Politique

Cameroun : Dernier round à Genève le week-end dernier

Oui, pour une fois, soyons d’accord avec la Vulgate disséminée par les médias  » officiels » : ce qui s’est passé à Genève le week-end dernier est un non événement.

En effet, le fait que des citoyens d’un pays protestent bruyamment non loin d’un lieu où se trouve un chef d’État contre lequel ils ont quelque grief relève de la plus grande banalité. Là où les chefs d’État sont des êtres humains, pas des demi dieux, on a vu pire, depuis le jet de tomates pourries, jusqu’à la gifle…

Le destin du Cameroun ne s’est donc pas joué à Genève, samedi dernier. S’attarder sur cet événement, c’est décentrer de manière intentionnelle ou stupide, un enjeu qui se déroule ailleurs. Comme ces imbéciles qui parcourent les plateaux de télévision et se répandent dans les réseaux sociaux, déversant une nauséeuse déjection tribaliste à ce sujet : c’est du déjà entendu. Il faudra faire une miction différente : trouver autre chose que l’instinct grégaire pour défendre le régime.

Le destin du Cameroun se joue pourtant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. En proie à une rébellion armée depuis quatre ans, Une situation, comme le disent les spécialistes, en phase de  » cristallisation »: des protestations sociopolitiques réprimées durement ont engendré une rébellion qui s’est armée progressivement jusqu’à atteindre une capacité de nuisance avérée. L’écrasement militaire envisagé par le pouvoir n’a pas eu lieu. Même s’il a lieu ( Ce qui est de plus en plus difficile) il ne sera point ponctué d’une victoire politique : les choses ne seront plus jamais comme avant. Et chaque jour qui passe, affaiblit davantage économiquement d’abord, et stratégiquement ensuite le pouvoir de Yaoundé. Cela se voit : l’orgueil guerrier des premières heures a cédé place au doute, et de plus en plus à la peur. On sait comment commence une guerre. Personne ne sait comment elle s’achève…

L’avenir du Cameroun se joue aussi sur sa situation économique. Qui reste dans une espèce d’équilibre instable. Cette économie a été sauvée grâce au dynamisme et à l’industriosité des camerounais. Qui, tous les jours, se lèvent et sortent de chez eux pour  » faire quelque chose ». Depuis les entreprises, grandes et petites, jusqu’aux plus petits opérateurs informels, les camerounais travaillent et créent de la valeur, sans l’encadrement qu’ils devraient mériter: partout où il y a un État soucieux de ses citoyens, il y a eu des aides pour tenir pendant la soudure Covid 19. Qu’y a-t-il eu au Cameroun ? Au lieu de quoi, le système ponctionne et confisque sans pitié tout en qui sort de terre. Pendant combien de temps encore, vivrons nous sous le régime de l’extraction, de la ponction et de la confiscation au profit du système, pour le maintien du train de vie de ses princes? Là aussi, se joue encore un pan de l’avenir du Cameroun. Jusqu’à quand, pourront encore coexister, ces deux Cameroun : celui qui travaille et celui qui vit du travail des autres ?

Au vu de ce contexte, l’escapade au bord du lac Léman du Chef, désormais plus soucieux de ses vieux os que de sa lourde charge n’est plus vraiment d’aucune importance, pour ceux des camerounais qui pensent à établir un pays où on pourrait vivre dans la paix, travailler et vivre du fruit de son travail.

Haman Mana

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