Cameroun – Filière cacao: Les défis de la production qualitative

feve de cacao

Les objectifs gouvernementaux à l’horizon 2020, tels que déclinés dans la stratégie sectorielle du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) sont de l’ordre de 600.000 tonnes  pour le cacao, 125.000 et 35.000 tonnes pour les espèces de café robusta et arabica respectivement.
Un beau programme qui, malheureusement, est freiné par la méconnaissance actuelle des vergers.  Celle-ci ne permettant pas facilement d’opérer une programmation soutenue de la production sur l’ensemble de la période. Dans ce dossier, Repères fait une intrusion dans l’univers très complexe du cacao, des pépinières à l’embarquement des fèves au port de Douala, en passant par les plantations et les usines de transformations locales. Il est questions, grâce aux éclairages apportés par les acteurs et les spécialistes, de comprendre les fléaux qui minent cette filière et, surtout, de proposer des voies et moyens susceptibles de permettre aux cacaoculteurs camerounais de faire face à la concurrence internationale de plus en plus âpre.
Du 3 au 5 décembre 2015, s’est déroulée à Yaoundé, la quatrième édition du festival grand public du cacao en Afrique noire, Festicacao, sous le thème : «La femme camerounaise dans le cacao». Le but de cette rencontre du monde rural, des pouvoirs publics et des populations était de promouvoir la consommation locale du cacao et inciter les industriels à venir investir au Cameroun. Axée sur le triptyque promotion, valorisation et glorification de la femme, le Festicacao 2015, au-delà de sa dimension festive, entendait aussi interpeller l’ensemble des intervenants de la filière ou ceux des personnes encore inscrites dans divers programmes de formation et d’insertion dans ce secteur, à prendre conscience de leur rôle central d’agents avérés de développement, et à endosser pleinement leurs rôles de ferment, de vecteurs et de leviers de croissance effective et durable de la filière cacao.
Une filière où l’amélioration de la production qualitative est devenue un objectif essentiel. La sensibilisation à ce niveau porte sur l’identification des pratiques à haut risque de contamination des fèves aux hydrocarbures aromatiques polycycliques, à savoir le séchage sur les fours défectueux et le contact avec le bitume.  Pour ne pas exposer les consommateurs aux maladies cancérigènes, et redorer le «Label Cameroun» sur le marché international de plus en plus compétitif, les pouvoirs publics, après le rejet en 2013, de plus de 2000 tonnes de cacao camerounais des ports européens en raison du mauvais séchage, ont engagé une lutte sans merci contre les mauvaises pratiques agricoles.
«Les marchés sont de plus en plus exigeants en qualité, parce que les consommateurs tout simplement aspirent à un autre mode de vie. Il faut donc que les producteurs s’adaptent à ces contraintes du marché. C’est pour cela que nous avons entrepris de doter des producteurs d’outils de séchage de cacao qui correspondent aux normes», déclarait le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana, au cours d’une cérémonie de remise de fours modernes et des bâches aux agriculteurs des bassins de production faisant face aux problèmes de séchage, notamment le Sud-ouest et le Littoral, le Centre, le Sud, etc. Le budget alloué à ce projet est estimé à 100 millions FCFA, financé entièrement par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC). Et le coût moyen de réhabilitation d’un four est de 450 000 FCFA, apprend-on.
En outre, le Mincommerce ne cesse d’inculquer aux producteurs la notion de bonne fermentation de la fève, pour une période de 4 à 5 jours. D’après le membre du gouvernement, la promotion de la qualité et la durabilité du «Label Cameroun» sur le marché international passent également par l’assainissement des opérations de commercialisation interne. A cet effet, une récente circulaire du Mincommerce interdit non seulement le phénomène du «coxage» mais aussi, «de stocker en magasin acheteur ou exportateur du cacao ayant un taux d’humidité supérieur à 8%». En d’autres termes, pour tirer grand profit de cette embellie annoncée, il faut relever le niveau de production et maintenir le cap de l’assainissement de la qualité pour permettre à la filière d’être au rendez-vous de l’émergence telle que prescrite par le chef de l’État. Aussi, convient-il d’intensifier la vulgarisation des programmes de certification dans les bassins de production. Et pour convaincre les plus sceptiques, les prix du cacao au port de Douala tournent actuellement autour de «1500 Fcfa/kg. Un fait qui relève de l’inédit.

Coopératives
De plus, la structuration des producteurs en organisations faîtières ou coopératives apparaît comme une voie incontournable dans la production qualitative. Les associations de production et de commercialisation doivent être capables de maîtriser et de mesurer, grâce aux critères définis, la qualité des produits destinés à la commercialisation. De même, les indications géographiques doivent être introduites dans la production et la commercialisation du cacao et des cafés, en vue de distinguer les zones agro-écologiques et socioculturelles sur le territoire national et favoriser une saine compétition-qualité entre les terroirs.
Quatrième producteur africain derrière la Côte d’Ivoire (1.350. 000 tonnes, 37,5% de la production mondiale), le Ghana (970.000 tonnes, 21% de la production mondiale) et le Nigéria (240.000 tonnes, 6% de la production mondiale), le Cameroun qui a atteint 232.000 tonnes (5,5% de la production mondiale) tire l’essentiel de sa production de petites exploitations familiales. Avec le café, la filière cacao entièrement libéralisée occupe plus de 6000 planteurs. Elle bénéficie directement ou indirectement à 6.000.000 de personnes et, représente 40% des exportations du secteur primaire au Cameroun, selon des statistiques fournies par des experts de l’Institut de recherche agronomique (IRAD) et la Société de développement de cacao (SODECAO).
En outre, l’essentielle de la production cacaoyère a longtemps été la variété trinitario, hybride combinant la rusticité forastero et l’arôme fin de la variété criollo. De nouveaux croisements à partir de différents clones produits et vulgarisés par l’IRAD et la SODECAO ont la particularité de résister mieux à la pourriture brune et aux capsides.

Jean Robert Fouda

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