Cameroun:Les filles de joie ne font plus recette dans la ville de Garoua

Une rue au Cameroun

Yelwa, quartier populaire de la ville de Garoua et haut lieu de la vente d’alcool, du jeu et de la pros*titution de la ville.

Il est 18h, la sirène d’une voiture de police retentie au loin et rappelle aux gérants de bars et d’autres commerces qu’il est l’heure de fermer. C’est le même scénario chaque jour depuis le 18 mars 2020, conformément à la mesure gouvernementale instruisant la fermeture des débits de boissons, des restaurants et autres lieux de loisirs à partir de 18h. Une patrouille mixte de la police et de la gendarmerie sillonne la zone et s’assure que tout est fermé. «Ce Coronavirus, c’est vraiment une mauvaise affaire», soupire Nafissatou. Depuis l’arrivée du virus au Cameroun, la peur de l’épidémie affecte les activités des prostituées comme elle, perturbe tout le commerce informel. Installée avec ses collègues «Waka, c’est-à-dire pro*stituées » à l’entrée d’une auberge qui est en réalité une maison close parmi tant d’autres dans le secteur de Nkolbivess, elle tue le temps en bavardant avec ses copines et cherche désormais dans des rues désertées d’hypothétiques clients. «La clientèle n’a jamais été aussi peu nombreuse», déplore la jeune femme. «J’avais en moyenne dix clients par jour mais j’arrive difficilement à en avoir deux depuis le début de la pandémie du coronavirus. Certains clients, des habitués surtout, contactent les femmes par téléphone et proposent des sommes d’argent plus importantes afin qu’elles acceptent de venir chez eux».

La maladie du Covid-19 se transmet par des postillons dus à des éternuements ou de la toux. Il faut être proche d’une personne (moins d’un mètre) pour qu’elle transmette la maladie. Les travailleurs du sexe sont donc particulièrement exposés mais Nafissatou et ses camarades semble ne pas du tout être affectés par la peur de la contagion. Le port d’un masque permet d’éviter la contamination. Malheureusement chez les prostituées du quartier Yelwa, pas besoin de masques de protection et d’ailleurs aucune d’elle n’en porte, elles ne l’exigent pas non plus à leur clientèle. «Les clients ont tous fuient et on ne va pas encombrer ceux qui osent encore nous fréquenter avec pareilles exigences», confie Fatimé, une prostituée arrivée de Maroua il presque six moi. «J’ai peur du virus, mais j’ai besoin de travailler pour pouvoir payer mon logement et ma nourriture», confie Nafissatou.Les travailleurs du sexe ne sont pas les seuls à pâtir du coronavirus à Yelwa. Les tenanciers de petits commerces au lieu-dit carrefour fédéral et vendant les préservatifs, se plaignent de la rareté des clients. «Tant que les prostituées ont des clients nous on vend nos préservatifs. Mais depuis que tout ferme à 18h nos ventes ont chuté car c’est dans la nuit que tout se passe», explique Bouba, vendeur au carrefour fédéral.

La pandémie du Covid-19 à profondément bousculer les habitudes des travailleurs du sexe et affecte leur activité. Privé de ressources, elles tentent désormais de survivre malgré les risques de contagion liés au coronavirus. Le ralentissement des activités du fait de la pandémie est synonyme de période de disette pour beaucoup d’entre elles. «Personne ne se soucie de nous», déplore Nafissatou. Elle continue à arpenter les rues, désespérée de trouver un client, un courageux qui va peut-être braver le couvre-feu et les patrouilles de police pour s’offrir un peu de plaisir.

Ebah Essongue Shabba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *