Société

Cameroun – Dieudonné Bankoue : « Tonga n’a pas un problème de vivre-ensemble »

Le maire de la commune éponyme s’inscrit en faux contre les « discours mensongers » tenus contre sa communauté, qui accueille des étrangers depuis 1940.

Deux morts le lundi, des échauffourées le mercredi… Monsieur le Maire, on a envie de vous demander ce qui arrive à Tonga

Rien de dramatique. Tout a commencé autour d’un téléphone portable. Le jeune Eric Ngonteu, que je connaissais particulièrement pour lui avoir confié des travaux qu’il a effectués honorablement, avait un téléphone qui a tapé dans l’œil de ces jeunes voyous. Ça n’a rien à voir avec la tribu. En réalité, on ne sait pas s’ils étaient d’ici, des Mbo, des Béti ou des anglophones. Au cours de l’altercation, le sang a coulé, il y a eu mort d’homme. Ils ont poignardé à mort le jeune pour prendre son téléphone. L’un des malfrats s’est réfugié dans une concession où le propriétaire l’a retrouvé ensanglanté le matin. Il avoue qu’il a commis quelque chose de grave. Ce dernier décide de le conduire à la brigade de gendarmerie qui n’est pas loin. La population est au courant qu’il s’est réfugié là-bas. Elle converge vers là. Quand j’y arrive vers 8h45’, les gens sont en train d’exiger qu’on le leur livre le suspect, pour assouvir leur soif de vengeance. Malgré la présence du préfet et de son état-major, vers 11h, ils ont sorti de force le suspect de la brigade pour aller l’emmener faire la sale besogne. Voilà pour ce qui est des événements de dimanche à midi : le bilan fait deux morts. Le mercredi, un nouvel incident a eu lieu à Bitchoua nord, un quartier de Tonga situé à 15km du centre-ville, habité à près de 80% par nos compatriotes d’expression anglophone.

Justement, y a-t-il un problème anglophone à Tonga ?

Les anglophones, pas seulement les déplacés internes, sont installés là-bas depuis des décennies. Comme du reste les Peuls, les Bamoun, les Beti ou les Mbo. Chacun est installé et mène tranquillement ses activités. Contrairement à ce que j’ai lu ici et là, Tonga n’a pas de problème communautariste. Les anglophones n’ont pas de problème particulier. Il vous sera difficile de donner la tribu de ceux qui vendent aux voyageurs devant ma résidence, ils sont de partout. Ce sont des problèmes d’humeur, qui ont pris une connotation politique du fait du contexte. Au cours de la réunion de crise coordonnée hier par le préfet, personne ne s’est plaint dans ce sens. Très vite, les gens écrivent que les Bamiléké de Tonga sont contre les anglophones, c’est archifaux. Il faut le dire, ce sont de petits bandits drogués qui ont créé ce désordre. Même les ressortissants de Tonga ont été attaqués, rackettés. Certains ont fermé boutique le mercredi à 16h.

Un message d’avertissement a pourtant été lancé par ces gens que vous appelez des drogués à la communauté anglophone, celui de libérer les terrains ?

Hier, on attendait que ceux qui ont des griefs viennent prendre la parole à la réunion de crise et on n’a vu personne. Ça veut dire que ceux qui ont agi ainsi sont des hors-la-loi, qui seront interpellés.

Comment allez-vous faire ? Vous les connaissez ?

Ces enfants sont là. C’est devant nous qu’ils s’agitaient. Vous n’avez pas à venir saccager une unité de gendarmerie. C’est quand même notre défense. Si oui, après, qui va encore nous protéger, et les institutions de l’Etat ? Pour nous, ces événements sont derrière, il faut envisager un meilleur avenir. En tant que maire, mon travail a été de sensibiliser les chefs de communautés, les chefs de villages et les jeunes sur la nécessité de respecter les autres.

Vous maintenez qu’il n’y a aucun projet de chasser les anglophones ?

C’est nous qui donnons les terres aux arrivants pour exploitation. On est en république, chacun doit se sentir chez lui à Tonga, comme les Tonga le sont partout où ils sont installés : à Douala, Yaoundé, Mbanga, partout. Ceux qui l’ont fait n’ont aucun projet. Sinon, ils l’auraient déclaré. Ce sont des délinquants.

Propos recueillis par F. K., à Tonga

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