Economie

Cameroun: Magil et le stade d’Olembe dans le brouillard

Préalablement fixée à la fin juillet, la cérémonie de remise des clés de l’infrastructure de 60 000 places a été reportée au mois de novembre prochain.

Un énième report qui cache mal les craintes et l’incertitude dans lesquelles baigne l’entreprise canadienne injustement désignée en procédure d’urgence pour remplacer Piccini en décembre 2019. Bien malin qui pourrait dire avec exactitude quand sera livré le stade d’Olembé ! A force de croire aux promesses fallacieuses et aux éternelles assurances de Magil au sujet des dates probables, doublées des garanties qu’elle n’a de cesse de servir au gouvernement depuis un an, on a fini par se laisser bercer d’illusions.

La preuve par 9 avec ce nouveau report de la cérémonie de livraison du chantier qui fait les gorges chaudes au sein des amoureux du football, las de constater qu’une infrastructure aussi onéreuse, soit devenu le temple du mystère Initialement prévu en fin juillet 2020, la mise en serviceest désormais différée au mois de novembre de l’année en cours. Ce nouvel échéancier a été donné au ministre des Sports et de l’éducation physique, Narcisse MouelleKombi, au cours d’une visite sur le chantier le vendredi 26 juin 2020, par les responsables de l’entreprise canadienne, qui a la charge des finitions de cette infrastructure qui a déjà englouti pas moins de 160 milliards de Fcfa au Trésor.Alors qu’on croyait sortir de ce labyrinthe d’ici quelques jours, revoici le bien nommé « Stade Paul Biya » qui impose aux camerounais un énième concours de patience.

Le fantôme de Picinni

« Nonobstant quelques avancées notoires dans les travaux de peaufinage, avec notamment la pelouse qui présente une verdure rassurante, la préparation de la surface autour de l’aire de jeu pour la pose du tartan au mois d’août, le peaufinage des tribunes, il reste des détails à régler », renseignent nos confrères du quotidien Le Jour qui était de cette visite. Si Magil n’a pas voulu solennellement expliqué les raisons de ce nouveau report, il reste vrai que son insatisfaction vis-à-vis des prestations de services de certains partenaires à l’instar de Energy Cameroon (Eneo) et Camwater, dont les pénuries respectives impactent sur l’évolution des travaux, suffit à comprendre que le travail en synergie tel que recommandé par Mouelle Kombi, n’est pas d’actualité. «Le stade principal est à plus de 87%; les deux annexes sont à 90%; et on pense même les livrer en avance pour que le ministère des Sports puisse en bénéficier durant l’été.

Aujourd’hui, le stade présente fière allure», a confié Franck Mathiere, le vice-président des opérations internationales de Magil. Et le nouveau chef de projet Marc Debrandt de renchérir : «notre objectif est de terminer les travaux à la fin du mois de novembre». Des nouvelles promesses que Mouelle Kombi tend à boire comme du petit lait, priant que ce fameux mois de novembre arrive enfin. A la vérité, cette énième date cache mal les craintes et l’incertitude dans lesquelles baignent Magil injustement désignée pour remplacer Piccini en décembre 2019.

Flottement

Conscient de l’environnement particulièrement tendu et des circonstances dans lesquelles le marché lui a été attribué (en procédure d’urgence), le constructeur canadien dont les doutes ont longtemps plané sur sa capacité à boucler ce chantier mais également son pouvoir financier, avait refusé qu’on lui colle l’étiquette de « voleur de chantier ». « Magil vient ici non pas comme un conquérant ou pour reprendre le marché d’une entreprise mais à son humble niveau, a répondu à l’appel du Cameroun pour pouvoir faire un achèvement dans les meilleurs délais. Le chantier tel qu’il est d’une très bonne qualité, la plus grosse partie du travail a été faite. Nous venons humblement apporter l’expertise canadienne pour pouvoir l’achever et que le Cameroun puisse être fier de ce magnifique complexe », précisait Frank Mathiere le jour de passation de témoin, le 3 décembre 2019. Rassurant au passage de ce qu’il n’y aurait pas de période de flottement puisque Magil va faire appel à toutes les expertises nationales.

Grève en gestation

Pour ne rien arranger, le Messager a appris qu’un mouvement d’humeur des employés serait en gestation. En panne de concertations avec leur personnel en vue de retrouver totalement la paix sociale sur le site de ce chantier majeur de la prochaine Can, l’entreprise est au tribunal de ses ouvriers à cause du « non-paiement des indemnités de logement à tous les travailleurs du chantier, les primes de risque, de rendement et de responsabilité, la révision de la prime de ration journalière ». Ces grévistes en puissance sollicitent dans la foulée, un calcul normal des heures supplémentaires, un reclassement collectif des ouvriers, des contrats de travail signés en bonne et due forme, l’octroi d’une attestation de virement irrévocable, la revalorisation de l’assurance maladie, l’aménagement des moyens de transport, et le versement normal des cotisations sociales.

Suffisant pour comprendre qu’on est en plein dans la République de l’immobilisme. Les glissements de date de la Can 2019 puis 2021 (accordé avec fraude) au Cameroun, n’ont pas suffi à sortir le pays hôte du bourbier dans lequel il est empêtré depuis plus de cinq ans que lui a été attribué l’organisation de cette grand’messe du football africain.

La magnanimité d’Ahmad

Ahmad, le président de la Confédération africaine de football (Caf) qui a expressément accordé une nouvelle rallonge à la nation de Samuel Eto’o, n’a non plus suffi à presser le pas dans la préparation minutieuse de cette prestigieuse compétition. Au contraire, plus le temps passe, les choses semblent s’enliser. Toute chose qui fait dire à certains observateurs que même pour le nouveau rendez-vous de 2022, le Cameroun ne sera pas prêt le « jour-dit » comme l’ont proclamé à cor et à cri certains caciques de ce régime pyromane où la guerre pour les intérêts égoïstes aiguise les appétits. A suivre !

Christian TCHAPMI

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