Dix-huit mille étudiants formés, quatre cent vingt certifiés, quinze lauréats envoyés en Chine. Les chiffres avancés par Huawei lors de la cérémonie du 2 septembre 2026 à l’hôtel Hilton de Yaoundé impressionnent sur le papier. Mais derrière la mise en scène institutionnelle et les discours enthousiastes des officiels, un journaliste un peu curieux se pose forcément la question, qu’est-ce que le Cameroun garde vraiment de ce partenariat une fois les projecteurs éteints.
Une dépendance qui ne dit pas son nom
Le programme « Seeds for the Future » repose sur un principe simple, huit jours d’immersion en Chine pour quinze étudiants triés sur le volet. Franchement, huit jours, ça forme quoi exactement chez un futur ingénieur, à part le souvenir d’un voyage et quelques photos avec des dirigeants chinois.
L’article évoque une « Huawei ICT Academy » et des formations dispensées dans dix universités partenaires. Le hic, c’est que ce modèle place l’entreprise chinoise en position de définir elle-même les contenus pédagogiques, les certifications et les standards techniques enseignés aux étudiants camerounais. Personne ne s’y est vraiment opposé jusqu’ici, et c’est bien le problème.
Ce n’est pas la première fois qu’une multinationale technologique s’installe dans le paysage éducatif d’un pays en s’appuyant sur le vocabulaire du partenariat gagnant-gagnant.
Des compétences formées, mais pour quel marché
Le discours de la Présidente Directrice Générale de Huawei zone CEMAC, Olyia Wang Lei, insiste sur l’idée que « la technologie ne se résume pas aux infrastructures ». Une phrase qui sonne bien, mais qui masque une réalité plus terre à terre, celle d’une entreprise qui a construit une bonne partie des infrastructures numériques du Cameroun depuis 2015, et qui aujourd’hui forme aussi les cerveaux qui devront les entretenir.
Trois cent enseignants certifiés, deux mille six cent trente participants aux compétitions techniques, tout cela dans le cadre exclusif d’un écosystème propriétaire Huawei. Ces jeunes ingénieurs camerounais sortent-ils de ce parcours avec des compétences transférables ailleurs, ou avec une expertise calibrée sur le matériel et les logiciels d’une seule marque ?
On ne sait pas encore si le ministère de l’Enseignement supérieur a évalué l’impact réel de ces dix ans de collaboration sur l’indépendance technologique du pays. Rien ne confirme à ce stade qu’un bilan critique existe quelque part dans les tiroirs administratifs. Difficile de ne pas y voir une stratégie d’influence patiente, où la générosité affichée aujourd’hui prépare une dépendance technologique de demain.
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Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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