Politique

Cameroun – Assemblée Nationale : La loi du silence sur la crise anglophone abrogée

C’est ce qui ressort de la réponse de Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense (Mindef), le 1er avril dernier.

La 10ème législature du parlement camerounais a amorcé sa 2ème année sur les chapeaux de roues. Si au cours de la première année (2020), il n’y a pas eu pratiquement de questions orales, il est de bon aloi de reconnaître que non seulement au cours de cette première session de l’an 2021, il y a eu une pléthore de questions orales mais surtout, faut-il le relever, des questions adressées à des ministres qui occupent des portefeuilles hautement sensibles comme la Défense et la Diplomatie. Cette rupture a mis Joseph Beti Assomo sur la sellette jeudi dernier à l’hémicycle.

Avec la verve qu’on lui reconnait, il a dépeint aux yeux des députés la crise anglophone et ses enjeux sous un jour nouveau. Le premier point choc dans ce Round up a été un retour sur Garbuh et les différentes menaces en cours dans les deux régions anglophones. Le Mindef a de ce fait indiqué que toutes les promesses présidentielles faites aux lendemains des tristes évènements survenus dans cette localité ont été tenues. Pour ce qui est par exemple de la stèle commémorative des défunts, elle a été inaugurée la 3 février dernier par le gouverneur de la Région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique Deben Tchoffo. « En ce qui concerne les réparations aux familles des défunts, elles ont été toutes servies. D’importantes sommes d’argent ont été libérées sur haute instruction du chef de l’Etat », a affirmé le patron de la Défense avant d’indiquer que la décence lui empêchait de révéler les montants.

Paul Biya avait aussi promis de créer un détachement des forces mixtes de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine et de la gendarmerie dans cette zone pour tenir tout le secteur de Ngarbuh. Cette promesse, a affirmé Mindef, est en cours d’exécution. Quant aux auteurs des atrocités de Ngarbuh, le ministre a indiqué que les trois militaires qui ont été arrêtés, sont désormais identifiés comme les auteurs de ces tueries et ont été mis aux arrêts. Ils sont maintenant en détention préventive à la prison militaire de Yaoundé. La procédure de leur jugement a été enclenchée et la prochaine procédure est prévue le 15 avril dernier.

Les nouvelles menaces dans le Noso

A côté de la menace séparatiste se greffent désormais les menaces des entrepreneurs du crime et des conflits intertribaux. Le conflit dans les deux régions anglophones n’est plus concerné uniquement par le sécessionnisme. Désormais, des bandes armées foisonnent dans les deux régions et se distinguent par des actes de grand banditisme spécialement dans la prise d’otages et de demande de rançons. En ce qui concerne la menace des conflits intertribaux, il oppose essentiellement les Bororos aux autres populations. « Nous devons veiller aux grains car il y a parfois des affrontements qui aboutissent à des morts d’hommes », a révélé Joseph Beti Assomo. Le problème ici est lié au pâturage du bétail. Il va détruire des cultures et cela aboutit à des affrontements armés et violents. Il est donc clair, à l’écoute de la communication du ministre que l’économie de conflit apporte tout son lot de venin dans cette crise qui résiste à livrer son épilogue dans le Noso.

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La sempiternelle question des droits de l’homme

C’est la question orale du député Injo Foo Ngang Prudencia, qui a invité Joseph Beti Assomo sur le terrain des droits de l’homme et des droits humains. « Je ne voudrai pas croire que la protection des droits de l’homme et des droits humains ainsi que celle des représentants des médias s’est dégradée au Cameroun en général et dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en particulier. Dites-nous, s’il vous plaît, la suite réservée aux plaintes des médias et de la famille de Samuel Wazizi. Je vous saurais par ailleurs gré de nous donner les raisons pour lesquelles la justice militaire maintient le nommé Njoka Kingsley en prison », a demandé l’élu du peuple. C’est sur une pointe d’agacement que Joseph Beti Assomo va répondre à la question, ennuyé parce qu’il estime que certaines organisations non gouvernementales accusent gratuitement et sans prendre aucune précaution, l’Armée camerounaise de violation des droits de l’homme. « Les Forces mènent leurs opérations, protègent les populations, protègent nos compatriotes, mais on a le sentiment qu’il y a comme une espèce…je ne sais comment qualifier cela. Il y a que cette action se fait à répétition, droit de l’homme le matin, droit de l’homme à midi, droit de l’homme le soir, et nous sommes-là pour répondre de ces accusations », a répliqué, outré, le patron de la Défense camerounaise.

