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Politique

Cameroun – Élections : Corruption électorale, mode d’emploi

D’après les spécialistes, ce fléau est présent à toutes les étapes du processus électoral.

«En 2013, nous avons interpellé la Conac pour constater que Mama Fouda pratiquait la corruption électorale en offrant des bœufs et autres victuailles aux populations de Yaoundé 3 et les responsables de la Conac n’ont jamais boug» , a affirmé hier dimanche 14 juillet 2019 Okala Ebode, militant du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc). Dans l’ouvrage L’opposition en panne, l’analyste politique Ahmadou Sehou relate l’exemple d’un candidat député maire qui organisait des rencontres nocturnes pour donner des consignes et distribuer de l’argent aux présidents des bureaux de vote à l’occasion du double scrutin de 2007 dans la circonscription de Yaoundé 1er. Des exemples qui montrent l’implication des élites qui rachètent les bulletins de vote des concurrents et les voix des citoyens lors des différentes campagnes électorales.

Campagne de la Conac 2019

Le jeudi 11 juillet 2019, le Révérend Docteur Dieudonné Massi Gams, le président de la Commission nationale anti-corruption a, au cours du conférence de presse signalé qu’il y a eu des cas de corruption lors des dernières échéances électorales. Sans citer les noms des partis politiques, il a affirmé que la corruption électorale est l’une des pires formes de corruption. Et la campagne lancée contre la corruption électorale vise l’élection de leaders honnêtes, intègres capables de s’engager dans la voie de la protection de la fortune publique. Le « Conac Road Show » placé sous le thème « Des élus intègres et respectueux de la loi pour un Cameroun prospère » vise à former des citoyens à même de dire « Non à la corruption » . Des visages de cette corruption électorale au Cameroun, il faut bel et bien noter l’achat et le monnayage de certaines consciences faibles.

Coupables

Les partis de l’opposition clament pour l’essentiel leur innocence. Okala Ebode du Mrc soutient que son parti forme les citoyens à la lutte contre la corruption électorale mais à la vérité, cette pratique d’après nos sources concerne aussi bien le parti proche du pouvoir que les partis de l’opposition qui bénéficient tous les financements occultes. Joint au téléphone, Jean Robert Wafo, ministre du shadow cabinet du Sdf en charge de l’information et des médias dit « puisqu’il n’y a pas de bulletin unique, bien malin qui pourra savoir ce qu’il s’y passe avec exactitude. Pour ce qui concerne le Sdf, jamais un résultat électoral en interne n’a été fondamentalement contesté pour corruption, en dehors de quelques voix dissonantes de certains mauvais perdants qui trouvent toujours à redire. Le processus électoral hiérarchisé qui est contenu dans les statuts du parti oblige à passer entre les fourches caudines des structures inférieures » .

Il reconnaît qu’ « il peut y avoir des velléités ou des soupçons de corruption mais pour ce qui est du Sdf, je puis vous dire que, s’il en existe, ce sont des cas marginaux, ce sont par exemple ceux des militants qui peuvent conditionner leur participation et non leur vote à la prise en charge de leur frais de transport ou de leur hébergement » . Pour lui, la prise en charge des militants participe de la « facilitation » en termes de présence pour que le quorum requis pour la tenue des élections soit atteint et non de la corruption active ou passive, elle peut être légitime compte tenu du degré de paupérisation qui a cours dans notre pays du fait de la démission des pouvoirs publics sur des questions essentielles de la vie du pays.
Ce qui traduit justement l’existence d’une corruption morale.

Un député Rdpc qui a requis l’anonymat évoque le monnayage de certains postes de responsabilités dans tous les partis politiques, les financements occultes et le vote des mineurs déplacés lors des élections. A la question de savoir s’il y a des manigances au sein des partis de l’opposition, Jean Robert Wafo déclare que « C’est fort possible à partir du moment où le minimum requis à savoir le bulletin de vote unique n’y est pas implémenté. Je n’ai pas vocation à lire des lettres dans les enveloppes mais le moins que l’on puisse dire est qu’en l’absence de ce fondamental requis, il est difficile aux dirigeants de ces partis de dire qu’il n’ y a pas de corruption dans le mode de désignation des dirigeants dans leur appareil politique » .

Parfait Mbvoum, son collègue du parti dans le Centre pense pour sa part que la corruption électorale bat son plein pendant les campagnes électorales et en ce qui concerne les partis d’opposition lors les investitures. Ce qui amène à se demander si l’entreprise de la Conac n’est pas une peine perdue. Denis Emilien Atangana, président du Front des démocrates camerounais et transfuge du Mrc n’a pas voulu répondre à nos sollicitations comme plusieurs responsables de partis politiques. Le processus électoral au Cameroun est divisé en plusieurs phases, et à chacune de ces phases, les acteurs politiques et ceux de la société civile estiment qu’il existe un certain nombre de mécanismes de nature à favoriser la corruption électorale.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’un climat de méfiance et une crise de confiance persistent entre les différents acteurs (électeurs, militants, leaders des partis politiques et certains membres de la société civile) en période électorale. Depuis le retour du multipartisme en 1990, les périodes électorales sont devenues fragiles pour la paix. Plusieurs observateurs trouvent que l’organisation des élections doit être menée avec beaucoup de sérieux et de vigilance pour éviter les fraudes électorales qui pourraient compromettre cette paix. Pour comprendre les mécanismes de fraudes électorales, il faut noter que l’organisation des élections au Cameroun se déroule en trois phases. Il y a d’abord la phase préélectorale, ensuite la phase électorale proprement dite, et enfin la phase post-électorale. À chaque étape de ce processus, il existe des mécanismes plus ou moins sophistiqués de fraudes, de corruption et qui ont déjà fait l’objet de contentieux.

Les limites

D’après l’historien et analyste politique Ahmadou Sehou, la corruption est présente à toutes les étapes du processus électoral. Elle peut être directe ou indirecte, visible ou cachée, matérielle ou morale, parfois sous forme de chantage pour le maintien à un poste ou pour en obtenir. Avant, précise-t-il, il y a toutes les règles et pratiques inéquitables, qui influencent les inscriptions sur les listes électorales, favorisant un camp au détriment des autres, la constitution et la composition des commissions d’inscription, leurs mécanismes de fonctionnement. De même, le découpage des circonscriptions avec la pratique du gerrymandering, le choix des représentants dans les bureaux de vote, la désignation des présidents des bureaux de vote ou ceux qui représentent l’administration, le principal vivier (les militants) proposé par le parti au pouvoir sont à ses yeux autant de plaies à la corruption électorale.

Finalement, au vu des pratiques sur le terrain, il conclut que « La Conac fait son folklore habituel. Si on évalue son action depuis sa création, la première chose qu’on constate c’est l’inexistence d’une loi contre la corruption et l’enrichissement illicite ». Quant à l’opposition, il affirme qu’elle est toujours un observatoire et elle est concurrencée par le TCS. Pour lui, la Conac n’est pas compétente pour enrayer cette corruption. « La Conac se limite à rédiger des rapports envoyés au président de la République qui seul peut décider de la suite à donner. Elle n’a pas le droit de poursuite » , a-t-il martelé. Jean Robert Wafo insiste que la question de la corruption électorale est complexe. Il poursuit que si les dispositions fortes ne sont pas prises, « La Conac ne vendra que du vent. On ne saurait s’attaquer à un problème sans éradiquer les racines du mal ».

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