Elu en 2018 pour 7 ans, le président de la République Paul Biya célébrait le 13 février dernier, ses 89 ans dont 39 ans passés à la tête d’un Cameroun où la bataille de succession marquée par des intrigues et querelles intestines dans l’entourage de l’homme du 6 novembre 1982, enfle.
Rendu presqu’au crépuscule de son mandat, celui qu’on surnomme « le sage d’Afrique » est condamné à poser des actes forts pour une sortie royale qui marquera l’Histoire. 89 ans et toujours au trône ! Cette année encore, les images de la coupure de gâteau ont circulé sur les réseaux sociaux, charriant au passage des commentaires tantôt sulfureux tantôt objectifs. On y voit Paul Biya, l’air préoccupé, vêtu d’un gant blanc qui épouse parfaitement la couleur de son chapeau de cowboy country.
Soutenu affectueusement par Chantal Biya dont le rouge vif de la robe crée une certaine harmonie avec le décor en arrièreplan, l’homme Lion esquisse malaisément un semblant de sourire, la main posée sur le bras de l’une de ses petites filles avec qui il partage cette photo de famille. Le large sourire et la bonne humeur de la première dame semblent avoir contaminé Franck Biya et d’autres parents figurant sur cette image. Pas besoin d’être un démiurge pour constater que le président de la République prend de l’âge. S’il peut masquer parfaitement les rides sur son visage de jeunot, son regard trahit hélas, sa sénilité. Normal ! Ces longues années d’exercice du pouvoir usent. A 89 ans, le capitaine du navire Cameroun qui conduit un septième mandat consécutif, n’a plus la même vigueur et la même santé qu’en 1982 lorsqu’il accédait à la magistrature suprême. L’homme qui règne en maître absolu n’était-il pas déjà le deuxième président en exercice à la plus longue longévité politique au monde ?
La Can de tous les enjeux
La jeunesse camerounaise réunie au palais polyvalent des Sports de Yaoundé, l’a célébré et lui a rendu un vibrant hommage à l’occasion de son 89e anniversaire, à travers une méga cérémonie où prenait part son représentant personnel le ministre d’Etat/Secrétaire général de la présidence de la République Ferdinand Ngoh Ngoh. Ces jeunes, fer de lance de la Nation, saluaient ainsi les efforts et sacrifices consentis par le N’nomGui pour doter la jeunesse d’infrastructures sportives haut de gamme et réparties dans toutes les dix régions du pays. Le succès retentissant de l’organisation de la 33e édition de la Coupe d’Afrique des nations (Can) en est une parfaite illustration. Les messages de félicitations qui fusent des quatre coins du monde témoignent à suffire que sur ce volet, Paul Biya a réalisé un incroyable exploit. D’ailleurs, dans son adresse à la jeunesse, le Chef de l’Etat est revenu sur cette grand’messe du football continental organisée par le Cameroun. « Je peux donc affirmer, qu’au-delà de ce fait malheureux, la Can TotalEnergies Cameroun 2021 a été un franc succès qui honore non seulement le Cameroun, mais aussi toute l’Afrique », a-t-il déclaré le 10 février dernier.
Mieux, enthousiaste et survolté, le peuple camerounais a communié à l’unisson avec son grand leader le 6 février, le portant en triomphe à la face du monde, devant ses hôtes venus des quatre coins de la planète, singulièrement, son invitée d’honneur, Audrey Azoulay, la Directrice générale de l’Unesco. Le cortège présidentiel, aussi bien à l’arrivée, qu’au départ du Stade d’Olembé, a ainsi été très longuement ovationné. Expression de la gratitude des masses populaires à l’endroit de Biya, dont « l’implication personnelle et la très haute impulsion auront permis au Cameroun, non seulement de disposer des infrastructures sportives de dernière génération, mais aussi, et surtout, d’organiser la plus belle compétition de toute l’histoire des Coupes d’Afrique des nations », vante-t-on sur prc.cm.
Les camerounais résilients
A l’heure de songer à l’après-Biya, beaucoup s’interrogent sur l’héritage qu’il devra laisser au Cameroun ; au legs que le peuple qui l’a longtemps adulé et même déifié, gardera en mémoire. Si «le Sphinx», comme on le surnomme parfois en raison de son cynisme et de son goût du secret, n’a pas manifestement préparé sa succession, force est de reconnaître qu’il a permis que le Cameroun, mieux que d’autres, puisse gérer le reflux des cours du pétrole, qui contribue à seulement un dixième du Produit intérieur brut (Pib) du pays, et fait preuve d’une belle résilience, avec une croissance de 4% cette année grâce à sa diversification économique (agriculture, construction, textiles, banques). Au total, le Cameroun exporte (café, cacao, coton, banane, textile, machines) plus que tous les autres membres de la Cemac réunis. Il mène aussi des chantiers d’infrastructures structurants, notamment l’autoroute Yaoundé-Douala et des barrages hydroélectriques.
Mais cette apparente prospérité cache mal le conflit qui déchire le Nord-ouest et le Sud-ouest depuis quatre ans. Dans ces deux régions anglophones, des séparatistes font face à l’armée depuis 2017. Dos à cette guerre, le septième mandat de Biya est tout sauf un long fleuve tranquille. Et pour ne rien arranger, le président national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) paie le prix de la trahison de certains de ses proches collaborateurs. Invités dans la confidence de la gestion des dossiers chauds de la République, choyés et considérés comme des serviteurs loyaux, ces « créatures » qui ont pour la plupart, pillé les caisses de l’Etat, sont à l’origine de la situation chaotique dans laquelle baigne le pays. Le cas Ngoh Ngoh, apprend-on, fait les gorges chaudes sous le marbre et les dorures du palais d’Etoudi. Lui qui, à travers sa fameuse Task force créée pour gérer les chantiers de la Can, a plutôt ouvert le boulevard au bricolage, aux replâtrages et à l’enfumage.
Se débarrasser des collaborateurs véreux
Entre trouver des moutons noirs ou des boucs émissaires et sacrifier des membres du sérail à l’autel des guerres de réseaux, le Sgpr et ses suppôts tapis au sein du gouvernement ne sont-ils pas les artisans du retrait de la Can au Cameroun en 2019 sous la très policée appellation « glissement » ?Alors que Biya avait promis en mondovision que son pays sera prêt le jour-dit.N’est-ce pas au même Ngoh Ngoh que sont imputées les raisons des décisions tardives, des déblocages financiers retardés, des contrats offerts de gré à gré aux entrepreneurs sans aucune compétence ou sans présence locale avérée ? D’où l’urgence de se débarrasser de ces collaborateurs véreux. Tout comme poursuivre avec acharnement la lutte contre les prévaricateurs tel qu’il a lui-même annoncé le 31 décembre dans son discours de fin d’année. Il est plus que l’heure de nettoyer les écuries d’Augias. Il y va pour le magistère de Paul Biya.
Franck ESSOMBA / 237online.com
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