Il a poursuivi en indiquant que les hommes en tenue ont parfois été étêtés, découpés, et inhumés comme tel sans que la hiérarchie militaire en fasse la moindre publicité. « Je ne sais pas s’il se passe une semaine sans qu’on n’entende parler de notre Armée qui viole les droits de l’homme. Certains de vos collègues à l’étranger, dans certains parlements, en font maintenant tout un bisness, parce que nous avons des compatriotes qui sont dans la diaspora et qui passent le temps à faire du lobbying auprès de certains parlements occidentaux. On a vu tout ce qui circule sur les réseaux sociaux comme littérature, dans les médias internationaux, pour accuser l’Armée camerounaise et l’accuser de tous les noms d’oiseau », a-t-il réitéré comme pour peindre le sombre tableau de la réputation de la Grande muette vue de l’extérieur. Par ailleurs, le Mindef est conscient que l’Armée n’est pas exempte de tout reproche. Il a pour ce faire tenu à rappeler que dès lors qu’il y a le moindre écart ou dérapage par rapport à la norme, il y a des sanctions conséquentes. Il a indiqué que la maison d’arrêt dont les mesures de détention sont les plus draconiennes sur toute l’étendue du territoire national, est la prison militaire de Yaoundé.

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« Je voudrai vous dire que nous sommes sans pitié sur les questions de violation des droits de l’homme. D’ailleurs le respect des droits de l’homme, des droits humains, font partie de la formations de nos hommes, tout niveau confondu, du simple soldat à l’officier. Depuis les centres s’instructions, nos hommes savent à quoi ils s’exposent quand ils violent les droits de l’homme », a-t-il ajouté. Bien plus il a cité d’autres instances mises en œuvre pour limiter les violations des droits humain par l’Armée. Ainsi, la gendarmerie est là et fait son travail de veille sur la discipline des hommes, la sécurité militaire et la justice militaire sont tout autant là et veillent au grain. En dernier ressort, il y a la population qui est là pour dénoncer lorsque c’est nécessaire en cas de dérapage. Haussant à nouveau le ton, le Mindef a indiqué que « cette campagne contre l’Armée commence déjà à bien faire.

L’Armée qu’on dépeint dans cette campagne n’est pas votre Armée. Nous avons accueilli avec beaucoup de satisfaction la reconnaissance de certains parlementaires qui ont pris la parole pour reconnaître la qualité de travail de cette Armée ». Il l’a ainsi reconnu avant d’enchaîner qu’il a l’intime conviction qu’il y a manifestement dans cette campagne de diabolisation des Forces de Défense et de sécurité, une volonté avérée de démoraliser les troupes et obtenir ce qu’on a pas pu obtenir sur d’autres terrains.

Le Nigéria, un allié dans le Conflit

Le Cameroun et le Nigéria partagent les mêmes menaces le long des 1200 km de frontière. La menace contre Boko Haram tout comme la menace sécessionniste, les actes de grand banditisme, la contrebande, sont des maux qui enveniment la frontière. De ce fait, le Mindef a reconnu que les deux pays fédèrent les efforts pour endiguer ces menaces communes. « Le Nigéria, un vaste et grand pays a une armée à la taille du pays », s’est ouvert BetiAssomo. Les relations sont de ce fait très étroites entre les deux pays, si on se souvient que c’est Abuja qui a œuvré pour le rapatriement des leaders sécessionnistes en son temps. Par ce geste, le Mindef réitère que le Nigéria a montré qu’il est un pays ami et frère. La visite du chef d’Etat-major des Armées de ce pays au Cameroun, jeudi dernier, où il a été reçu en audience par René Claude Meka et Joseph Beti Assomo, témoigne de cette synergie dans la volonté commune d’en finir avec les menaces communes.

Léopold DASSI NDJIDJOU

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