Les difficultés sont réelles. Il suffit de regarder tout autour de soi dans une ville comme Yaoundé. Dans la capitale, pas besoin d??un dessin pour comprendre les problèmes d??urbanisme et d??habitat. Dernière illustration en date : le jeu du chat et de la souris auquel se livrent depuis presque cinq mois, la Communauté urbaine et les vendeurs déguerpis du centre ville pour
raison d??assainissement. Depuis le week-end dernier, la municipalité a recommencé à déployer ses équipes autour du marché central pour faire place nette. Tandis qu??au parc des expositions de Tsinga, où les commerçants ont été provisoirement recasés, ce n??est pas vraiment la grande animation. L??idée d??un « marché aux puces » formulée il y a quelque temps par les responsables de la Communauté urbaine serait la bienvenue. Mais beaucoup s??accordent à dire qu??on n??est pas en avance sur le sujet. Le secteur informel a connu un essor important depuis plus de vingt ans, qui aurait pu s??accompagner d??un encadrement conséquent. Aujourd??hui, il n??est pas trop tard, mais la tâche est manifestement plus ardue, maintenant que les « sauveteurs » ont littéralement pris racine sur les trottoirs. Les questions d??urbanisme et d??habitat au Cameroun sont à l??image de l??histoire des vendeurs à la sauvette. Il est globalement question aujourd??hui d??organiser un vaste rattrapage d??une situation où l??informel a fini par s??ériger en règle. D??où les pleurs et les grincements de dents enregistrés dans la capitale, au moment où la Communauté urbaine a entrepris sa guerre contre les constructions anarchiques. Car si les pouvoirs publics sont les premiers interpellés en matière d??urbanisme, il était de bon ton que les citoyens n??entravent pas les efforts de l??Etat, ou ne profitent pas des insuffisances en la matière pour s??installer n??importe où leurs activités commerciales ou pour habiter. Cela dit, les choses ne sont pas aussi faciles. Car le volet habitat du problème est loin d??être résolu. Il peut se résumer en une question : comment caser tous ces sans-abri délogés des quartiers spontanés et même les autres Camerounais qui aspirent à la propriété foncière et à un logement décent ? La réponse est un véritable casse-tête que tentent de résoudre ensemble, l??Etat et les promoteurs privés, de plus en plus intéressés. Car autant il existe des quartiers nés de nulle part, autant on trouve très peu de zones bien aménagées et favorables à la mise en place d??un habitat sain. Pour le moment, c??est un peu chaque ménage qui s??arrange à trouver un lopin de terre, au prix fort et souvent sans les précautions réglementaires. ??a débouche sur des escroqueries. Mais parfois aussi sur des drames, quand le terrain en question se situe dans une zone dangereuse. Surtout que les architectes et ingénieurs qualifiés jugés sont trop chers, et régulièrement évités par ceux qui construisent. Mais comme on le relevait, l??espoir est en train de naître. Premièrement d??une meilleure prise de conscience du rôle catalyseur des structures publiques dédiées à l??habitat. Le Crédit foncier, la SIC, la Maetur paraissent en effet plus concernés par les préoccupations des Camerounais, comme l??attestent les derniers investissements dans le logement. Deuxièmement, on peut apprécier l??implication du secteur privé. Dans le financement des projets immobiliers et dans l??investissement proprement dit. C??est une lueur d??espoir, mais il en faut beaucoup plus. Car le nombre de Camerounais mal logés dans les villes est effrayant. Ne vous fiez surtout pas aux apparences !
Yves ATANGA, Cameroon Tribune
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