Société

Cameroun : Les vastes superficies de palmeraies inquiètent des Ongs

Le Cameroun a engagé depuis 2014 l’élaboration de la Stratégie pour la production de l’huile de palme respectueuse des exigences sociales et environnementales qu’il tarde à publier.

Pour combler son déficit d’huile de palme, le pays propose un accroissement de la production. Des organisations de la société civile recommandent la régénération des vieilles plantations, sans accroître les superficies cultivées.

Les organisations de la société civile réunies le 31 août 2022 à Yaoundé ne démordent pas dans leur plaidoyer pour la promotion de la durabilité de la filière palmier à huile au Cameroun. Dans une correspondance, dont Le Jour a pris connaissance, adressée le même jour au ministre de l’Agriculture et du développement rural, elles expliquent le sens de leur démarche adossée sur une préoccupation partagée : « Nous venons auprès de votre haute personnalité, solliciter une audience en vue d’échanger sur le processus de publication de la stratégie nationale de développement durable de la chaîne de valeur de l’huile de palme 2021-2030. »

Sur l’intérêt et les enjeux de la publication de la stratégie du gouvernement sur l’huile de palme, les organisations de la société civile expliquent et justifient leur initiative : « La Stratégie nationale de développement 2030 (SND-30), en cours de mise en œuvre, présente le secteur agricole comme étant l’un des moteurs du développement de l’économie nationale. La filière palmier à huile étant d’une importance stratégique dans la lutte contre la pauvreté et l’augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB). C’est dans ce cadre que de vastes superficies de palmeraies sont régulièrement créées ce qui n’est pas sans conséquence sur l’environnement et les communautés riveraines. »

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Vision

Jean Henri Tsogo Awona, Project Coordinator chez Green Development Advocates va plus loin sur l’importance de rendre public ce document qui préciserait clairement la vision du gouvernement dans le secteur de l’huile de palme : « C’est pour que l’Etat ait une vision de la durabilité en matière de palmier à huile au Cameroun. Ce qui va permettre aux investisseurs d’adapter leur vision avec celle de l’Etat. Aujourd’hui il n’y a pas une vision de l’Etat en matière de durabilité, et cette stratégie sera la bienvenue pour permettre à chaque investisseur actuel et futur de s’y adapter. Egalement, cette stratégie peut être un outil de mobilisation des fonds durables au niveau international », explique-t-il.

Si les organisations de la société civile s’accordent sur l’idée que les vastes superficies de palmeraies ne sont pas extensibles à l’infini, elles ne comprennent pas le retard qu’accuse le gouvernement pour définir un cadre global nécessaire pour organiser le secteur et garantir la protection de l’environnement. « Pour promouvoir la durabilité dans la filière palmier à huile au Cameroun, l’Etat par le biais de votre Département ministériel a initié en 2014, l’élaboration de la stratégie nationale de développement durable de la chaine de valeur de l’huile de palme 2021-2030 et dont la publication reste attendue, s’inquiètent les organisations de la société civile. Compte tenu du caractère innovateur de ce document, nous pensons qu’il est nécessaire de le publier afin d’accroitre significativement les actions de lutte contre les impacts négatifs générés par la culture du palmier huile. »

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Forte demande en terre

Le Cameroun a engagé depuis 2014 l’élaboration du document de stratégie pour la production de l’huile de palme respectueuse des exigences sociales et environnementales. Huit années après, l’adoption et la mise en œuvre de cette stratégie reste attendue. Sur l’ensemble du territoire national, il y a une forte demande en terre pour l’installation de nouvelles plantations ou l’extension des superficies existantes. Cela ne se fait pas sans conséquences sur les communautés et l’environnement. Voilà donc pourquoi les 38 organisations de la société civile signataires Les organisations de la société civile camerounaise signataires recommandent urgemment la validation et mise en œuvre au Cameroun de la stratégie durable du palmier à huile.

Demande nationale en huile de palme

Dans une note politique rédigée par les organisations de la société civile signataires, on apprend que ces dernières années, la demande mondiale en huile de palme n’a cessé d’augmenter drastiquement, et risque de se renforcer dans l’avenir. Au Cameroun en particulier, entre 2010 et 2014, la demande nationale en huile de palme se chiffrait autour de 450 mille tonnes. Mais, pour le moment, le pays produit environ 230 000 tonnes d’huile de palme brute, soit un déficit d’environ 130 000 tonnes. En conséquence, le pays importe cette denrée dans les pays asiatiques (Malaisie, Inde, Indonésie, etc) ou au Gabon. Pour combler le déficit le Cameroun à travers son Plan de développement du secteur rural, propose un accroissement de la production d’huile de palme de 300 000 t en 2005 à 450 000 t en 2020.

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« Il est entendu que la garantie de la durabilité de cette tendance reste conditionnée par une meilleure maîtrise des défis à relever au niveau de toute la filière notamment la conciliation entre l’augmentation de la production de l’huile de palme, la conservation de la biodiversité (faune et flore) ; les services environnementaux comme la protection des corridors écologiques assurant les connectivités des habitats, la qualité- des ressources en eaux et le respect des droits des communautés riveraines des zones adjacentes », plaident les organisations de la société civile dans une note politique.

Claude Tadjon / 237online

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