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Cameroun – Administrations publiques: Où fabrique-t-on les faux diplômes ? Dans les méandres des faussaires basés à Yaoundé

C’est depuis très longtemps que le Cameroun fait face au phénomène dit de « faux diplômes », un fléau endémique qui frappe la quasi-totalité des administrations publiques camerounaises.

La proportion du mal est tellement importante au point où certaines administrations sont devenues comme des déversoirs de faux parchemins. Tenez par exemple : Dans la cure d’amaigrissement du personnel de la Camair-Co. Il y a quelques mois, 150 agents titulaires de faux diplômes ont été recensés comme titulaires de faux diplômes. Une opération d’assainissement du fichier du personnel d’Elections Cameroon ( Elecam), lancée en septembre 2018, a permis de constater que près de 300 agents, ont été recrutés sur la base de faux diplômes. Il y a aussi l’Agence de régulation des télécommunications (Art) et l’assemblée nationale du Cameroun qui figurent dans le top des administrations truffées de faux diplômes. Même si, convient-il de signaler que dans les deux dernières entreprises citées plus haut, il est à relever que les faussaires opèrent sans aucune angoisse, avec la complicité de certains hauts responsables. « Après investigations approfondies, on a constaté que le diplôme présenté au moment du recrutement de nombreux agents dans plusieurs administrations publiques est faux », précise un contrôleur en service au Contrôle supérieur de l’Etat, qui a enquêté longtemps dans les services l’Agence de régulation des télécommunications (Art). Dans ce même registre, 300 élèves –professeurs avaient été recalés en 2012 pour faux diplômes à l’école Nationale supérieure de Maroua. Comment comprendre l’ampleur des agents concernés par l’affaire des faux diplômes au Cameroun ? Pour appréhender le phénomène, nous avons voulu percer ce mystère du faux et usage de faux, notamment dans la ville de Yaoundé.

Premier arrêt : Office du Baccalauréat

Nous sommes dans les services de l’office du Baccalauréat, administration en charge des examens du probatoire et du baccalauréat au Cameroun, par ailleurs la plus sollicité par les entreprises publiques et les universités étrangères dans le cadre de l’authentification des diplômes. Ici, une source interne qui a requis l’anonymat nous explique que l’ancien Directeur de l’office délivrerait le Bac à 250 000Fca. « Avec au moins 250 000Fcfa, l’ancien directeur vous délivre un Bac. Mais il ne suffit pas seulement d’avoir l’argent .Mais Il faut aussi être proche de lui ou être une personnalité de la république. C’est un business bien connu ici. Même la presse, a dénoncé ça. Le nouveau directeur essaie de combattre cela», se disent certains. Cette information divulguée par certains cadres de la structure, est démentie par des sources proches de la cellule de communication. « je ne pense pas que ce soit possible. Pour qu’un diplôme soit délivré par l’office du Baccalauréat, vraiment il y a des mécanismes de contrôles tel que je ne vois pas comment on doit arriver à délivrer un faux diplôme. Il y a toute une procédure pour arriver à un diplôme. Il y a tellement de mains qui touchent les diplômes. Il y a même des commissions externes de vérification qui travaillent avec des procès-verbaux qui ont été établis par les présidents du Jury. Avec tout ça, je ne vois comment quelqu’un au niveau de l’office du BAC va pouvoir délivrer un diplôme à quelqu’un, surtout un faux diplôme ». Nos informateurs ajoutent que « si quelqu’un réussit à obtenir un diplôme de l’office du baccalauréat, comment est-ce qu’il fera pour justifier l’authenticité de ce parchemin-là ? C’est bien beau d’avoir un parchemin qu’on a fabriqué, mais après ça va toujours se retourner contre vous. Car, un jour un jour, il faudra bien qu’on authentifie ce diplôme. Je sais pas ce qui va se passer après à l’office du baccalauréat. Mais avec l’actuel directeur, ce n’est pas possible de se faire fabriquer des faux diplômes ici », dément-il avec la plus grande fermeté. Mais cela n’empêche que certains agents véreux de l’Office du Baccalauréat s’autoproclament être des facilitateurs auprès du maître des lieux.

Deuxième arrêt : le ministère des enseignements secondaires.

A la direction des examens et concours de ce département ministériel, nous avons appris que tous les moyens ont été mis en œuvre pour limiter le taux de délivrance des faux diplômes. « Il y a quelques années, plusieurs parents se dirigeaient ici pour acheter le BEPC, le CAP et autres parchemins à leurs progénitures qui avaient longtemps composés sans succès. Aujourd ‘hui, le phénomène a été considérablement réduit grâce aux efforts de l’actuel ministre », indique un cadre du Minsec. D’ailleurs, un directeur retraité, qui a officié dans ce département ministériel nous avoue avoir longtemps bénéficié des dividendes liées à la délivrance des faux diplômes dans ce ministère.

Troisième arrêt : le ministère de l’enseignement supérieur.

Abordé par le reporter, un cadre en service dans ce département ministériel a été clair : « Ici au Minesup, on ne délivre pas de faux diplômes. C’est l’université qui fait tout et envoie au ministre pour signature .En aucun instant, on ajoute un diplôme de plus », clame-t-il. Un autre cadre proche de la commission d’évaluation des formations dispensées à l’étranger se montre plus disert à ce sujet : « La plupart des faux diplômes que nous repérons ici viennent des pays étrangers ».
Quatrième arrêt : les écoles et instituts de formation professionnelle .Dans la plus part de ces écoles, certains responsables véreux vont jusqu’à délivrer des faux licences et Masters contre rémunérations. Mais apprend-t-on, que le phénomène le plus répondu, c’est la falsification des diplômes. Bien plus, les dirigeants de certaines écoles de formation dites autonomes, vont même jusqu’à délivrer des diplômes à leurs proches, alors que ces derniers n’ont pas le profil nécessaire. « Quand on donne la licence à quelqu’un qui n’a que le Bac, c’est pourquoi faire ? L’Etat doit sanctionner ce genre de comportement », fustige un proche d’un responsable d’école.

Dernier arrêt : le quartier « Bonas » à Yaoundé .

Ici il faut avoir entre 150 000 et 200 000f pour qu’on vous délivre un faux baccalauréat comportant le Visa du directeur de l’office du Baccalauréat. En ce qui concerne les relevés de notes de la licence ou du Master, elles coûtent chères. « Normalement, ça coûte 300 000 Fcfa. Mais si vous venez avec 250 000, on va voir ce qu’on peut faire pour vous » martèle un ingénieur du faux, réputé célèbre au quartier Ngoa-ekellé . Celui affirme que ses clients sont très nombreux et se recrutent parmi les agents publics et les étudiants qui veulent voyagés pour l’étranger . Son collègue qui a finalement désisté de nous conduire dans la chambre où ils opèrent, nous a fait savoir qu’ils travaillent avec la complicité des responsables de l’office du baccalauréat et de certaines universités camerounaises ».

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Par Sidonie Belinga
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