Cameroun : Laurent Esso défie la Présidence, appelle les magistrats à résister aux « hautes instructions » !

laurent Esso

C’est un Laurent Esso que l’on n’a pas l’habitude de voir qui s’exprime dans les colonnes de la revue JUSTICIA, publication officielle du ministère de la Justice. Celui que l’on surnomme « Le chat » pour sa discrétion légendaire a choisi de sortir de sa réserve pour aborder un sujet brûlant : les pressions exercées sur les magistrats camerounais. Et pas par n’importe qui : par de hauts responsables de la Présidence de la République.

« Des injonctions, des impostures et des intimidations »

Dans son édito, Laurent Esso n’y va pas par quatre chemins. Il décrit un corps judiciaire « assailli de manière récurrente voire permanente par des injonctions, des impostures et des intimidations de toutes sortes ». Des magistrats « tiraillés au quotidien dans l’exercice de leurs fonctions » entre leur serment de rendre justice en toute indépendance et ces fameuses « hautes instructions » qui leur enjoignent de violer lois, règlements et coutumes. Un tableau sombre qui en dit long sur l’état de déliquescence de l’appareil judiciaire camerounais.

Des hauts responsables dans le viseur

Si Laurent Esso se garde bien de citer nommément les responsables visés, les allusions sont transparentes. Il évoque ainsi « ceux qui, pourtant étrangers au fonctionnement du service public de la justice et ne relevant pas non plus de leur hiérarchie règlementaire, brandissent, le plus souvent, des sanctions ou des avantages et parfois des promotions ». Un portrait-robot qui semble désigner de hauts responsables de la Présidence, réputés pour leur interventionnisme dans les affaires judiciaires. Reste à savoir qui se cache précisément derrière ces propos sibyllins…

Le dessin qui sème le trouble

237online.com a pu se procurer en exclusivité le dessin qui illustre l’édito de Laurent Esso. Un dessin digne de Charlie Hebdo, où l’on voit un civil mettre littéralement son pied sur la tête d’un magistrat. Si l’identité du personnage n’est pas révélée, sa coiffure et son accoutrement ne sont pas sans rappeler un haut responsable bien connu du Palais d’Etoudi… Une image choc, qui résume à elle seule le ras-le-bol d’une profession muselée et bâillonnée.

Laurent Esso prêche par l’exemple

Laurent Esso ne se contente pas de dénoncer. Il joint l’acte à la parole en prêchant lui-même la « résistance » qu’il appelle de ses vœux. Selon nos informations, il aurait ainsi récemment refusé de céder à des « hautes instructions » exigeant la levée du blocage des comptes d’une personnalité controversée. Mieux, il aurait même demandé à sa secrétaire de signifier à l’émissaire de ces instructions de ne plus jamais l’appeler pour ce genre de démarches.

Vers une fronde des magistrats ?

En prenant ainsi publiquement position contre l’ingérence de la Présidence dans les affaires judiciaires, Laurent Esso ouvre-t-il la voie à une fronde des magistrats camerounais ? C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à une justice trop longtemps inféodée au pouvoir politique. Car comme le rappelle si justement le ministre, les magistrats ne prêtent serment qu’à une seule autorité : la loi. Et certainement pas aux desiderata de hauts responsables, aussi puissants soient-ils.

Par Mireille Ngo Mbarga pour 237online.com

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