Cameroun – Gouvernance: voici pourquoi Tsimi Evouna est menacé de prison

Le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy), au cœur de plusieurs «affaires», ne devrait plus tarder à faire face à la justice de son pays.Ce lundi matin, le délégué du gouvernement auprès de la Cuy, Gilbert Tsimi Evouna, prendra la parole devant les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac). Au Palais des congrès, le super-maire souhaitera la bienvenue aux illustres hôtes de notre pays pour vanter la beauté de la Ville aux sept collines. Avec l’accent rocailleux qu’on lui connaît, il étalera les beautés de la cité dont il est le premier magistrat depuis mi-juin 2005.
Mais, Gilbert Tsimi Evouna se gardera bien de souligner à ses interlocuteurs Vip que cette ville est devenue une véritable poubelle, rongée qu’elle est par l’insalubrité, l’anarchie ou le manque d’infrastructures de base. Il taira le fait que son magistère est placé sous le signe du népotisme, de l’affairisme, des détournements de deniers publics et autres pratiques inavouables. Le non moins trésorier national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc, au pouvoir) camouflera également le fait qu’il a transformé l’Hôtel de ville en épicerie familiale.
Résultat des courses, il y a longtemps la Cuy, dont le patron fut pendant des années présenté comme un infatigable bâtisseur, a cessé de faire rêver les citadins. Tout au plus, celui que certains surnomment «Jack Bauer», a transformé la ville en un gigantesque marché, plantant des boutiques à tous les grands carrefours. Tout comme il assume, avec aplomb, la réputation de maître-casseur spécialisé dans les déguerpissements musclés de pauvres hères. Les anciens habitants de Ntaba se souviendront longtemps de ses grandes œuvres, lorsqu’il vint raser ce lieu populeux sous le prétexte de l’insécurité et de l’insalubrité. Le lieu, qui n’a jamais été viabilisé, est aujourd’hui une dense forêt en pleine capitale.
Gilbert Tsimi Evouna ne peut pourtant se plaindre d’impécuniosité. Il est, de tous les patrons de l’Hôtel de ville de Yaoundé, celui qui a reçu le plus de moyens pour développer la ville, des fonds C2D aux fonds Ppte, en passant par l’assistance de la Banque africaine de développement (Bad) ou la coopération chinoise, etc. Yaoundé semble à l’abandon, ou entre les mains d’un mauvais génie, avec ses routes et ses marchés dans un état plus que désastreux. Ces temps derniers, le délégué du gouvernement a entrepris de reboucher quelques trous ici et là avec de la latérite. Des bricoles que les premiers torrents viendront balayer.

Convocations
Dieu seul sait pourtant ce que la Cuy collecte en termes de recettes sur les marchés de la ville et autres taxes, de fortes sommes d’argent qui ne sont soumis à aucun contrôle digne de ce nom. Avec la montée en puissance de l’assainissement des mœurs publiques, on ne voit pas, à l’heure actuelle, comment la gestion épicière de M. Tsimi Evouna ne donnera pas lieu à un procès retentissant.
Déjà, en cours d’année dernière, «barbe dure» a fait l’objet de deux convocations d’Émile Zéphyrin Nsoga, procureur de la République près le Tribunal criminel spécial (Tcs). Le magistrat, qui voulait voir clair dans des dossiers de multiples magouilles présumées, s’est entendu répondre que seul le chef de l’État, Paul Biya, pouvait contraindre le super-maire à faire le déplacement du palais de justice. Mais on peut subodorer, au vu d’épisodes précédents et concernant d’autres personnalités en délicatesse avec la gouvernance, que cette immunité factice finira bien par se dissiper d’elle-même.
Et ce ne sont pas les dossiers à charge qui risquent de manquer. Au cœur de la Cuy en effet, les frasques de Gilbert Tsimi Evouna nourrissent les conversations sous cape, l’homme ayant installé la famille à tous les étages pour lui rapporter les moindres cancans.

