Afrique

Caf: Ginani Infantino envoie Ahmad Ahmad sur la touche

La commission d’éthique de la Fédération internationale de football association a suspendu pour cinq ans, le président sortant de la Confédération africaine de football, reconnu coupable entre autres, de violation du Code éthique et de détournements de fonds.

Le karma ? Peut-être bien ! Le patriarche Issa Hayatou a certainement esquissé un sourire narquois et avalé un verre de thé bien chaud en apprenant la (bonne) nouvelle. Ahmad Ahmad est désormais hors-jeu. Président omnipotent de la Confédération africaine de football pendant près de trente ans, l’actuel président du conseil d’administration de l’Académie nationale de football (Anafoot), s’est souvenu à coup sûr de ce fameux jeudi 16 mars 2017, lorsqu’il se faisait battre à plate couture par le malgache lors de l’élection pour la présidence de l’instance faîtière du football africain. Un véritable tremblement de terre à Addis-Abeba ! Un coup de tonnerre sous le ciel éthiopien. Plébiscité avec 34 voix contre 20, le jeune politicien de 57 ans avait alors réalisé la surprise en succédant à l’indomptable camerounais en poste depuis 1988 et qui briguait un 8e mandat. Président de la Fédération malgache, mais également sénateur et anciennement ministre, Ahmad Ahmad avait bénéficié d’une dynamique favorable avec le soutien des 14 fédérations du Conseil des fédérations d’Afrique australe (Cosafa).

Transparence, où es-tu ?

Signe qui ne trompe pas, celui qui fut l’ex-président par intérim de la Fifa avait cette fois, été battu par vote à bulletin secret, alors qu’il avait régulièrement été élu par acclamation lors des derniers mandats. Visé par la justice égyptienne dans l’affaire d’abus de pouvoir suspecté lors de l’attribution des droits TV, le dirigeant était affaibli malgré un bilan économique en pleine expansion. Ses soutiens haut placés (au Nigeria, le gouvernement a ordonné à la Fédération de football de voter pour lui) n’auront pas suffi et Gianni Infantino semblait d’ailleurs officieusement favorable au changement. Charge désormais à Ahmad, chantre de la « transparence », de se montrer à la hauteur des espoirs suscités par cette alternance tant attendue… Mais quatre années plus tard, la révolution attendue du nouvel homme fort de la Caf, a tourné en eau de boudin. Ce dernier que certains qualifient de « bleu » parce que n’ayant aucune expérience dans la gestion d’un organe de la taille de la Caf, d’entrée de jeu, annonce son intention d’organiser une grande réflexion autour des compétitions. L’été suivant, le passage de 16 à 24 équipes en Coupe d’Afrique des nations est adopté. Une pilule difficile à avaler. Les matches auront par ailleurs désormais lieu en juin/juillet plutôt qu’en janvier/février.

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Les Can à problèmes

Les pays hôtes déjà désignés sous Hayatou, le Cameroun (2019), la Côte d’Ivoire (2021) et la Guinée (2023), se retrouvent contraints de relever un sacré défi : organiser un tournoi nettement élargi, avec un cahier des charges grandement alourdi. Fin 2018, le Cameroun, déjà en retard pour une Can à 16 équipes, se voit dessaisi de l’édition 2019, confiée peu après à l’Égypte. Entre temps, la Caf se lance en parallèle dans un difficile exercice de réattribution où des voix s’élèvent pour mettre à l’index Ahmad et sa clique d’avoir prisdes pots de vin, des montants faramineux puisés des caisses du Trésor des pays en lice pour cette gymnastique impénétrable : les Camerounais se consoleront avec la Can 2021 promise aux Ivoiriens, tandis que ces derniers se voient proposer la Can 2023. Et les Guinéens ? Les voilà tournés vers 2025. L’affaire fait grand bruit et le Comité exécutif de la maison mère du foot africain s’en voit éclaboussé. Beaucoup lui prédisent une fin catastrophique.

Et le retour du bâton ne tardera pas ! Candidat à sa propre succession, Ahmad vient donc d’être suspendu pour cinq ans par la commission d’éthique de la Fifa qui lui a infligé au passage une amende de 185 000 euros. Lui qui avait par ailleurs été placé en garde à vue pour des soupçons de corruption en juin 2019 à Paris. Selon le communiqué de la Fifa : « la décision a été notifiée à M. Ahmad aujourd’hui (23 novembre 2020), date à laquelle l’interdiction est entrée en vigueur. » Le malgache est « coupable d’avoir enfreint les articles 15 (Devoir de loyauté), 20 (Acceptation et distribution de cadeaux ou autres avantages) et 25 (Abus de pouvoir) de l’édition 2020 du Code d’éthique de la Fifa, ainsi que l’art. 28 (Détournement de fonds) de son édition 2018 ».

Plus grave, « l’enquête sur le comportement de M. Ahmad au poste de président de la Caf entre 2017 et 2019 a porté sur diverses questions liées à la gouvernance de la Caf, dont l’organisation et le financement d’un pèlerinage à La Mecque (Oumra), ses accointances avec l’entreprise d’équipement sportif TacticalSteel et d’autres activités », indique le communiqué de l’instance mondial du football. « Dans sa décision, qui a fait suite à une longue audition, la chambre de jugement de la Commission d’éthique a établi, sur la base des informations recueillies par la chambre d’instruction, que M. Ahmad avait manqué à son devoir de loyauté, accordé des cadeaux et d’autres avantages, géré des fonds de manière inappropriée et abusé de sa fonction de président de la Caf », peut-on aussi lire.

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Gouvernance, le talon d’Achille

À l’été 2019, Ahmad avait demandé l’aide de la Fifa pour superviser son organisation, fragilisée par plusieurs polémiques et des problèmes de gouvernance. La numéro deux de la Fifa, Fatma Samoura, avait notamment effectué un mandat de six mois mais celui-ci, qui visait à accélérer le processus de réformes au sein de l’instance, n’avait pas été renouvelé début février 2020. Par ailleurs, licencié en avril 2019, le secrétaire général de la Caf, Amr Fahmy, décédé depuis, avait envoyé une lettre à la Fifa dans laquelle il accusait Ahmad de corruption- paiement de pots de vin à plusieurs dirigeants, usage personnel de fonds de la Caf – et de harcèlement sexuel à l’encontre de plusieurs salariées de la Confédération. Testé positif au Covid-19, fin octobre, puis hospitalisé, Ahmad observe actuellement une période de convalescence de 20 jours durant lesquels il a quitté son poste.

Le premier vice-président, Constant Omari qui assure actuellement l’intérim à la tête de l’exécutif de la Caf et ce jusqu’au 30 novembre 2020, dit avoir pris acte de la décision de la commission d’éthique de la Fifa. Toutefois, l’instance basée au Caire s’inquiète « des conséquences sur sa réputation de cette longue procédure », et « maintient le calendrier de l’ensemble de ses activités et programmes. » En ce qui concerne la prochaine élection à la présidence de la Caf, le sénégalais Augustin Senghor, le mauritanien Ahmed Yahya, l’ivoirien Jacques Anouma et le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe ont déclaré leur candidature. L’élection aura lieu le 12 mars 2021 au Maroc. Balle au centre !

Christian TCHAPMI

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