Société

Cameroun – Ottou Marcellin: «La guerre n’est pas une bonne chose !»

L’artiste musicien de renommée internationale, auteur de plusieurs titres cultes, est un des encadreurs au «Festival national des jeunes pour leur encadrement et épanouissement», qui se tient à Efoulan (arrondissement de Yaoundé 3) dans le concept «Jeunesse vacances utiles» depuis 2017.

Pour la 3ème édition de 2019, il a sensibilisé les jeunes sur le respect des autorités et des parents et contre les vendeurs d’illusion qui les déroutent de leurs objectifs.

Qu’est-ce qui explique votre présence auprès de ces enfants pendant ce Festival national des jeunes ?

Je pense que c’est ici que nous devrons être. Quand vous apprenez que nous faisons des tournées en Europe, c’est des mairies, des sous-préfectures qui organisent ce genre d’événements. Vous avez entendu parler du Festival de Cannes. La mairie a deux activités fondamentales : les activités sportives et les activités artistico-culturelles, encadrées par les préfets, les sous-préfets, etc. C’est pour ça que les équipes de football portent les noms des villes en Europe. Donc, quand on part en Europe, on arrive dans les arrondissements, où les autorités ont déjà encadré les enfants, auxquels nous apportons notre expertise sur les métiers extrascolaires. C’est dans ce contexte que je me retrouve ici ; d’autant plus que c’est mon village. Je suis né à Nsiméyong, qui signifie quelque chose ou quelqu’un qui inspire la peur (il dérive de deus noms : « Nsi », qui veut dire, « effrayer ou épouvanter » et « Meyong », qui signifie « peuples ou tribus », Ndlr). Dans un Ewondo plus élaboré, c’est Nkolngié ; c’est-à-dire le Rubicon, la ligne rouge. Et dans cette école primaire d’Efoulan, où j’ai fait le jardin d’enfants, avant d’aller à Mvolyé, petit séminaire, Vogt, etc.

Quel message avez-vous à passer aux parents ?

Les parents doivent eux-mêmes, être encadrés, d’abord par vous, les médias. Mais quand vous passez le temps à faire peur aux parents, eux aussi sont découragés. Il y a un proverbe en Ewondo qui dit : «soyez à la hauteur». Chaque fois que vous êtes défaillants, vraiment, ça pose problème ! Vous devez savoir que l’art a des métiers : tous les artistes ne sont pas de vedettes et toutes des vedettes ne sont pas des artistes. Moi, j’ai eu la chance d’être une vedette. Mais il faut faire la différence entre le métier et la carrière. Moi, je suis économiste de formation universitaire, mais ça ne m’a pas empêché, guitare en main, de nourrir mes neuf enfants. Si j’avais été fonctionnaire, comment j’aurais nourri mes neuf enfants ? Vous savez combien un fonctionnaire gagne au Cameroun de manière normale, pour nourrir neuf enfants ? Au niveau de vos médias-là, encouragez les jeunes à multiplier, comme feu Ngango nous disait à l’époque, les sources de revenus. C’est-à-dire : si tu es salarié dans un domaine donné, ça n’empêche pas d’apprendre à vendre les arachides ou à jouer au football. Donc, parmi ces jeunes-là, il peut y avoir des médecins, mais des médecins qui seront, soit footballeurs, soit guitaristes. Il faut encadrer les métiers extrascolaires. Merci pour votre apport ; je remercie également à M. le maire et à M. Le sous-préfet pour cet encadrement qu’ils donnent aux enfants. Puisque je le fais temps en temps en Europe, pourquoi je ne le ferai pas dans mon village ? Que les parents soient rassurés : la musique n’est pas un métier de voyous. Par contre, les jeunes qui bougent les fesses dans vos télévisions-là, c’est ça que vous devez vous-mêmes d’abord censuré. Il faut faire bouger le cerveau, l’analyse, la pensée, la réflexion. C’est ça qui fait avancer les pays que vous admirez. Nulle-part, les fesses ne font avancer quoique ce soit.

Vous avez aussi interpelé les jeunes par rapport à l’actualité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, sur les jeunes qui ont pris les armes contre leur pays.

Bien sûr ! Cela va de soi ! Cela va de soi ! Vous savez, les jeunes gens, faites très attention ! Il y a beaucoup de vendeurs d’illusion ! Le goût de la facilité, c’est ça qui vous dérange aujourd’hui. Ce n’est pas possible ! Vous ne supportez pas quand il y a réticence. Le goût de la facilité a fait, par exemple, qu’au Nord-Ouest et au Sud-ouest, quand on promet aux enfants «dès que tu seras en brousse, on va te donner deux motos, trois motos», je ne sais plus quoi gratuitement, à quel prix ? Hein ? Faites attention ! Vraiment que les enfants respectent les parents et les autorités et qu’ils fassent attention : la guerre n’est pas une bonne chose ! S’il y avait eu la guerre au Cameroun, moi, je n’aurais jamais eu la chance de faire la carrière de musicien. Donc, faites attention ! Qu’il y ait tout le temps, le message de paix. Et utilisez aussi l’art pour véhiculer les messages de paix. Moi, je le fais depuis mon jeune âge. En 1979, je parlais déjà de «Où va l’Afrique ?» Et j’avais eu la haine aussi à l’époque…

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