Société

Cameroun – Transporteurs routiers : Pourquoi le mot d’ordre de grève a été levé

Plus de dix heures d’horloge, c’est le temps qu’aura duré la réunion de crise entre les propriétaires des camions de transport des marchandises sur le corridor Douala-Bangui-Ndjamena et les chauffeurs desdits camions.

L’entrée « Est » de la ville de Douala était bloquée sur une dizaine de kilomètres tout l’après-midi du 13 octobre 2021, jusqu’au matin du 14 octobre. Personne ne pouvait sortir de la ville de Douala ni y entrer. Ce jour, les chauffeurs camions y ont observé un mouvement d’humeur qui a fortement perturbé la circulation de ce côté de la ville, créant un engorgement à n’en point finir, jusqu’au péage d’Edéa. Les camionneurs avaient garé leurs engins sur la chaussée, en protestation des conditions de travail qui se dégradent de jour en jour, sous le regard silencieux voire complice du gouvernement qui manifestement a laissé les travailleurs à la merci des patrons dans le cadre du code de travail qui date de 1992. Et selon lequel l’employé doit lui-même négocier ses conditions salariales et de traitement avec son employeur ; un code de travail selon lequel le travailleur ne bénéficie d’aucune protection de la part de l’Etat.

C’est ainsi que l’on observe comment des étrangers peuvent impunément « exclavagiser » nos compatriotes sous la barbe et le nez des pouvoirs publics, les travailleurs des secteurs sociaux tels que l’éducation et la santé sont des laissés – pour- compte, avec des salaires de catéchistes. Quand bien même ces derniers veulent exprimer leur courroux, le gouvernement envoie les FMO les réprimer. C’est bien ce qui s’est passé ce jour à l’entrée de la ville de Douala. La police anti-émeute était sur les lieux, prête à réprimer. Fort heureusement certaines âmes de bonne volonté ont vite fait d’appeler au calme et à la concertation. El Hadj Oumarou, Coordonnateur général du Bureau de gestion de fret terrestre, sentant le chaos venir, a aussitôt réuni autour de lui les membres des différents syndicats de transporteurs et employés, question de trouver un terrain d’entente afin que le mot d’ordre de grève soit levé. « Manifestement cette grève nous a surpris », s’exclame l’honorable Sime Pierre, doyen des propriétaires de camions, à la fin de la rencontre. Lui qui est le président national du Syndicat national des transporteurs routiers du Cameroun, Sntrc. Ni les autorités, ni les employeurs n’ont su à quel moment le préavis de grève a été lancé. Tout le monde a été mis devant le fait accompli. Après dix heures d’âpres discussions, employeurs et chauffeurs camions ont pu tabler sur quelques points des revendications, d’autres aspects des revendications devant être examinés au cours d’une autre rencontre prévue le 14 octobre 2021 à Yaoundé avec le ministre du transport et celui du travail et de la sécurité sociale. A certains moments, certaines personnes à l’esprit surchauffé ont failli en venir aux mains, devant le regard hagard et médusé des hommes et femmes de médias venus couvrir la rencontre afin d’en avoir les résolutions et les recommandations.

Parmi la douzaine de revendications, une dizaine porte sur le respect de la convention collective qui selon les travailleurs n’a jamais été respectée, notamment sur les points liés à la grille salariale, la sécurité sociale, le bulletin de paie, le contrat de travail, l’assurance individuelle durant le voyage, la prime de risque dans les zones dangereuses, la visite technique des camions, la surcharge, la formation continue et le recyclage des chauffeurs avec leurs convoyeurs afin qu’ils soient à la page des évolutions et des mutations dans le monde du transport. Ces points des revendications ont été examinés avec les patrons et un terrain d’entente a été provisoirement trouvé, ne serait-ce qu’afin que le mot d’ordre soit levé et que la circulation reprenne. La suite de la rencontre allait se tenir à Yaoundé et devait porter entre autres sur les tracasseries routières, la corruption au niveau des ponts bascules, la multiplicité des postes de contrôle routier, la difficulté d’expression des camionneurs et les entraves à la liberté syndicale.

Ce sont au total six syndicats qui étaient réunis autour des patrons du Bgft afin de trouver une issue au mouvement d’humeur observé par les chauffeurs camions à Douala. Selon Nyemeck Ntamack président confédéral des syndicats, « c’est pour l’intérêt supérieur du Cameroun que nous avons accepté négocier afin que le mot d’ordre de grève soit levé ». Quant au doyen des transporteurs l’honorable Sime Pierre, « Nous venons de prendre des engagements que nous allons nous atteler à respecter pour le bien de nos travailleurs ». Et pour Ahmadou Bassirou, président national du Syndicat national des chauffeurs routiers du Cameroun, Sncrc, « Il s’agit bien d’une suspension et non d’une levée du mot d’ordre de grève, ce qui revient à dire que nous suivons à la loupe la suite des négociations jusqu’à ce que l’ensemble de nos revendications soit solutionné ».
Il convient de rappeler que ce n’est pas la première fois que les camionneurs annoncent un débrayage.

Rodrigue TCHOKOUAHA, 237online.com

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