On n??a pas fini de parler du SIDA. Bien que l??opinion commence à être blasée par l??actualité concernant cette maladie-arguant du fait que la vraie information en la matière sera constituée par la découverte d??un vaccin total et définitif- nous n??avons néanmoins pas cessé de repérer les fils d??actualités traitant de ce sujet. Le dernier en date est sinon cocasse, du moins distrayant. Jugez-en :Le dimanche 25 avril, lors du lancement d??une monumentale campagne de dépistage du HIV dans son pays l??Afrique du Sud, le président sud- africain a annoncé que
les tests qu??il avait effectués ont révélé sa « séronégativité ». Il est peu courant de voir des chefs d??Etat sous les tropiques faire état publiquement de leur état de santé et les mauvaises langues ont souvent trouvé dans les variations de température des s*e*xagénaires et octogénaires qui nous dirigent matière à supputation sans que les divers exécutifs daignent éclairer leur lanterne. Certes, l??Afrique du Sud n??est pas une quelconque bananeraie démocratisée d??Afrique centrale, mais le fait ne manque pas de surprendre lorsqu??on sait que le président des lieux n??est autre que le fantasque Jacob Zuma, sémillant s*e*xagénaire dont l??accession à la tête de la Nation arc-en-ciel a été entre autres marquée par un retentissant procès de m??urs au cours duquel Jacob-le-coureur-de-jupons-Zuma s??est fendu d??un aveu pour le moins troublant : il a reconnu avoir eu des relations non protégées avec une femme porteuse du virus HIV. L??éventualité d??une contamination aurait empêché n??importe quel individu normal de dormir, mais apparemment elle n??a eu aucun effet sur notre compère président qui à la question de savoir les mesures de protection qu??il prises a répondu tout goguenard qu??il s??était lavé après le rapport pour diminuer les risques de contamination.Cet épisode a eu pour seul effet d??accroître et conforter les sida-négationnistes dans leur thèse qui prétend que le SIDA n??est qu??un Syndrome Inventé pour Décourager les Amoureux. Risible ? Pas si sûr. Bien que certaines personnes tendent à minimiser l??impact de telles déclarations, elles pèsent d??un poids réel sur l??opinion nationale. Le traitement médiatique réservé au Sida par les gouvernants laisse croire que tout n??a pas été dit dans cette affaire. Qu??on se souvienne que le prédécesseur de Zuma, l??imperturbable Thabo Mbeki déclarait que dans un pays où des millions de gens mouraient de Sida il ne connaissait personne dans son entourage qui soit mort de cette maladie. Des propos controversés qui, dans le pays le plus touché par la maladie n??ont sûrement pas arrangé les choses.Chez nous, au pays de Paul Biya et de Samuel Eto??o, les choses ne sont pas aussi compliquées. La vision de quelques corps décharnés attendant la mort dans des lits d??hôpitaux et les brochures détaillant des images de sidéens se vidant de leurs entrailles au cours de diarrhées irrépressibles a un temps ramené les camerounais à la raison. Puis, la communication autour de la « pandémie du siècle » a pris une allure déroutante. On a commencé par « abstinence-fidélité-condom ». Les esprits puritains ont crié sur tous les toits que le dernier tronçon du slogan était de nature à envoyer les enfants « faire les choses là ». On a retiré « condom » et on a gardé le reste. Ensuite, l??accent a été mis sur les sidéens : ce sont des gens ordinaires, n??ayez pas peur de leur serrer la main, de manger avec eux??cet autre aspect n??a servi à rien. « Vous voulez tromper qui ? » a-t-on entendu dans les rues de Yaoundé. Puis, la communication s??est tournée vers la maladie elle-même. Avec la gratuité des antirétroviraux, la tendance a été à la banalisation : qui meurt du Sida est un idiot, les médicaments sont gratuits. Hélas des gens meurent encore de Sida pour ne s??être pas fait dépister à temps. En fin de compte on a adopté un nouveau slogan: « Pincez ! Déroulez ! ». Brutal, mais explicite, il a le mérite d??être conçu en des termes qui touchent les camerounais.Ce bégaiement communicationnel a une incidence palpable sur la vision que le camerounais a de la gestion du Sida. Les divers scandales liés au gonflement artificiel du taux de prévalence et la distraction des subventions internationales ne sont pas faits pour sensibiliser les gens sur la réalité de la pandémie.En réalité, de qui se moque-ton ? Les prostituées camerounaises ont deux tarifications : une avec préservatif, l??autre sans. Il est difficile d??avoir des rapports cinq fois de suite avec une camerounaise et d??honorer le port du préservatif à toutes ces occasions. Lors du troisième rapport généralement, la fille vous dira un truc du genre « quand tu me vois je ressemble à une fille malade?» ; quand ce ne sera pas vous-même qui retirerez l??élément de frustration vous empêchant de jouir tout votre soûl. C??est quoi même, est-ce qu??on mange la banane avec la peau? La phrase n??est pas de moi…Relevons aussi que dans un pays dont la moitié de la population vit avec moins d??un dollar par jour, il est difficile de convaincre quelqu??un de dépenser ne serait-ce qu??une infime parcelle de ses sous pour acquérir une boîte de préservatifs. A défaut, il ya toujours Prudence et sa fragrance d??huile de vidange??Il ya quelques temps, la psychose a même envahi les salons de coiffure publics dont les machines non stérilisées étaient disait-on des vecteurs potentiels de VIH. Vu ce nombre effarant de contradictions, les camerounais tendent sérieusement à penser que toute cette affaire cache une arnaque savamment montée. Pour s??en persuader, il n??ya qu??à observer la profusion de grossesses « non désirées » dans notre société dont la matérialisation est un taux de natalité au dessus des 2 p.100. Grossesses qui viennent remettre en question toutes les campagnes de sensibilisation sur le port du préservatif.Malgré le chemin parcouru, l??axe choisi par le gouvernement est perfectible. Le volet communicationnel semble aller dans tous les sens or les enjeux présents sur ce terrain sont tout aussi importants. Les campagnes de dépistage massives et gratuites sont le premier jalon. On a beau pincer et dérouler, si on ne sait pas quel est son statut sérologique ni celui du/de la partenaire, on risque une déconvenue en cas d??éclatement de « préso », accident hélas fréquent suite à la mauvaise éducation des masses qui ne savent pas utiliser cette précieuse roue de secours.
Florian Ngimbis www.237online.com
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