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Société

Cameroun : Quand le démon du Tribalisme frappe à la porte

Jamais depuis les indépendances, le Cameroun n’avait autant été secoué par le spectre de la division tribale qui menace toute une nation dans ses fondements.

Tranches de vie dans un pays qui veut se faire Hara-Kiri.

C’est un dimanche agité. Ce 30 octobre 2016, Apejes de Mfou affronte Bamboutos de Mbouda en finale de la Coupe du Cameroun. Rarement une
finale aura autant passionné le public ces 15 dernières années. Bamboutos est sans doute le club le plus populaire de l’heure et en face, Apejes
propose un football léché qui séduit bien au-delà de ses bases. Mais alors qu’on attend une simple rivalité sportive, un simple duel de supporters
passionnés, la confrontation charrie d’autres pulsions et se cristallise sur un affrontement tribal. « On va taper les Mbouda dimanche, il faut qu’ils
rentrent chez eux
» , attend-t-on dans les rues de Yaoundé. « Les Nkwa là vont nous sentir », rétorquent les nombreux supporters de Bamboutos
présents dans la capitale. D’autres noms d’oiseaux fusent. Toujours plus virulents. Ce fameux 30 octobre, une cité du quartier Awae Escalier à Yaoundé est en pleine ébullition. Apejes vient de triompher et des locataires originaires du Centre-Sud hurlent aux portes d’un des résidents qu’ils croient être de l’Ouest : « Rentrez chez vous les Bami !». On frise l’affrontement.

Replis et méfiance

Quelques jours après son succès éclatant, Aimée Zang, le président d’Apejes, conduit son staff dans les locaux du Quotidien Le Jour à Yaoundé. Le jeune dirigeant est un ami du Jour. Il vient présenter le trophée au Directeur de la Publication de ce journal qui a accepté de sponsoriser son club. Une première au Cameroun pour une entreprise de presse. Un clin d’œil qui dépasse toute considération tribaliste. Une ode à la fraternité et à
l’esprit sportif. Aimé Zang est du Centre mais son équipe dirigeante est un excellent concentré de personnes venant de plusieurs régions du
Cameroun. Le club a même été longtemps financé par l’international Idriss Carlos Kameni dont le patronyme renseigne sur les origines. La victoire
d’Apejes peut alors servir de symbole à une nation qui connait déjà une recrudescence de reflexes identitaires. Une fois encore la magie du football
opère. Les passions se tassent à nouveau jusqu’à la dernière élection présidentielle pendant laquelle les blocs tribaux se font frontalement face sans heureusement franchir la ligne rouge du passage à l’acte. Mais jusqu’à quand ? Le vers est désormais dans le fruit. Des idéologues extrémistes et
ethnofascistes utilisent les réseaux sociaux et les médias conventionnels pour appeler à la haine et au meurtre de l’autre. La suspicion et la méfiance prospèrent dans la cité. « Je suis entrain de perdre progressivement mes amis Betis avec qui j’ai grandi et avec qui je buvais régulièrement ici à Essos » , constate Philippe Nono, un habitant de la ville de Yaoundé. « Je constate qu’ils m’évitent l’un d’eux m’a un jour dit qu’il n’est pas dans ma tontine » , ajoute-il. « J’avais un copain Bamiléké et je me rends compte qu’il m’évite depuis un certain temps alors qu’on avait des projets de mariage. Je crois que ces parents ne veulent plus d’une Nkaw » , confie Mireille Ateba qui vit au quartier Awae à Yaoundé. « C’est surtout les Bami et Betis qui font ces bruits, nous on n’a pas de problèmes entre nous. Je suis du Nord et ma fiancée est de l’Est, je ne changerai pour rien au monde » , relativise Ahmad Bayero qui réside dans la ville de Mbandjock.

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Plus inquiétant encore, les familles issues de la mixité ethnique que l’on croyait a priori exemptes de cette spirale doivent elles aussi composer avec
la recrudescence de replis identitaires. « On vous étiquettera toujours même si vous êtes issus de plusieurs tribus. Quand vous serez face à une
situation, un concours administratif on vous dira d’où vous êtes vraiment
» , se résigne un observateur de la vie politique camerounaise, lui-même
issu de deux ethnies. « J’ai un enfant avec une fille du Centre et récemment mon fills qui vit avec sa mère m’a demandé si mon frère était Bamiléké
comme moi. D’où viennent ces choses dans la bouche d’un enfant de 8 ans ?
» , s’indigne un journaliste exerçant à Yaoundé. « La chance du Cameroun c’est que nous avons plusieurs tribus une guerre tribale est pratiquement impossible chez nous » , se console Emile Ambassa, un camerounais de la diaspora. Ce diagnostic est faux. Des exemples abondent de pays multi ethniques dévastés par des guerres opposant une ou plusieurs tribus. Il est plus que urgent de penser à des meures fermes pour se prémunir de l’embrasement tribal qui guette notre pays. Il faut être dur de la feuille pour ne pas voir ce diable qui rode.

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Source
Hiondi Nkam IV
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