Cameroun: Comment le maire «terrorise» les commerçants à Kribi

Kribi en pleine destruction

Guy Emmanuel Sabikanda a détruit une partie du principal marché de la ville hier mercredi 11 mars 2020, mettant ainsi aux abois, de nombreuses familles.

Difficile de reconnaître la physionomie du marché de Ngoye-Nkolbiteng à Kribi ce mercredi 11 mars pour les habitués des lieux. La place marchande se présente comme un champ de ruines. Sur le bord de la rue, quelques commerçants s’affairent encore à récupérer ce qui peut l’être. Du bric à brac, causé par une descente musclée du maire de la ville ici. En effet, aux premières heures de la matinée, Guy Emmanuel Sabikanda, maire de la ville de Kribi accompagné de ses deux adjoints, Me Madeleine Ekitike et Agathe Bouerdjila, du sénateur Grégoire Mba Mba et d’une escouade de «gros bras» ont fait escale dans ce marché. Rien ou presque n’a résisté à leur passage. À l’entrée Nord du marché, tous les étals en matériaux provisoires ont été saccagés. Restes de fruits et légumes, de tubercules et de vivres frais sur le bitume témoignent de l’ampleur de l’opération. L’indignation des victimes est grande. Mireille F. vendeuse de fruits depuis 2 ans s’interroge. «Comment casser avant de nous indiquer un endroit pour notre recasement ? Nous n’avons pas où nous installer. On nous a surpris. Nous avons des familles à nourrir, comment allons-nous vivre ?»

Désordre urbain

Il est évident. Le nouveau maire de la ville de Kribi a engagé cette lutte contre le désordre urbain sans au préalable sensibiliser toutes les parties prenantes. À ses côtés, son «mentor» le Sénateur Grégoire Mba Mba affirme que, «la ville est poluée. Le désordre urbain a atteint un niveau terrible. C’est inacceptable.» Pour l’élu de la région du sud, «Kribi est une ville qui doit être une ville émergente et où la propreté doit régner.» Cette vision de l’homme politique contraste avec la réalité racontée dans la cité balnéaire. L’espace détruit par l’édile de la ville a été mis en vente il y’a deux ans par l’ex délégué du gouvernement et son équipe. Ces boutiques en matériaux provisoires avaient alors été construites pour palier à l’insuffisance observée. Des commerçants estiment qu’ils les occupaient de manière légale.

Pour Abdoulaye, un boucher, «les contrats de bail ont même été renouvelés en janvier. Nous avons payé des sommes à la communauté urbaine.» Pris
entre le marteau et l’enclume, ces commerçants ne savent plus à quel saint se vouer. Dans les chaumières, il se murmure que les espaces vidés de leurs occupants seront réaménagés et de nouveau mis en vente. Le maire de la ville n’a pas souhaité s’exprimer à cet effet. Parmi les défis qui l’interpellent cependant, il y’a la construction d’un marché digne de ce nom à Kribi.

Landry TYAGA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *