ensuite, il faut systématiquement punir tous les cas qui auraient été révélés. Dans l??affaire Vanessa Tchatchou, c??est insuffisant à mon sens d??avoir simplement limogé le directeur de l??hôpital. J??estime que la chaîne de ceux qui étaient en service ce jour là est facilement reconnaissable. On doit les interpeller, pour qu??ils soient traduits devant les tribunaux.
Cela peut-il faire reculer les réseaux ?Je pense que ça peut les faire reculer, parce que l??impunité nourrit un certain nombre de comportements qui n??ont rien à voir avec ceux auxquels on devrait s??attendre. Il faut aussi dire qu??un certain nombre de réseaux maffieux, qui alimentent ce trafic, existent au Cameroun. Il est donc intéressant d??entreprendre une investigation, qui ne se limite pas à une simple enquête policière, pour comprendre quels sont les tenants et les aboutissants et éradiquer le phénomène. Il faut également sensibiliser la société, pour que, lorsqu??on a vu un individu qui trimballe un bébé alors qu??on a jamais vu sa femme enceinte, que des gens soient à mesure de toucher les autorités compétentes. Et puis il y a le fait que, derrière, un ensemble de mains est tapi qui organise un complot contre la famille et les catégories vulnérables au Cameroun.
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