L’affaire Bopda continue de faire couler beaucoup d’encre au Cameroun. Après l’interpellation cette semaine du sulfureux homme d’affaires, accusé de viols et agressions sexuelles en série, deux victimes présumées ont déjà été entendues par les enquêteurs. Mais des zones d’ombre planent sur cette procédure sensible, des pressions se faisant sentir en coulisses.
Deux plaignantes auditionnées, d’autres attendues
Mercredi 1er février, soit moins de 24h après l’arrestation musclée de Frank Mballa alias « Bopda », les choses se sont accélérées du côté de la Police Judiciaire de Douala, où le suspect passait sa deuxième nuit en cellule. Deux victimes présumées du sulfureux homme d’affaires ont ainsi été entendues par les enquêteurs, après avoir déposé plainte pour des faits d’agression sexuelle et physique remontant à plusieurs années.
L’une d’elle aurait saisi initialement le Tribunal militaire, avant que ce dernier ne se déclare incompétent et transmette le dossier au Parquet. D’autres plaignantes doivent être prochainement auditionnées, parmi lesquelles une jeune femme actuellement enceinte qui aurait été abusée par le passé par Bopda.
Curieuse transmission du dossier au civil
Si le processus suit normalement son cours, plusieurs zones d’ombre planent sur cette procédure ultra-sensible. Notamment sur les conditions étranges du transfert du dossier militaire vers le civil. Officiellement pour « impact sur les qualifications pénales des faits », mais certains y voient un expédient dilatoire destiné à alléger les chefs d’inculpation de Bopda.
Surtout, de fortes pressions politiques pesant sur les autorités judiciaires sont évoquées en coulisses. Bopda bénéficierait de puissants soutiens au sein du régime, d’où les intimidations pour épargner un minimum le sulfureux homme d’affaires, malgré la gravité extrême des accusations de viols, séquestrations et tortures portées contre lui.
Des conditions favorables au musellement de l’affaire?
Autre motif d’inquiétude, la propension du pouvoir Biya à étouffer ce type d’affaires compromettantes impliquant des personnalités du sérail. Le traitement des scandales sexuels du général Mpem ou du colonel Nka Valère en son temps n’incite guère à l’optimisme…
D’autant que la majorité des victimes présumées de Bopda témoignent encore sous couvert d’anonymat sur les réseaux sociaux, fragilisant de fait leurs plaintes auprès de la justice camerounaise peu encline à fouiller certains dossiers.
De sérieux doutes pèsent ainsi sur l’impartialité des investigations en cours. À moins que le climat délétère ambiant et la pression populaire finissent par contraindre les autorités à aller jusqu’au bout pour faire toute la lumière sur cette sulfureuse affaire.
Par Francis Tagne pour 237online.com
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