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Cameroun – Crise à la Fécafoot : Mouelle Kombi joue à Ponce Pilate

La tutelle a cédé à la tenue des travaux d’hier contre sa volonté, mais en avisant subtilement.

«Nous prenons acte du contenu de ce courriel et notons que ces instances faîtières de football avalisent le processus électoral engagé sous la conduite du Bureau exécutif intérimaire de la Fédération camerounaise de football». Officiellement, voici pourquoi Narcisse Mouelle Kombi a reculé en donnant son quitus formel pour la tenue de l’Assemblée générale de la fédération camerounaise de football (Fécafoot) de ce 13 juillet 2021. Le courriel dont parle le ministre des Sports et de l’éducation physique (Minsep) est celui servi conjointement par la Fifa et la Caf en urgence, et en réponse à la demande d’annulation de ces travaux formulée par le Minsep à l’intention de la Fécafoot, et qui a été transmise aux instances supérieures de la Fédération. Et pareillement, la réponse adressée à la Fécafoot a été transmise au Minsep. Dans cette lettre, Fatma Samoura et Veron-Mosengo, respectivement secrétaires généraux de la Fifa et de la Caf, indiquaient que « nous avons étroitement travaillé avec la Fécafoot ces derniers mois afin de mettre en place une feuille de route, en vue de l’implémentation de ladite sentence arbitrale. Il en est ressorti qu’une AGE serait organisée en juillet 2021». En somme, « les démarches engagées avec le soutien de la Fifa sont conformes à la sentence arbitrale susmentionnée et donc pleinement nécessaires ».

Mais au-delà de cette seule lettre, le ministre des sports qui avaient déjà annoncé avoir sollicité de « hautes instructions », a certainement requis l’avis de ses hiérarchies, face à la menace à peine voilée de la Caf et de la Fifa. A un moment délicat où l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (Can) 2021 confiée au Cameroun semblait être menacée. En cas d’une suspension du Cameroun. Cette Can attribuée en 2014, pour se tenir en 2019, et qui a glissé sur 2021, pour être finalement programmée en 2022, mais dont l’accord-cadre n’a toujours pas été paraphé. Du coup, face à l’enlisement de la crise que vit le Fécafoot depuis des années, cette Can semble être l’objet de tous les chantages de la Caf, mieux de la Fifa, désormais plus présente dans les affaires du football africain que la confédération elle-même. Et Mamadi Mahamat, le sous-préfet de Yaoundé 2 qui s’en est plusieurs fois mêlé les pédales sur le recépissé de déclaration de la manifestation du 13 juillet, a tenu à se justifier devant la presse, en évoquant clairement l’organisation de la Can. Comme pour faire comprendre à ses critiques que l’intérêt supérieur de la nation était en jeu.

Responsabilités

Le ministre des sports, juriste de son état, sera le dernier à se dédire. En « ordonnant » la tenue des travaux qui de toutes les façons se préparaient sans son avis, Narcisse Mouelle Kombi qui n’a jamais avalé la couleuvre de la mise à l’écart du général Pierre Semengue, a tout de même réitéré dans a lettre du 12 juillet, le souci qu’il émettait déjà quatre jours plus tôt, sur le nécessaire « respect de la légalité, de l’ordre public », et son vœu de voir cette étape de la transition à la Fécafoot, se poursuivre « dans un esprit de consensus et de rassemblement des acteurs du football camerounais».

Malheureusement, la cohésion gouvernementale est ce qu’il a toujours manqué dans la recherche d’une solution durable aux problèmes du football camerounais. La tutelle a dû céder la mort dans l’âme, à l’option de contenter une faction, au détriment du droit. Et les différentes ampliations de sa dernière lettre sont parlantes. Mouelle Kombi a copié son message aux ministres de l’Administration territoriale, de la justice, aux secrétaires généraux des services du premier ministre et de la présidence de la République, au gouverneur du Centre, à la Fifa et à la Caf. La précédente lettre était simplement copiée aux secrétaires généraux de la présidence et des services du premier ministre. Un détail qui trahit le souci pour la tutelle de se dédouaner et de mettre chaque acteur devant ses responsabilités. Rien ne garantissant que l’on soit sorti de l’auberge.

Lindovi Ndjio

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