Quatre-vingt-un génisses de race Goudali, réceptionnées à Afanloum dans la Mefou-et-Afamba, doivent produire entre 1,5 et 2 litres de lait par jour chacune. L’importation de lait coûte au Cameroun plus de 40 milliards de FCFA par an. La Sodepa veut inverser cette tendance avec ce nouveau cheptel destiné à la reproduction.
Des bêtes tracées à la loupe, un déficit qui reste énorme
Les 81 génisses, âgées entre un an et demi et trois ans, ont reçu leurs premières doses d’antibiotiques dès leur arrivée. Elles ont aussi été marquées, boucles à l’oreille droite, fiches individuelles renseignées sur la couleur de la robe et l’âge. Une application baptisée « My Cow » centralise désormais toutes ces données pour assurer la traçabilité du bétail.
Le truc c’est que ce niveau de rigueur administrative contraste franchement avec l’ampleur du problème à résoudre. Le Cameroun a importé 20 596 tonnes de lait et produits laitiers en 2023, pour une facture de 40,6 milliards de FCFA selon l’Institut national de la statistique. Les industries locales, elles, ont ajouté 17 217 tonnes de lait en poudre ou concentré, soit 35 milliards de FCFA de plus.
La production nationale a pourtant progressé. Elle est passée de 173 907 tonnes en 2022 à 176 618 tonnes en 2023, une hausse d’environ 2%. Mais la demande intérieure tourne autour de 300 000 tonnes par an. Le déficit dépasse donc les 120 000 tonnes, et quatre-vingt-un génisses, même bien nourries, ne suffiront pas à le combler du jour au lendemain.
Un pari sur le long terme, avec beaucoup d’inconnues
L’opération s’inscrit dans le Plan intégré d’import-substitution agropastoral et halieutique, le Piisah, censé réduire une dépendance aux importations qui grève la balance commerciale du pays à hauteur de plus de 1500 milliards de FCFA par an. Le chiffre fait mal, et il donne une idée de la pression qui pèse sur des structures comme la Sodepa pour produire des résultats visibles.
Les prochaines étapes prévoient le screening des animaux, puis l’insémination artificielle sur place à Afanloum. C’est un pari qui repose entièrement sur l’amélioration génétique du cheptel.
Ça pose question sur le calendrier réel. Combien de temps faudra-t-il avant que ces génisses donnent naissance à des veaux, produisent du lait en quantité suffisante, et permettent une réduction mesurable des importations ? Rien ne confirme à ce stade un horizon précis. Le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales avance des ambitions claires sur le papier, mais la souveraineté alimentaire laitière camerounaise se construira sur plusieurs années, pas en une seule livraison de bétail.
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Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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