Grosses affaires
Prenons simplement le dossier National.Com, une entreprise dirigée par l’entremise de son fils, Jacques Philippe Manga Tsimi, et qui a pour principal client… la Cuy. Créée en fin décembre 2011, cette société a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 1.202.254.843 francs, dont 377.123.341 francs rien qu’en 2012. C’est un fourre-tout spécialisé dans les activités de publicité et de régie publicitaire, de communication, de travaux publics, de génie civil, de commerce général, de sérigraphie, d’infirmerie et autres prestations. Cette pompe à finances n’hésite pas à user du matériel, voire du personnel de la Cuy.
Pour sa branche régie publicitaire, National.Com a le quasi-monopole de l’affichage des grands annonceurs dans l’espace public artificiel de la capitale avec un portefeuille de 64 annonceurs. Il a établi son siège et son magasin à Nkolbisson, dans des bâtiments appartenant à… Gilbert Tsimi Evouna et qui abritent également le Projet d’assainissement de Yaoundé (Pady), une agence de la Cameroon Telecommunications (Camtel) ainsi que la mairie du VIIè arrondissement. Le loyer annuel, soit 4,8 millions de francs, tombe naturellement dans le bas de laine du super-maire. Au plan des dividendes distribuées lors de l’assemblée générale du 28 septembre 2012, le même, dans une rubrique intitulée «part du gestionnaire», a touché 60 millions de francs entre 2007 et 2011.
National.Com, comme on peut le constater, est donc une affaire éminemment familiale dans laquelle, en dehors du bon père, on retrouve Jacques Philippe Manga Tsimi, fonctionnaire au ministère des Finances (direction générale du Trésor) né le 2 juillet 1981. C’est le président du conseil d’administration avec 70% des actions. Viennent ensuite : Catherine Meyo Mvilongo, épouse Tsimi Evouna (5%), proviseur du lycée de la Cité verte ; la belle-sœur Antoinette Salomé Mvilongo (5%), qui gère aussi Tara Conseils, une société de génie civil qui décroche aussi des marchés à la Cuy ; les cousins Raphaël Evouna Belinga et André Magnus Ekoumou (5% chacun) ou encore Jean Michel Onana (5%).

Et il va de soi que National.Com n’est que la face visible des grosses affaires de M. Tsimi Evouna et des siens à la Communauté urbaine de Yaoundé. Il peut pour l’instant continuer de narguer la justice, mais selon nos informations, cet état de grâce aura du mal à résister aux preuves accablantes rassemblées contre cet homme pendant des années et qui doivent incessamment faire l’objet d’enquêtes approfondies.
C’est une vérité de lapalissade, «Jack Bauer», c’est surtout des chantiers sujets à polémiques. Pour lui, la capitale politique du Cameroun semble se résumer à Yaoundé VII, où il a entrepris d’ériger des ouvrages qui font pâlir de jalousie, les marchés de Mvog-Mbi ou celui de Mvog-Atangana Mballa, pour ne citer que ces cas larmoyants. Il n’y a qu’à voir ce qui fait aujourd’hui office de route desservant ces marchés pour s’en convaincre. Et lorsque l’édile d’Ongola songe à offrir un marché aux commerçants, les box qu’il propose aux uns et aux autres n’ont rien à voir avec le social. Que dire, des «sabots» ? Cette création qui ne repose sur aucune disposition légale mais que le successeur de Nicolas Amougou Noma a fini par imposer aux Yaoundéens. Inutile d’énumérer les exactions de sa milice dans la capitale. Ce Bataillon d’intervention rapide (Bir) d’un autre genre, constitué de gros bras, sème terreur et désolation au sein des populations.
Ainsi caricaturé, tous les observateurs sont unanimes sur un fait : le jour où un contrôle va séjourner à la Cuy, il ne rentrera pas bredouille. Nous y reviendrons.

Yves Marc Kamdoum

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