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L'ouverture sur le Cameroun

Les feuilletons télévisés, une inquiétude pour la gestion rationnelle du temps dans les pays sous-développés.

La réflexion sur les « pourquoi et comment ? » du sous-développement et les effets de la modernité, ne manque pas de conduire à la gestion rationnelle du temps. Si la question du sous-développement trouve en partie réponse dans sa mauvaise gestion, les feuilletons y ont de plus en plus une part belle. Pour des populations qui veulent se libérer du joug de la misère, il y a une confusion sur les moyens. S??affranchir de la réalité ou l??affronter, telle est la question. Arrêt sur image.
La fiction ne saurait remplacer la réalité.

 
Brésiliennes, portugaises, italiennes etc., peu importe la chaîne qui la diffuse, les séries semblent avoir de plus en plus, une forte influence sur les préoccupations quotidiennes. D??un pays à un autre sur le continent, on se les partage à la faveur des accords de coopération culturelle ou encore animés des quelques logiques commerciales pour les médias. Grâce aux DVD téléchargés puis mis en vente à tous les coins de rue, il est possible de se rattraper pour les retardataires. Bref, toute une frénésie sociale qui, avec l??effet d??une religion, devrait être regardée avec un peu de recul. Il vous faudra partir d??un simple recensement des différentes séries diffusées par les médias. Les programmations et les horaires ne relèvent pas du moindre hasard. Ensuite, évaluer leur impact selon les différentes couches sociales. Elles sont révélatrices d??un grand gap entre riches et pauvres. Enfin, tabler sur ce que chacun qualifie de priorités pour l??amélioration de ses conditions de vie. Si pour les uns, il faut s??évader grâce aux feuilletons, pour d??autres, la réalité est à affronter par le travail. Pour nous en convaincre, accordons-nous sur une définition qui résume l??ensemble. Un feuilleton est une fiction radiodiffusée ou télévisée dont le contenu est fractionné en épisodes d??égales durées. Les mots parlent d??eux-mêmes et la fiction ne saurait remplacer la réalité. Alors, comment comprendre cette obsession à vouloir s??évader de la réalité ?
Le besoin de combler un vide intérieur et moral.
Les épreuves, les difficultés et la vie dure face à une stagnation généralisée pire encore, l??incapacité à résoudre les questions quotidiennes et existentielles ont finis par créer des façons collectives de penser et donc de faire, qui traduisent un vide intérieur et moral. La fidélité aux séries sonne donc comme une envie de combler ce vide faute de valeur forte sur laquelle se fier. Mais ce n??est qu??une illusion, car le moyen employé dans ce cas est la fiction. Impossible de parvenir à cette plénitude, par l??évasion. Bien au contraire, le téléspectateur ou la téléspectatrice « sériefile » (il n??y a de moins en moins de différence), se plonge dans une habitude qui l??éloigne d??avantage du réel; ou qui fait grandir en lui un manque. L??engouement pour les séries ne pourra donc jamais satisfaire son épanouissement. Le travail par contre tombe à point nommé comme moyen. Cependant, la récurrence des feuilletons devant la rareté du travail ne facilite pas les choses. Par contre, elle peut constituer une entrave au service à rendre dans la mesure où en entreprise, place aux commentaires et à tout ce qui va avec comme déconcentration.
La fascination des médias et la diversité des séries augmentent l??illusion.
La multiplicité  des médias et leurs spécialisations dans des champs précis est venue compléter le tableau. Les personnes faibles et celles incapables de faire un choix décisif et productif, cèdent à cette séduction médiatique. Dans les rues, agglutinés devant un poste, dans les familles, les lieux publics, chacun semble dire : « pause à la réalité ». On pourra s??accorder sur l??assertion selon laquelle la faiblesse vient généralement de l??incapacité à pouvoir regarder la réalité d??en face. Si on se dérobe de la réalité, on se console dans la fiction. Les médias semblent diffuser des pans de notre réalité difficile à accepter. La télévision est donc l??instrument par excellence qui donne gratuitement accès à ce rêve. Arrêtons-nous sur quelques images de la réalité sociale : le mariage qui s??exprime davantage sous diverses formes, l??amour vrai et les « je t??aime » plus pathétiques qu??hier, le chômage, les échecs, la corruption, les attentats, bref la culture de la mort et de souffrance sont autant de réalité qui oppressent et poussent à la démission. Ainsi, grâce aux médias, la chasse aux feuilletons devient chasse à la perfection ; course aux idéaux. De toutes les manières, les séries plongent dans une société à la fois idéale et fictive où tous les manquements réels y sont réalisés.
L??irresponsabilité des familles est un ciment pour l??endiguement.
Il n??existe pratiquement plus de différence entre les programmes des parents et ceux des enfants. On s??y retrouve tous et parfois on en redemande, loin de se rapprocher de son fils ou de sa fille pour « savoir ce qui s??est passé. ». Il faut être attentif pour voir combien l??attachement aux feuilletons affecte la communication interpersonnelle. L??on passe plus de temps à communiquer avec la télévision qu??avec les proches. Pour s??en rendre compte, imaginez quel peut être le meilleur moment pour cambrioler une famille ? Si le développement doit passer par la jeunesse, un grand nombre semble aujourd??hui plus avide à se rapprocher du petit écran. A temps et à contretemps ils ont plus de liberté à parcourir les chaînes et à suivre n??importe quelle série à guise. Si la famille démissionne de ce rôle de control, l??éthique des médias dans les pays du sud ne s??enracine pas toujours dans un projet de responsabilité et de respect du public. N??allons surtout pas demander de préciser les âges. Les parents seraient confrontés à une situation bien confuse : âge réel et âge, document. Il revient donc aux parents de mettre l??accent sur les priorités dans l??éducation familiale.
Le temps est fait pour transformer la réalité  et non l??imaginaire.
Aujourd??hui, la modernité tend à nous plonger dans l??abstrait et la multiplicité des images pourrait parachever de faire des africains, des individus distants d??eux-mêmes ; qui ne s??écoutent plus et ne s??assument plus. Un univers que construit tout aussi bien les publicités qui bon an mal an, ne manque pas. Ce qu??il faut pouvoir se dire en face, c??est que les séries influencent considérablement le quotidien des africains. De plus en plus, bon nombre se conforme à une réalité qui n??est pas la leur et tout y passe. Des habitudes alimentaires aux choix vestimentaires des besoins spirituels aux appétits s*e*xuels,??Par conséquent, on demeure dans l??assimilation, le manque de créativité et donc d??authenticité. On se complait dans des ??uvres de distraction. La mauvaise lecture du temps y aidant.
C??est donc une réalité : l??oisiveté et l??inconscience dans la gestion rationnelle du temps. Le flux des feuilletons conduit inéluctablement ses fidèles à l??évasion. La non appréciation du temps influence négativement sur le rendement productif. La crise actuelle n??est pas que financière, mais aussi dans l??endormissement improductif dans lequel s??installe naïvement les africains. Cet épisode était celui des feuilletons télévisés; le prochain peut bien être celui des matches de football, suivez mon regard. De toute évidence, il vaut mieux être fidèle aux ??uvres créatrices de développement qu??à celles de la fiction.
Donkeng Eddy Patrick, 237online.com

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