Société

Cameroun – Insécurité : La poudrière Noun se réveille

Près d’une centaine de maisons incendiée, des biens emportés, la route régulièrement coupée… La situation pourrait s’embraser à tout moment.

Dans la matinée du vendredi, 28 décembre 2018, la ville de Foumbot, dans le Noun a connu des remous. Prenant prétexte de ce que le commandant de la brigade locale de gendarmerie avait expressément cogné un des leurs, de nombreux conducteurs de mototaxi du coin ont bloqué la circulation. Selon un des protagonistes, le chef des gendarmes à qui ils reconnaissent garder rancune a sciemment heurté la moto d’un couturier, qui lui avait manqué de respect en balançant la main à un virage. Les autres s’en sont pris au véhicule du pandore. L’affaire est portée à l’attention du sous-préfet qui tranche en faveur de son collaborateur. Avec d’autres habitants, les motos-taximen envahissent la rue. Même la descente sur les lieux du colonel-commandant de la légion de gendarmerie de l’Ouest n’a pas suffi à apaiser la colère des insurgés, qui exigeaient la présence sur les lieux de S.M. Ibrahim Mbombo Njoya, sultan-roi des Bamoun, avant toute tentative de médiation.

Finalement c’est la solution originale du président local de la section Rdpc, qui a désamorcé la crise. Il a offert une moto avec carte grise neuve pour remplacer celle broyée par le commandant. A la veille du 1er janvier où comme l’on sait, les membres de l’Union démocratique du Cameroun (Udc) ont coutume d’aller présenter leurs vœux à Adamou Ndam Njoya, leur président, avec les risques que cela charrie au palais du sultan, on a craint le réveil de la pétaudière. Immédiatement, les autorités ont procédé à un renforcement des effectifs militaires sur le terrain. Selon notre source, il s’agit de rassurer les populations, notamment celles de Bangourain, qui auraient décidé avec leurs fusils de chasse, d’aller à la recherche des assaillants du côté de Bangolan, dans le Nord-Ouest anglophone. Dans la soirée, l’on apprendra que l’armée a détruit des barrières construites par les assaillants apparentés à l’Ambazonie, en neutralisant quelques-uns, puis a ramené plusieurs motos emportées lors des dernières attaques.

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Incendie des maisons

Pour rassurer les populations en proie à ces miliciens rattachés aux mouvements séparatistes anglophones qui ont tué deux d’entre eux le 26 décembre 2018, le Ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, est descendu sur les lieux ce jour. Il a trouvé une commune de Bangourain sur le pied de guerre. Les faibles et peureux ont fui vers Foumbot et Foumban, dans des conditions pénibles. Des va-t-en-guerre s’insurgent contre le fait que des mères allaitantes aient fait plus de 40km à pied, les bébés au dos, pour se mettre à l’abri. Et désormais organisés en comité de vigilance, les autres ont repoussé le matin-même un groupe d’assaillants, apparemment le même qui avait nuitamment réduit en cendres 80 habitations. Paul Atanga Nji a promis une assistance composée entre autres de denrées alimentaires et sanitaires, et des matériels de reconstruction.

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« Le chef de l’Etat suit de très près ces tristes événements. Il a donné des instructions fermes. Tous ces terroristes seront traqués et remis à la justice » a-t-il rassuré. Reste à conjurer le démon de la panique et des confusions. Car au-delà des querelles politiciennes entre les Njoya, le Noun souffre depuis peu de l’insécurité rampante. Les coupeurs de route ont fait leur lit sur certains axes routiers où ils opèrent régulièrement les jours de marché. Des truands volent et tuent quand ils veulent. Le sultan Ibrahim Mbombo Njoya a confirmé la profondeur du malaise dans un communiqué, au lendemain de la mort controversée du proviseur « allogène » du lycée Sultan Ibrahim Njoya. Ces jours, des déplacés anglophones dans le Noun témoignent avoir été menacés.

Source
Franklin Kamtche
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