Société

Cameroun: Le sous-préfet et les populations à couteaux tirés

L’autorité administrative a été prise à partie dans le canton d’Akak où deux camps s’affrontent pour le contrôle des fonds issus de l’exploitation de la forêt communautaire locale.

Le conflit naît de la dichotomie orchestrée à la tête du groupe d’initiative commune des agriculteurs d’Akak, Gicaca. Peut-on encore parler de vivre-ensemble, un concept en vogue au Cameroun, au sein du canton Akak dans l’arrondissement de Campo ? Le climat social s’est fortement dégradé ces derniers jours dans cette contrée au point de conduire à une rixe entre les villageois et le sous-préfet, Dr Joël Eteme Elanga. Dans une vidéo prise sur place et qui tourne en boucle dans les réseaux sociaux, Sa Majesté Evina Ango Irène Honorine, l’un des 6 chefs traditionnels que compte le canton d’Akak, s’adresse avec virulence au chef de terre. « Tu n’es pas mon supérieur hiérarchique, tu es mon collaborateur», déclare-t-elle sans ambages en compagnie de quelques affidés qui ont décidé de barrer la voie publique en sa présence. Mais comment en est-on arrivé là ? Il y’a deux jours, la faction constituée de Abel Mvondo et Honorine Irène Ango décide de porter dans la rue leur revendication pour la régularisation du Gicaca.

Quelques barricades sont disposées ça et là, empêchant ainsi les déplacements des engins de l’entreprise qui exploite la forêt communautaire. Informé de la situation, le sous-préfet de Campo se rend sur les lieux pour rétablir l’ordre. C’est alors qu’il sera pris à partie par une cohorte de personnes en furie réfractaires à toutes négociations.

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Du nœud du problème

Tout part d’un groupe d’initiative commune, le Gicaca. Comme le prévoit la réglementation en la matière, ce dernier est censé assurer la gestion de la manne financière générée par l’exploitation de la forêt communautaire d’Akak. Le 30 janvier 2017, Philémon Mekoa est porté à la tête du Gic pour un mandat de 2 ans. À la fin du mandat, un bilan financier lui est exigé par l’ensemble des membres. Deux camps se forment par la suite. L’un favorable au délégué sortant et l’autre insatisfait de la gestion de Philémon Mekoa. Le deuxième groupe exige son départ immédiat et lui impute des fautes de gestion à hauteur de 180 millions de Fcfa. Dans la foulée, une assemblée générale est organisée le 6 mars 2020 à Akak afin de destituer Philémon Mekoa de ses fonctions de délégué du Gic. Cette assemblée sera entérinée par le 3e adjoint préfectoral de Kribi, Marcel Rodrigue Biong. Elle propulse à la tête du Gic le nommé Janvier Assoum.

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Le nerf de la guerre

Débarqués par l’assemblée générale du 6 mars 2020, Philémon Mekoa et son camp ne resteront pas les bras croisés. Ce dernier crée la Société Coopérative Simplifiée des Agriculteurs du Canton d’Akak, Scoopaca, sur la même forêt communautaire. Une source anonyme nous a confié que cette société coopérative «a été validée par le délégué départemental de l’agriculture et du développement rural de l’océan sans les justificatifs du procès verbal de l’Assemblée générale constitutive, les statuts, le règlement intérieur et la déclaration d’immatriculation.» Une correspondance adressée par ce délégué aux membres de la société coopérative Scoopaca, le 15 mai dernier vient corroborer ces faits.

Cependant, la société coopérative mise sur pied par Philémon Mekoa et compagnie a ouvert un compte dans les livres de la banque Atlantique. Ce compte a été crédité de 38 millions de Fcfa représentants les royalties reversés aux riverains pour l’exploitation de la forêt communautaire d’Akak. Ses pourfendeurs viennent de faire bloquer le compte, une nouvelle assemblée générale doit se tenir cette fin de semaine afin de ramener la sérénité dans le canton d’Akak et restaurer la dignité du sous-préfet.

Landry TSAGA

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