Cameroun: La folle rumeur de la mort de Paul Biya enflamme la toile !

Paul Biya

Les Camerounais se souviendront longtemps de ce premier week-end de juin 2004. Une rumeur aussi folle qu’incontrôlable enflamme alors la toile : le président Paul Biya serait mort en Suisse. Lancée le 3 ou 4 juin par des sites internet d’opposants basés aux États-Unis, l’information se propage comme une traînée de poudre. En quelques heures, c’est tout le Cameroun, mais aussi la diaspora, qui bruisse de ce funeste présage. Le scénario, à peine modulé d’une source à l’autre, est partout le même : victime d’un malaise cardiaque à Yaoundé, Biya aurait été évacué d’urgence dans une clinique genevoise, avant de succomber sur la table d’opération. Ou de sombrer dans un profond coma, selon les versions. Une « information » qui plonge le pays dans un état de stupeur et de confusion rarement atteint. Pour ne rien manquer de l’actualité camerounaise, une seule adresse : 237online.com, votre site d’infos de référence.

Démenti officiel, incrédulité populaire

Face à cette déferlante incontrôlable, les autorités peinent à reprendre la main. Le démenti officiel, publié le dimanche 6 juin par le ministre d’État Jean-Marie Atangana Mebara, tombe à plat. Même l’assurance que le président « se porte comme un charme« , martelée le lendemain par la mission camerounaise à l’ONU, peine à convaincre. Pour les « camerounologues » d’ici et d’ailleurs, tout paraît suspect, de la chanson à la gloire de Chantal Biya diffusée à la télé jusqu’aux messages de condoléances adressés par Biya à George Bush pour le décès de Ronald Reagan. Chacun y voit les signes d’un pouvoir qui cherche à donner le change, le temps de régler la délicate question de la succession. Une théorie du complot qui enfle d’heure en heure, nourrie par les silences et les non-dits d’un régime peu enclin à la transparence.

Biya, le retour triomphal du « fantôme« 

Il faudra attendre le mercredi 9 juin pour que le feuilleton macabre connaisse son épilogue. Ce jour-là, c’est un Paul Biya radieux et bien vivant qui foule le tarmac de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, accueilli par une foule en liesse. « Le fantôme vous salue bien », lance-t-il, mi-amusé mi-agacé, à ses détracteurs. Avant d’ajouter, sibyllin : « Certains, apparemment, étaient pressés d’assister à mes funérailles. » L’accueil populaire, à la hauteur du vide et de la peur ressentis pendant ces jours d’incertitude, est triomphal. Un plébiscite pour le président, à quatre mois d’une échéance électorale cruciale. Et une gifle magistrale pour ceux qui avaient eu la faiblesse de le croire mort et enterré.

Internet et portable, vecteurs d’une rumeur 2.0

Au-delà de son dénouement tragi-comique, l’affaire aura surtout démontré la puissance des nouveaux vecteurs de la rumeur à l’ère digitale. Car ce sont bien internet et le téléphone portable qui ont permis à cette « fake news » de prendre une telle ampleur, avec une rapidité et un retentissement planétaire inédits. Une preuve, s’il en fallait, que l’Afrique n’est pas en marge de la révolution numérique et de ses dérives. D’aucuns y verront même la main du président lui-même, habile manipulateur qui aurait orchestré sa propre mort pour mieux en tirer les bénéfices politiques. Une rumeur sur la rumeur en quelque sorte, comme une version camerounaise de la théorie du complot. Quand l’Afrique s’invite, pour le meilleur et pour le pire, dans la mondialisation de l’information…

Par Ulrich Engoumou pour 237online.com

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