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Cameroun – Longtimbi : A la recherche du gain au péril de leur vie

Pour gagner leur pain quotidien, les habitants de ce village extraient du sable des profondeurs du sol et de la rivière éponyme malgré les dangers auxquels ils sont exposés.

Il est 7h25 min et nous sommes au lieudit carrière de sable du village Longtimbi, situé dans l’arrondissement de Dimako, à une vingtaine de kilomètres de Bertoua, Bertin Awoumou est plongé dans une mare d’eau. Muni d’une pelle, le jeune homme de 20 ans creuse du sable. De temps en temps, il scrute le ciel qui ne semble pas le rassurer : « Ce n’est pas possible. Cela fait plus d’une semaine que je n’arrive pas à travailler normalement. Je n’ai plus un seul franc, il va à nouveau pleuvoir, maudite pluie » fulmine-t-il, sans pour autant cesser de creuser. A l’aide de sa pelle, le creuseur retire de petites quantités de sable. Au fur et à mesure, il forme de petits tas autour de lui : « Un client m’a passé la commande d’un camion de sable pour ce jour. Il passe cet après- midi récupérer sa marchandise. Je dois me précipiter », dit-il. Comme Bertin, de nombreux sableurs ont pris d’assaut la carrière de Longtimbi ce même samedi.

Démarcheurs d’une précieuse aide

Une quarantaine de sableurs sont réguliers à la carrière de Longtimbi. Munis des pioches et de pelles, ils sont occupés à creuser du sable. La carrière s’étend sur tout le long de la rivière Longtimbi qui traverse et arrose le village éponyme. Chaque sableur occupe une parcelle, certains sont plongés dans des mares d’eau, d’autres dans des trous. Agé de 23 ans, Rostand, l’un des sableurs se tient dans un trou de sable de plus d’un mètre de profondeur. Il est arrivé à la carrière à 6h30 minutes du matin et il espère vendre son sable : « Cette quantité peut faire trois camions. Je suis arrivé très tôt pour chercher des clients. J’ai appelé un démarcheur et il m’a promis d’être là dans quelques instants », dit-il confiant. En attendant, Rostand continue de creuser du sable qu’il charge dans une brouette. Une manière pour lui de rassembler tout son sable à un même endroit.

Contrairement à Rostand, Frederick Ndjo’o le plus ancien des sableurs de la carrière, a pu trouver un client grâce à Edi Amin, son démarcheur : « C’est plus simple de travailler avec des démarcheurs. Ces personnes ont beaucoup de relations, ce qui leur permet de trouver des clients », explique Frederick Ndjo’o. D’après lui, ces intermédiaires sont directement liés avec des entrepreneurs et des propriétaires de camions : « Les démarcheurs ont leur prix, si tu veux vendre rapidement ton sable, tu peux accepter ou refuser ce qu’ils te proposent. Mais le plus souvent, j’accepte car je sais que le démarcheur a aussi besoin de gagner un peu d’argent. De plus, c’est facile pour un client d’acheter ton sable quand il a de quoi le transporter », dit-il. Frederick Ndjo’o précise par ailleurs que la communication de proximité comme, le bouche à bouche leur amène parfois des clients : « Tout dépend de la qualité de ton sable. S’il est mauvais, tu ne peux pas avoir des clients réguliers », précise Frederick Ndjo’o. En effet, à la carrière de sable de Longtimbi, la règle d’or des sableurs est de produire du sable notamment, le sable sans argile, sans boue et sans déchet. « Pour chercher du bon sable, il faut creuser en profondeur dans les bordures de la rivière ou alors prendre beaucoup de risque dans l’eau », explique un sableur expérimenté. Dans cette carrière, on distingue du sable de couleur rouge, blanche et jaune. On y trouve également du sable fin qui sert à faire le crépissage des murs, le sable gros grain utilisé pour la construction des parpaings, du sable granulé utilisé par les maçons pour couler les poteaux et le sable rugueux.

Proche de la mort

Le type, la qualité de sable et le volume du camion, déterminent le prix qui, oscille entre 25 000 et 80 000 Fcfa. « Il n’y a pas de prix standards. Chacun peut les fixer comme il entend », affirme Frederick Ndjo’o. Aucune taxe n’est exigée pour exploiter le sable. « Il suffit juste d’avoir assez de force physique. Malheureusement, des gens viennent et disparaissent au bout d’un jour, voir six mois ou un an pour les plus résistants », laisse entendre un sableur. D’après Rostand, les problèmes rencontrés à la carrière sont nombreux. Le premier problème est que, les sableurs risquent leur vie à chaque plongée. L’on compte près d’une dizaine de personnes déjà décédées soit par éboulement ou par noyade dans cette carrière. « En 2019, je suis resté enfermé pendant plus de cinq minutes à plus de 3 m de profondeur. J’ai eu la chance, parce qu’un ami avait vécu la scène. Il a alerté les autres et ils m’ont aussitôt sorti de là. J’étais inconscient », se souvient Benoit Bengono, qui suite à un éboulement a été englouti par le sable. Malgré ces difficultés, la plus part des sableurs de la carrière de Longtimbi, n’a qu’un seul rêve : économiser assez d’argent pour réaliser beaucoup de choses à l’avenir.

Charles Mahop

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